‹ Introduction à l'histoire universelle: Discours d'ouverture prononcé à laChapitre 8 sur 10 · ET ÉCLAIRCISSEMENS · texte numérisé non relu

ET ÉCLAIRCISSEMENS

rines y etc. , s'y vendent comme les fruits , les légumes et autres produits du sq! .

Page 66. — Le prêteur et le tribun recueillant la sportula de la porte en porte... — On sait que c'était la corbeille d'alimens que les grands de Rome faisaient distribuer à leur porte aux cliens qui venaient les saluer... Voy . Martial m , 7, 2. Suet. Claud. 33 , et le beau passage de Juvénal :

Nonc iportula primo Lhmne parra sedet, turbœ rapienda togatae.

Ille tamen faciem priùs inspicit , et trépidât ne Suppositus renias , ac falso nomine poscas.

Agnitus accipies ; jubet à praecone vocari Ipsos Trojugenas, nam vexant limen et ipsi Nobiscnm : da Praetoô, da deinde Tribnno.

Sed libertinus nrior est : prior, inqoit , ego adsnm, etc.

Page 66. — Toujours le pore... — Polybe parle déjà du grand nombre de porcs qu'on élevait en Italie, soit pour lu consommation journalière , soit pour les provisions de guerre ( lib, ji ). — La viande dont on gisait plus tard des distributions au peuple, était fournie par les troupeaux de porcs a l'entretien desquels les empereurs réservaient les forêts de chênes de la Lucanie.

JPàgp 6f>. — De eomtxa* de umequx* —~ Ce n'est guère qu'à Rome, a Spolète et duis la Romagae, que le peuple prend plaisir à ces combats. Ils sont inconnus a Nafde?, malgré te Ippg #qoçr des Espagnols. Remar- .quon* eu passant que , dans cette dernière ville, tpitfe Corrorapuie qu'elle est, le meurtre est aussi rare qu'il est commun à Rome, Naples a toujours quelque chose de la douceur du sang grçc.

Page 66. — Le coup de couteau est un geste naturel à Rome... — Un abbé tue un homme ; le peuple s'écrie : Poverino! ha ammaxxato un uamo ! la compassion est pour le meurtrier. Après une fête, Meyer trouva a l'hôpital de la Consolation , cent soixante hommes blessés de coups de couteau.

Pàgb 66. — Mort au seigneur abbé*. . — Che la bella principezza sia ammazata ! che il signore abate sia ammazzato ! -~ Et des rots dans la foule. « . Je ne parlé pas seulement d'illustres voyageurs, comme le roi actuel de Bavière et tant d'autres ; mais des rois habitans 4 e Rome, de Christine , des Stuarts , du prince Henri de Prusse , des Napoléons , etc. — Rome est toujours un K$u de refuge. — Ses églises sont ouvertes aux brigands, comme l'asile de Romulus. — La rencontre

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d'un cardinal sauve un condamné du supplice , comme autrefois celle d'une Vestale... ' — Qu'il y a dans l'air de cette pille quelque chose d'orageux, d'immoral et de frénétique... Hoffmann^ a placé à Rome le théâtre de quelques-ims de ses contes fantastiques.

, Pag? 68. — Urbanitas...' Solitude des envîrops de Brnné. +. La guerre vivant tf elle-même. Yoy . sur tout ceci mon Histoire Romaine. — Cés$r fut déjà chargé de dessécher les marais Poniins, <(pion. Plut. Suet. 44». Cicé* ron se moque de l'entreprise, Philipp. 3, )

Pour terminer ces rapprochement entre l'Italie ancienne et celle 'des temps tnodernea, nous ajouterons quelques détails $ur certaines croyances qui se sont pexT petites. — Les gens de 1* campagne de Rome craignent toujours la magicienne Circé, et ne risquent guère de pénétrer dans l'antre du «Circeio (Ronstetten, Voyage. surletheatre.de l'Enéide). — Les Romains savent bien que la belle Tarpéïa est au fond d'un vieux puits du Capitole, assise, et toute couverte de diamans (Niebuhr). J'avoue que j'ai cherché inutilement sur les lieux le puits et la tradition. — Toussas Sabelliens, et surtout les Marses , interprétaient les présages 7 en consultant particulièrement le vol des oiseaux. Les Marses charmaient les. serpens et guérissaient leurs morsures. Au-

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jourd'hui les jongleurs Tiennent encore des mêpies contrées a Rome et a*Naples. — Les Giravoti des environs de Syracuse prétendent, comme les anciens Psylles, guérir la morsure dea^serpens parleur salive. Ils portent un serpent dans leurs mains comme les statues d'Esculape et d'Hygie. — Le peuple du royaume de Naples attribue aujourd'hui à San Domenîeojï^Cul-' lino, ce que ses anfcêtres attribuaient a Médée. ('Micaflî, Italia , etc. , et Grimaldi ; Annali del R. ,di Napoli , t. iv, p. 328. 38.)

