‹ Introduction à l'œuvre de Paul Claudel avec des textesChapitre 13 sur 38 · Corona Benignitatis. et Feuilles de Saints · texte numérisé non relu

Corona Benignitatis. et Feuilles de Saints

2. L'idée des trois chutes du Christ expiant les trois chutes du pécheur : celle du début de la vie, qu’il fait par surprise ; la seconde, par ennui, la troisième par désespoir.

Ses exigences, en apparence déraisonnables, sont les seules cependant qui soient réellement à la mesure de nos forces et de notre raison. Elles ne mutilent rien.

Elles sont catholiques, c’est-à-dire universelles, elles appellent à l’homme tout enter : son intelligence, sa volonté et sa sensibilité. Elles nous obligent à un état permanent de mobilisation contre nos passions, contre le doute facile, et pour cette guerre perpétuelle nous n'avons pas trop de toutes nos facultés ».

La grandeur, la richesse que l'élément religieux apporte à une œuvre de poésie sont d’un ordre supérieur à tout autre.

On voit bien quel tribut un grand poète peut apporter à une croyance mais c’est un échange, la foi lui est libérale. Quel agrandissement de l'horizon ! Un poète qui, comme M.Claudel, joue de ce trésor indéfectible » avec une aisance heureuse, et dispose« des grandes créatures célestes »

comme des fruits d’un verger,ajoute, à la plus vaste poésie, cette atmosphère divine, cette adorable couleur du saphir qu'un jour entrevit Dante. Ce n’est plus,

commeil l’écrivait des belles fables païennes « une tapisserie toujours déployée au fond des temps », mais un air respirable, une vie à laquelle toute la nôtre est conviée à se mêler.

D'un livre comme Art poétique, Connaissance du lemps, dont je laisse à d’autres le soin de suivrela philosophie et d’y retrouver vraisemblablement celle de saint Thomas d'Aquin, surgit cette figure d’un univers parfait et clos, d’un domaine immense mais fini dont Dieu est le centre; d’une géométrie en mouvement dans l’espace et dans la durée, à quoi la divinité communique son ineffable paix ; un monde tel que des théologiens l’ont vu, sans brèche n1 lacune, un cycle ininterrompu d’éléments, desquels Dieu règle l’origine et le retour. |

Il n’est pas étonnant que M. Claudel agisse sur beaucoup de ses contemporains par l’assurance de sa foi. Sa contribution au catholicisme est d’en faire la source de tout rayonnement, la solution de tout équilibre — la plus belle, la plus vivante chose du monde. Il en connaît les plus

profonds appels.Il sait quelles résistances ils trouvent dans notre nature. Mais qui peut protester contre « les tendres et solennelles invitations » de la beauté? Les pages les plus religieuses de son œuvre n'irritent pas les esprits incroyants, car nous sommes désarmés et sans défense devant les propositions de la béatitude.…

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