‹ Introduction à l'œuvre de Paul Claudel avec des textesChapitre 18 sur 38 · PENSÉE EN MER · texte numérisé non relu

PENSÉE EN MER

Le bateau fait sa route entre les îles ; la mer est si calme qu’on dirait qu'elle n'existe pas. Îl est onze heures du matin, et l’on ne sait s’il pleut ou non.

La pensée du voyageur se reporte à l’année précédente. II revoit sa traversée de l’Océan dans la nuit et la rafale, les ports, les gares, l’arrivée le Dimanche gras, le roulement vers la maison, tandis que d’un œil froid 1l considérait au travers de la glace souillée de boue les fêtes hideuses de la foule. On allait lui remontrer les parents, les amis, les lieux, et puis il faut de nouveau partir. Amère entrevue ! comme s’il était permis à quelqu'un d’étreindre son passé.

C'est ce qui rend le retour plus triste qu’un départ. Le voyageur rentre chez lui comme un hôte ; il est étranger à tout,

et tout lui est étrange. Servante, suspends seulement le manteau de voyage et ne l’emporte point ! De nouveau, il faudra partir ! À la table de famille le voici qui se rassied, convive suspect et

précaire. Mais, parents, non ! Ce passant

que vous avez accueilli, les oreilles pleines du fracas des trains et de la clameur de la mer, oscillant, comme un homme qui rêve, du profond mouvement qu’il sent encore sous ses pieds et qui va le rem-

porter, n’est plus le même homme que

vous conduisites au quai fatal. La séparation a eu lieu, et l’exil où 1l est entré le

suit.

Connaissance de l'Est.

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