Dans l'ancienne Rome* quatre cent vingt temgles ; dans la moderne, plus de, cent cinquante églises. Le temple de Vesta est maintenant l'église* de la Madone du Soleil ; celui de Romulus et Remus est devenu l'église de Côme et Damien , -frères jumeaux. Oa^roît

que le temple 3fe Salûs a fait place à ^église de San Vitaie* Près de Lavinium (Prâtîca), est la chapelle de S. Anna Petrpnilla, sur le même bord dp Numicius, où se précipita Anna Perennâ , sœur de Diddn , qui revint sous la forme d'une vieille femme, nourrir le peuple romain sur le mont Sacré. Dans le Forum Boarium, près delà placg de l'Ar§ # Maxima , où l'on jurait ( Mehercle), se trouve l'église de Santa-Maria in Cosmedin, mieux connue du peuple sous le nom de Bocca délia Verita. > •• \ '

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Page 69. — » Le parti allemand ou gibelin... — Si un .guelfe veut se faire tyran, dit Matteo Villani , il faut qu'il change et se fasse gibelin.

. Page 70 n — Le radicalisme de t Église romaine... • — Pespere un jour prouver et éclaircir ce que je me contente dénoncer ici.

Page 72. — Faialitiê locales de races et de climats.... — Le principe si fécond de la persistance des races a été, je crois, mis pour la première fois dans tout son jour, par le D. Edwards. J'espère que tôt ou tard, cet ' illustre physiologiste exposera avec plus d'étendue ses idées sur le croisement des races. Lui seul peut-être est capable d'élever cette partie de la physiologie a une forme scientifique , parée que seul il tiendra compte d'un élément trop négligé de ceux qui se livrent a ces études. L'anatomie et la chimie combinées ne sont pas encore la physiologie. D'élémens identiques sortent des produits divers; le mystère de la vie propre et originale varie les résultantes a l'infini. De la combinaison dc.l'hydrogène et du carbque résultent l'huile et le sucre. Du lÉélange celto -latino- germanique sortent la France et l'Angleterre. ..

aïo NOTE*

F&apcb. Page 75. — Originalités provinciales... — J'ai toujours trouvé un spectacle attachant dans ces générations incessamment renouvelées, que l'enseignement fait comparaître chaque année devant mes yeux , qui bientôt m'échappent et s'écoulent , et pourtant me laissent chacune quelque intéressant souvenir. A l'École Normale surtout ce spectacle me frappait vivement. Les élèves qui nous venaient de toutes les provinces , et qui en représentaient si naïvement les types, offraient dans leur réunion un abrégé de la France. C'est alors que j'ai commencé à mieux comprendre les nationalités diverses dont se compose celle de mon pays. Pendant que je contais à mes jeunes auditeurs les histoires du temps passé, leurs traits , leurs gestes r les formes de leur langage, me représentaient à leur insu une autre histoire bien autrement vraie et profonde. Dans les uns je reconnais les races ingénieuses du Midi , jce sang romain ou ibérien de la Provence et du Languedoc , par lequel la France se lie à l'Italie et a l'Espagne , et qui doit un jour réunir souà son influence tous les. peuples de langue latine. D'autres me représentaient cette dure race celtique, l'élément résistant de l'ancien monde, ces têtes de fer avec leur poésie vivace et leur nationalite insulaire sur le continent. Ailleurs je retrouvais ce peuple conquérant ej disputeur de la Normandie , le

ET ECL AIBCISSEMENS . 211

plus héroïque des temps héroïques , le plus industrieux de l'époque industrielle. Quelques-uns, dans leur instinct historique , caractérisaient la bonne et forte Flandre, pays de beaux faits et de beaux récits, qui donnait tour-à-tour à Constantinople des historiens et des empereurs. D'autre part, les yeux bleus et les têtes blondes me faisaient songer avec espoir a cette Allemagne française, jetée eomrae un pont entre deux civilisations et deux races. Enfin l'absence de caractère indigène , les traits indécis , la prompte aptitude , la capacité universelle , me signalaient Paris, la tète et la pensée de la France.

