‹ Introduction à l'œuvre de Paul Claudel avec des textesChapitre 15 sur 38 · BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

BAUDELAIRE

Le nom du plus vivant et du plus cher, le nom dy pauvre et grand Baudelaire !

Je revois ces yeux grands ouverts de Parisien, pleins de rêve, de désespoir, d'intelligence, et d’ironie, ce front comme un vaste miroir apte à refléter plus les lumières que les formes et à s 'imprégner de la substance des choses plutôt qu’à les retenir et les élaborer, ce nez palpitant et délicat de voluptueux et de connaisseur, et surtout la bouche qui est le trait essentiel de cette physionomie pathétique, cette grande bouche amère et fermée, moins faite pour parler que pour posséder et savourer le noir trésor intérieur :

Tous les êtres aimés Sont des vases de fiel qu’on boit les yeux fermés.

C’est l’âme gonflée de désirs, de souvenirs et de remords, qui possède cette figure,

et l'intelligence n’en est que le témoin douloureux, attentif et clairvoyant. C’est l'âme qui respire dans ces beaux vers dont notre jeunesse s’est enivrée. C’est elle qui, de note en note, se dilate dans un chant sublime pour se résorber de nouveau dans la conscience de son malheur, et de son péché. De là ces strophes qu’il aime, où le dernier vers est la répétition du premier. On dirait une gorge de femme qui se soulève et qui s’abaisse, et d’où s'échappe un long cri, une fusée, aussi poignante qu’une phrase de Chopin :

Vous êtes un beau ciel d'automne clair et rose, Mais la tristesse en moi monte comme la mer

(Réflexions et propositions sur le vers français, Nouvelle Revue Française).

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