CANTIQUE DE MESA MOURANT
Me voici dans ma chapelle ardente !
Et de toutes parts, à droite, à gauche, je vois la forêt des flambeaux qui m’entourent !
Non point de cierges allumés, mais de puissants astres pareils à des grandes vierges flamboyantes
Devant la face de Dieu, telles que dans les saintes peintures on voit Marie qui se récuse | |
Et moi, l'Homme, l’Intelligent,
Me voici couché sur la terre, prêt à mourir, commesur un catafalque solennel,
Au plus profond de l'univers et dans le milieu même de cette bulle d'étoiles et de l’essaim et du culte.
Je vois l’immense clergé de la nuit avec ses évêques et ses patriarches.
Et j'ai au-dessus de moi le Pôle, la
tranche et l’Equateur des animaux four.
millants de l’étendue,
Cela que l’on appelle la Voie Lactée, pareille à une forte ceinture.
Salut, mes sœurs ! aucune de vous, brillante,
Ne supporte l'esprit, mais seule au centre de tout, la terre
A germé son homme, et vous, comme un million de blanches brebis,
Vous tournez la tête vers elle qui est comme le pasteur et comme le messie des mondes ! |
Salut, étoiles ! me voici seul ! aucun prêtre entouré de la pieuse communauté
Ne viendra m'apporter le Viatique.
Mais déjà les portes du Ciel
Se rompent et l’armée de tous les saints, portant des flambeaux dans leurs mains, s’avancent à ma rencontre, entourant l’Agneau des rites !
Pourquoi ?
Pourquoi cette femme? pourquoi la femme tout d’un coup sur ce bateau?
Qu'est-ce qu’elle s’en vient faire avec nous? est-ce que nous avions besoin d'elle? Vous seul !
Vous seul en moi tout d’un coup à la naissance de la vie,
Vous avez été en moi la victoire et la visitation et le nombre et l’étonnement et la puissance et la merveille et le son !
Et cette autre, est-ce que nous croyons en elle ? et que le bonheur est entre ses bras?
Et un jour j'avais inventé d’être à vous et de me donner,
Et cela était pauvre. Mais ce que je pouvais,
Je lai fait, je me suis donné,
Et vous ne m'avez point accepté et c’est l’autre qui nous a pris.
Et dans un petit moment je vais vous voir et J'en ai effroi
Et peur dans l’os de mes os !
Et vous m'interrogerez. Et moi aussi je vous interrogerai !
Est-ce que je ne suis pas un homme?
Pourquoi est-ce que vous faites le dieu avec moi?
Non, non, mon Dieu! allez, je ne Vous demande rien.
Vous êtes là et c’est assez. Taisez-Vous seulement, |
Mon Dieu, afin que Votre créature entende ! qui a goûté à Votre silence,
Il n’a pas besoin d’explication.
Parce que je Vous ai aimé
Comme on aime l’or beau à voir ou un fruit, mais alors 1l faut se jeter dessus !
La gloire refuse les curieux, l'amour refuse les holocaustes mouillés. Mon Dieu, j'ai exécration de mon orgueil !
Sans doute que je ne Vous aimais pas comme il faut, mais pour l’augmentation de ma science et de mon plaisir.
Et je me suis trouvé devant Vous comme quelqu'un qui s'aperçoit qu’il est seul.
Eh bien, j'ai refait connaissance avec mon néant, j'ai regoûté à la matière dont je suis fait.
J’ai péché fortement.
Et maintenant, sauvez-moi, mon Dieu parce que c’est assez |
C’est Vous de nouveau, c’est moi ! et Vous êtes mon Dieu, et je sais que Vous savez tout
Et je baise Votre main paternelle, et me voici entre Vos mains comme une pauvre chose sanglante et broyée !
Comme la canne sous le cylindre, comme le marc sous le madrier.
Et parce que J'étais un égoïste, c’est ainsi que Vous me punissez
Par l’amour épouvantable d’un autre |
Ah ! je sais maintenant
Ce que c’est que l’amour ! et je sais ce que Vous avez enduré sur Votre croix, dans ton cœur,
Si Vous avez aimé chacun de nous,
Terriblement comme j'ai aimé cette femme, et le râle, et l’asphyxie, et l’étau !
Mais je l’aimais, Ô mon Dieu, et elle m'a fait cela ! je l’aimais, et je n’ai point peur de Vous,
Et au-dessus de l’amour
Il n’y a rien, et pas Vous-même ! et Vous avez vu de quelle soif, à Dieu, et grincements des dents,