Page 77. — L'épèe rapide... — C'est le Gernot des Nibelungen. — - Partout où il y a des coups d'épées k donner et k recevoir , je parierai qu'il y a un Français. À la Bataille de Micopolis , les croisés, prisonniers trouvèrent près de Bajazet un Picard, qui , avant d'être avec les Turcs, avait servi Tamerlan. Aujourd'hui le général des années de la Cochinchine , est un de nos compatriotes. — Le Français est ce méchant enfant que caractérisait là bonne mère de Duguesclin ? celui qui bat toujours les autres. Dans l'histoire de nos mouveraens populaires , on a oublié un élément essentiel qui n'appartient qu'a ce pays , le gamin. Laissez grandir

ai a NO'jps

cet enfant insouciant et intrépide ; s'il n'est énervé de trop bonne heure , ce polisson pourra sauver la patrie. — À une époque militaire, formé , discipliné , trempé comme l'acier s par la fatigue et par l'action de tous les climats y le gamin finit par devenir le terrible soldat de la garde , le grognard de Bonaparte, jugeant son chef et le suivant toujours. Dans les deux types du gamin et du gro nard est tout le génie militaire de la France.

Page 80. — Cest le peuple législateur des temps modernes.... — La science du droit a deux patries, Rome et la France; deux époques, le second siècle et le seizième ; detufmaîtres , Papinien et Cujas. Du temps de ce dernier, les Allemands se découvraient quand on prononçait son nom ( Voy, sa vie par Berryat-Saint- Prix). De nos jours, chez le même peuple, V Ecole historique a relevé les autels de Cujas. — Dès le treizième siècle, la France était regardée avec l'Italie , comme le pays du droit. Un vieux poète allemand qui a parcouru tous les pays welches et infidèles , énumère les singularités de chaque contrée . : Je n'ai pas voulu , dit-il, étudier % magie sous les nécromanciens de Dol ; mais pour Vienne en Dauphtné, je dirais combien il. y a de légistes. ( Le Tanhuser , cité par Gœrres. Alt. V#lks-

ET ECLAIRCISSEMENT, ai 3

Und-Meisterlieder , aus den H. der Heiddberger "Bibliothek. 1817.)

Pa«e 81 . — // faut yoir dans les vieilles chroniques tout ce que font nos gens... Voy, par exemple Y Histoire de Jean de Paris, roi de France, imprimée a Troyes , ainsi que tant d'autres livres populaires. C'est probablement la plus forte gasconnade que possède aucun peuple.

Page 89. — La littérature de la France est t éloquence et la rhétorique... Peuple rhéteur et prosateur. — Tout cela est vrai en général. La poésie d'images manque a la France ; mais je suis loin de lui refuser la poésie de mouvemens qui est encore de l'éloquence.

Je ne puis quitter ce sujet sans remarquer combien les anciens avaient été frappés de l'instinct rhéteur et du caractère bruyant des Gaulois. Nota in vanos tumulrtus gens (Tit. Liv. à la prise de Rome ). Les crieurs publics , les trompettes, les avocats, étaient souvent- Gaulois. Insuber, id est, mercator et prœco (Gic. fragm. or. in Pisonem). Voyez aussi tout le discours pro Fontéio. Pleraque Gallia duos res industriosissimè perseqmtur y virtutem bellicam et argutè loqui ( Cato in Charisio? Je cite de mémoire). AViiWïai, xai àv«7«7cxo», xai Tslpay^iî/xcwi. Diod. Sic. lib. iv. — Dans les âssèm-

blées politiques des Gaulois , les orateurs s'obstinaient Souvent a ne point céder la parole. Alors , un huissier , après avoir deux fois commandé le silence, s'approchait du récalcitrant Tépée a la main , et lui coupait un pan de sa saie, assez grand pour que le reste devînt inutile — ( {<rov &xpn<rlov iro«5tfo* t o Xo«ro*. Strab. vi, p. \ 97). Les Rederiker ou rhétoriciens des Pays-Bas imitaient la France, et non l'Allemagne ( Grimm. liber die Meistergesang ). La Belgique avoua par ce mot même ce que la France pensait ; sans se l'expliquer : la littérature , c'est la rhétorique. Dans les chambres- des rhétoriciens, le poète était mis a genoux, et devait terminer son œuvre avant de se relever. Ces conditions ridicules montrent , ainsi que la métrique prodigieusement compliquée des troubadours , que les uns et les autres étaient , avant tout , préoccupés du mérite delà difficulté vaincue.

