‹ Introduction à l'œuvre de Paul Claudel avec des textesChapitre 26 sur 38 · PE, A · texte numérisé non relu

PE, A

Et sécheresse, et horreur et exécration,

Je m'étais saisi d'elle ! et elle m'a fait

cela ! | Ah, Vous Vous y connaissez, Vous Savez, VOUS,

Ce que c’est que l’amour trahi! Ah; je n’ai point peur de Vous !

Mon crime est grand et mon amour est plus grand, et Votre mort seule, Ô mon Père,

La mort que Vous m'’accordez, la mort seule est à la mesure de tous les deux !

Mourons donc et sortons de ce corps

misérable !

Sortons, mon âme, et d’un seul coup éclatons cette détestable carcasse !

La voici déjà à demi rompue, habillée comme une viande au croc, par terre ainsi qu'un fruit entamé !

Est-ce que c’est moi cela de cassé,

C’est l’œuvre de la femme, qu’elle le garde pour elle,

Et pour moi je m'en vais ailleurs.

Déjà elle m'avait détruit le monde et rien pour moi

N’existait qui ne fût pas elle et maintenant elle me détruit moi-même

Et voici qu’elle me fait le chemin plus court.

Soyez témoin que je ne plais pas à moi-même ! Vous voyez bien que ce n’est plus possible !

Et que je ne puis me passer d'amour, et à l'instant, et non pas demain, mais toujours, et qu’il me faut la vie même et la source même,

Et la différence même, et que je ne puis plus, |

Je ne puis plus supporter d’être sourd et mort ! |

Vous voyez bien qu'ici Je ne suis bon à rien et que j'ennuie tout le monde

Et que pour tous je suis un scandale et une interrogation |

C'est pourquoi reprenez-moi et cachezmoi, Ô Père, en Votre giron !

(Parlage de Midi.)

Page 1