Page84. — Louis-le-Débonnaire. . . — <c Encore, écrivait Chafles-le-Chauve en parlant de ses frères , s'ils m'avaient cité au tribunal des évêques, mes juges naturels. » Sans les invasions des Normands qui obligèrent la France de prendre un caractère militaire et féodal , la domination des évêques continuait.

Page 85. — Prêtres et roi$ s'avisent de créer [es com-

ET K0LAIRC1SSEMENS. 2l5

mme*) et de chercher en elles une armée anti-féodale.... % — Tùffl conïinunitas in Franciâ popularis statuta est a preesulibus, ut presbyteri comitarentur régi ad ©bsidionem vd pugflam , cum vetillis et parochianis Ortinibus. Orderic. Vital, pag. 856. éd. Duchesne.

Page 85. — En même temps que tombent les privilèges locaux des communes, Commertdent les Étals-généraux... * — Députés du tiers-état appelée k rassemblée des bâtons, en i 302. DM320 h ^75, suppression des communes de Laoti , Soissons , Meulan , . tournai , Douai, Péronne , NëtiVille , Royé , etc.

î Page 87. — Pour adversaire du chef de la féodalité , de l' Empereur, la France élève et soutient le pontife de Rome. . . — Ea \\ 62 , l'archevêque de Cologne , chancelier de Frédéric Barberousse , haranguant la diète assemblée k Besançon , appelait les rois de France et d'Angleterre , rois provinciaux. Saxo Gramm. 1. 44. — L'empereur Henri VI eût voulu exiger du roi de France, un serment de fidélité. Inaoc. in, ep» 64. — Les moines d'Allemagne jouaient dans les couvens une pièce, où tous k& rois de 1e teite se soumettaient à l'Empereur ; le roi de France résistait avec le secours de l'antechrist. Thesaur. Anecdot. , t. S , p. ni , p. 1 87.

21 6 ET ÉCLAIRCiSSlMFNS.

Page 87. — Confisquer le pontificat. ... — Voyez plus haut Jans une des notes relatives a l'Italie , quelle tyrannie Philippe-le-Bel et Philippe de Valois exercèrent sur les papes, pendant leur séjour a Avignon» La maison de France qui disposait de l'autorité du saint-siége, qui possédait le royaume de Naples % et réclamait celui d'Àrragon , excitait alors la haine et la jalousie de toute l'Europe. Edouard I er et Edouard III furent regardés comme les vengeurs de la chrétienté. On peut juger de l'animosité des Italiens par le fameux morceau de Dante où il fait parler Hugues Capet. Le poète pousse la violence aveugle de l'invective , jusqu'à faire dire au. fondateur de la troisième race qu'il était *fils d'un boucher de Paris.

r foi la radice délia mala ptauta Ghe la terra Cristiana tutta aduggia , Si che buon frutto rado se ne schianta.

Ma se Doaggio , Guanto , Lilla et Bruggia Potesser , tosto ne saria yendetta : , Ed i' la cheggio a lui che tutto giuggia.

ChiamaH» fui di là Ugo Ciapetta :

Di me son nati i Filippi , et i Luigi Per cui novellamente è Francia retta :

ET ÉCLÀIfiCISSEMENS . 21 7

Figliuol fui d'un beccajo di Pariai.

Quando li régi antichi venoer meno Tutti y feior eh*un renduto in panni bigi ,

Trovami stretto nelle mani il freno Del governo del regno et tattta possa Di nuovo acquisto , e si d'amici pieno ,

Ch'alla corona redoya promossa La testa di mio figlio fa , dal q^ate Cominciar di costor le sacrate ossa.

Mentre cbe la gran dote ProYenzale Al sangoe mio non toise la vergogna , Poco Talea , ma pur non facea maie.

Ii commo : 6 con forza et con menzogna La sua rapina ; et poscia per ammenda Ponti et Normandi presse e la Guascogna.

Carlo Tenue in Italia et per ammenda Vittimafe' diCorradino, et poi Ripinse al ciel Tommaso per ammenda.

Tempo Tegg'io non molt# dopo ancoi , Che tragge un altro Carlo fuor di Francia Per far conoscer meglio et se et i suoi.

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Senz'arme n'esce, >t solo con la lanria Con la quai gio*trô Guida , «t qnella pontet , Si ch'a Fiorenza fu scoppiar la pancia.

Quindi non terra , ma peccato ed onta Giiadagnera per se, tanto -piu grave Quanto pm lieve simil danno conta.

L'altro cbe gii usù presso di nave, Veggio vender sua figlia et patteggiame , . Corne fanno i Corsar delT altre sohiave.

O avarizia cbe puoi tu -pin farne , Poi ch' bai il sangue mio a te si tratto Che non si cura délia propria carne ?

Perché men paja il mal futuro e*l fatto , lfe^gio in Alagna enlrar lo Gordaliso , E nel vicario suo Cristo esser catto.

Veggioloun altra volta esser deriso :

Veggio rinnorellar l'aceto e'1 fêle , E Ira vivi bdroni essere anctso.

VeggioM nuoVo Pilato si crudele Che cîo nol sazia, ma senza décréta Porta nel tempio le cupide Tele.

ET riCLJURCISSEMENS. *IQ

O signor mie, quando saro io lieto A reder la vendetta que oasoosa Fa doloe Tira tua neî tao segreto ? •

( Daxtb. Purg. xx. )

Page 87. — C était au douzième- siècle un dicton en Provence... — Voy. Sismondi, Littératures du midi de l'Europe.

Pace 87. — Le roi de France est présenté comme un roi citoyen. — « En France , dit Fleury, tous les particuliers sont libres ( il veut dire, sans doute, en comparaison du reste de l'Europe) ; point d'esclavage; liberté pour domiciles, voyages, commerce, mariages, choix de profession, acquisitions, dispositions de biens, successions.» — Voici un passage très singulier de Machiavel, où il juge <de même : « B y a eu beaucoup de rois et très peu de bons rois : j'entends parmi les souverains absolus , au nombre- desquels on ne doit point compter les rois d'Egypte, lorsque ce pays, dans les temps les plus reculés, se gouvernait par les lois, ni ceux de Sparte ; ni ceux de France, dans nos temps modernes , le gouvernement de ce royaume étant de notre connaissance le plus tempéré par les lois. «Disc.sopr.Tiî. Liv.i,c. 8. — «Le royaume de France, dit-il ailleurs, est heureux et tran-

a-iO NOTES

quille, parce que le roi est soumis a une infinité de lois qui font la sûreté des peuples. Celui qui constitua ce* gouvernement, voulut que les rois disposassent a leur gré des armes et des trésors; mais, pour le reste, il les soumit a l'empire des lois. » Disc, i , 16. — Comines, Hv. v, c. 19. « Y a-t-il roi ni seigneur sur terre qui ait pouvoir, outre son domaine, de mettre uni denier sur ses sujets, sans octroi et consentement de ceux qui le doivent payer , sinon par tyrannie et violence?... Notre roi est le seigneur du monde, qui le moins a cause d'user de ce mot : JT ai privilège dé lever sur me* sujets ce qui me plaît, car ni lui ni autre Ta : et ne lui font nul honneur ceux qui ainsi le aient, pour le faire estimer plus grand. »

Page 88 — Se désobéirions peine de désobéissance. . . — Cet ordre, donné par Louis XII au parlement, a été renouvelé plus d'une fois en d'autres termes. Cela n est point contradictoire II y al dans un même prince, deux personnes : le roi et l'homme. Le premier défendait d'obéir au second.

Page 88. —L'Angleterre explique la France, mais par opposition. . . — Voy . dans Y Histoire de la Guerre de la Péninsule y par le général Foy, tom. 1 er , un ta-

ET éCLAIRClSSPMETIS. 22 I

bleau admirablement contrasté des années française et anglaise.

Page 88. — L'orgueil humain personnifié... les races n'y sont pas mêlées, ni les conditions rapprochées. . . técok tatanique... — La formule la plus vraie d'un objet très complexe, doit négliger de nombreuses exceptions; c'est parce qu'elle néglige les exceptions, qu'elle est une formule et une formule vraie. L'Angleterre s'efforce certainement de sortir de l'état que j'ai décrit; mais la peine qu'elle a pour y parvenir, prouve mes assertions. La prise en considération du bill de réforme a été décidée par la majorité d'une seule voix... En religion, je vois bien que l'Angleterre fait d'incroyables efforts pour croire. Les uns se cramponnent a la lettre, a la Bible ; les autres se laissent conduire à l'esprit, au travers des déserts et des précipices. Les'nations ellesmêmes se trompent souvent sur l'état de leur foi religieuse. A coup sûr, le siècle, de Louis XIV croyait croire; Bossuet triomphait dans la chaire, mais derrière le triomphateur murmurait le triste Pascal qui seul avait la pensée du temps, et voyait toujours l'abîme entre Montaigne et Voltaire. —-Pour l'Angleterre, sa pensée est constatée par son invariable prédilection pour les trois poètes que j'ai nommés. Sa poésie a trois actes le

doute } le mal, et le désespoir. Shakespeare ouvre Ja terrible trilogie. Dès que l'Angleterre se reconnaît, après les guerres de France, celles des Roses, et la Réforme, son premier cri est une amère ironie sur ce monde. Shakespeare réfléchit l'univers, moins Dieu. Placée aux extrémités de l'Occident, l'Angleterre a moins ressenti qu'aucun peuple le souffle oriental. Sa littérature est la plus occidentale, la plus héroïque, c'est-a-dire la plus vouée a l'orgueil du moi. Le développement occidental a atteint son terme dans Fichte, Byron, et la révolution française. Le moment du retour va commencer. Déjà la race germanique venue de l'Inde, y est retournée sur les vaisseaux de l'Angleterre. Bonaparte, si français , si italien , sympathise pourtant déjà avec l'Orient, surtout avec le radicalisme mahométan. — La fatalité a poussé l'humanité d'Orient en Occident, aujourd'hui nous revenons par notre volonté vers l'Orient. Llnde anglaise fera pour l'Asie, ce que l'Inde antique a fait pour l'Europe.

Page 88. — Cette vie effrénée de courses et d'aventures.. 4 rois de la mer, du monde sans lois et sans limites... — La possession de l'élément aride ( «fyyyeîoe© Qnkavtnç) a toujours donné cet orgueil farouche. Il éclate dans Eschyle; mais l'individu était trop serré dans la

ET KCLAIRCJ8SEMENS. 223

cité grecque pour qu'il atteignît tout son développement. Ajoutez que la marine grecque était fort timide; ceux qui ne perdaient guère la terre de vue, qui apercevaient un beau temple à chaque promontoire, étaient sans cesse avertis des dieux. Au contraire, sur l'Océan sans bornes, sans témoin... le pirate de Byron, et le premier volume de Thierry .(Conquête de t Angleterre, etc.) 9 sont le vrai commentaire de tout ceci.

Page 89 . — Lègoume. . . — L'égoïsme se produit tantôt par l'avidité des jouissances, tantôt par l'orgueil qui les dédaigne. De.là la tendance si prosaïque de l'industrialisme anglais, a côté d'une poésie si sublime. — Ceci explique pourquoi dans la molle Toscane , dans l'industrielle Florence, s'éleva Michel -Ange, dont l'inspiration semble avoir été la colère et le dédain.

Page 90. — Mal, sois mon en... —

Evil , be thou my good ! . . . .

Down t o bottomless perdition

Milton , Paradisc /os/. B. îv, v. i 1 0; B. i , v. 17.

Page 90 — Le Gallois chante avec le retour d'Arthur

et de Bonaparte... — Voy. Thierry, Conquête de Y Angleterre, 4- e vol.

Page 9i . — Les aristocraties guerrières et iconoclastes de la Perse et de Rome... — Plutarque (Vie de Numa) nous apprend que les Romains n'adorèrent point d'images dans les; premiers siècles. — J'ai indiqué ailleurs quelques autres analogies de la Perse et de Rome.

Page 9i . — Celui qui dit toujours, non... — Voy. le discours du Schah?.... dans Saint-Martin, Histoire d'Arménie.

Page 94. — Vulgaire, prosaïque... je tnappelk légion... — Ceux qui trouveront ceci un peu dur, doivent se rappeler que dans notre langue et dans nos mœurs , c'est un ridicule inexpiable d'être ce qu'on appelle original.

Page 96. — Comme les races non mélangées boivent avidement la corruption... — Pour ne citer qu'un exemple, voyez comme nos Mérovingiens s'abâtardissent en peu de temps. Ils en viennent au point que les dentiers meurent presque tous a vingt ans .

ET ÉCLÀIRCISSEMENS. 2!l5

Page 98. — Et puisse ce mot s'entendre en Italie. . . -*- Il y a été trop entendu peut-être. Infortunée Bologne! dans quel état ce livre va-t-il vous trouver en passant les Alpes? Hélas! une ville française de cœur! pour qui Dante rêvait la suprématie de l'esprit et du langage dans l'Italie!

1 Page i 00. — Que £ enfant quitte sa mère. . . — Voici le sombre et décourageant tableau que trace de ce moment solennel l'Ossian de la philosophie allemande :

« Après le dernier éclat jeté par la peinture, après » que Shakespeare eut fermé la porte du ciel, vint pour » long-temps le repos des morts. L'Antéchrist était » né.... La terre s'était suspendue au ciel comme le » nourrisson au sein de sa mère; devenue forte, il » était temps qu'elle s'en séparât; la réformation se » chargea de la sevrer. L'esprit de la terre en fouille » aujourd'hui les entrailles partagées entre l'or et le » fer; il y cherche lebézoard qui doit le guérir; la pâ- » leur de la mort est sur son visage ; les douleurs tra^ » vaillent ses os ; comment songerait-il aux chants et » aux sons de la lyre ? ... Il est touchant de voir que les » p|ètes ne veulent point céder; toute feuille a jauni ; » chaque souffle des vents en jonche là terre, et l'en- » faut de la poésie, s'obstinant siir son rameau , chant©

2a6 NOTES

» toujours ses plaintes, ses espérances; et le soleil s'a-

» baisse toujours davantage, et les nuits deviennent de

» plus en plus longues, et les froides et sombres puis-

» sauces entrent de plus en plus dans la vie... »

Page 101 . — Comme Werner.... -—C'est plutôt, je crois, Jean-Paul (Richter).

Page 4 OS. —Voilà quarante ans qu'il a commencé... — Il faut croire que pendant cette période si agitée , le temps n'a pas été perdu, même pour le bien-être. En 1789, la vie moyenne était de 28 ans et 3/4-; en 1 851 , elle est de 51 ans et demi (Annuaire du bureau des Longitudes, 1851).

Page 1 02. — L' ordre reviendm. . . — Nulle part plus de propriétaires qu'ici ; nulle part des prolétaires plus libres dans leur activité., et par conséquent plus à mçnie de cesser d'être prolétaires; nulle part le besoin et l'instinct de la centralisation à un si haut degré. Faite pour agir sur le monde, la France aura plus long-temps qu'aucun peuple un pouvoir central; plus qu'aucun autre, elle est une personne politique ; l'action exige la personnalité; la personnalité n'existe pas. sans l'unité} nouvelle garantie pour l'ordre public .

ET ECLÀÏRCISSEMENS. 237

Page -103. — L'Athénien disait : Salut! dté de Cécrops!... — Je restitue ici le passage dans son entier. C'est peut-être le plus beau de Marc-Àurèle : n£v pot

?uvafuô?fc, o (roi foâpfioçov Mt 9 w xoo-pj # ovî«v pot Trpo»povy ou$c tytpov, xo (roi «vxatpov • Trâv xupitoç , ô yt^ovcrtv eu cal Apat, S ywtf * tx (rov iravla, cv <X04 TràVIa, «te ers irâv7a« Exctvo? f*«v yjBat ^ 7rô)it yft* Ksxpoxoc* ffw îi oOx tpetj? , S ttô>i yOb» Atoç;— monde, tout ce qui s'harmonise avec toi s'harmonise avec moi ! Pour moi, rien trop tôt, rien trop tard, qui soit à temps pour toi. O nature,. quoi qu'apportent tes saisons, c'est toujours un fruit. Tout de toi, tout en toi , tout pour toi ! L'autre disait : Chère dté de Cécrops! et toi, ne diras-tu pas : O chère cité de /i4piter/(Lib.iv,23).

Page 105. — Le verbe social.... — Le lùonde ancien avait légué pour testament au monde moderne deux n^ots d'une admirable profondeur : La science est la démonstration de la foi (Saint-Clément d'Alexandrie). — L'homme 7 cest la liberté (Proclus). La destinée de Thomme fut d'aller par la liberté de la foi a la science. Or, la science elle-même, c'est le plus puissant moyen de la liberté ; la science popularisée, est le moyen de la liberté égale, de l'égalité libre, idéal dont le genre humain approchera de plus en plus ; mais qu'il n'atteindra

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