ÉVOLUTION DES VÉGÉTAUX
prochant les diverses parties de ce livre, le lecteur verra les végétaux débuter par des organismes unicellulaires, les uns incolores et vivant tout à fait à la facon des animaux, les autres pourvus de matière verte et jouissant de la fonction chlorophyllienne, c'est-à-dire capables de fabriquer, avec des matériaux purement inorganiques, les aliments organiques indispensables à l'entretien de leur vie; les uns et les autres respirant, se mouvant, sentant à la facon des animaux, et tellement semblables à certains de ces derniers êtres, que les naturalistes ne savent où les placer et font figurer leur histoire tantôt dans les livres consacrés aux animaux, tantôt dans ceux qu'on réserve aux végétaux.
Des êtres unicellulaires incolores, parmi lesquels je me borne à citer les Bactériens et les Levüres, nous passons aisément à des organismes également incolores et vivant de la même façon, mais formés d'un nombre plus ou moins considérable de cellules, affectant des formes très variables et de plus en plus complexes, acquérant des membres et des organes de plus en plus différenciés, mais} s’arrêtant bientôt, par une sorte de cul-de-sac, dans les formes supérieures des Champignons.
Si nous en avions le loisir, nous montrerions certaines de ces dernières formes s’unissant à des Algues vertes inférieures, unicellulaires, et formant avec elles une association admirablement organisée pour la lutte vitale, car le Champignon sert à l’Algue par son parasitisme, tandis que l’Algue apporte au Champignon, grâce à sa chlorophylle, la propriété de fabriquer des aliments organiques avec des matières inorganiques.
Partant des végétaux verts unicellulaires, comme les Protococcus, nous passons aisément à des Algues pluricellulaires dont toutes les cellules sont vertes (Spyropyra, etc.) et semblables, puis à des Algues, comme les Fucus, dont les cellules commencent à offrir des formes
un peu différentes, celles de la périphérie étant organisées pour la protection, tandis que celles du centre sont plus molles et plus conductrices, et se montrent les unes pourvues de chlorophylle, les autres incolores. Avec ces végétaux, nous nous trouvons en présence d'organismes assez analogues aux Lichens, les cellules vertes, seules, pouvant fabriquer des aliments que les autres consomment à la façon des parasites. Avec les Algues supérieures, nous avons vu les organes reproducteurs se différencier de plus en plus, mais les organes végétatifs rester comme confondus. Chez les Mousses, les membres se différencient; les feuilles, les racines, les tiges deviennent distinctes, mais l’organisation intime reste encore très rudimentaire et les diverses cellules sont peu différentes.
Avec les Cryptogames vasculaires, apparaissent des tissus différents ; des faisceaux conducteurs des liquides se montrent dans les tiges, dans les racines et dans les feuilles qui se différencient de plus en plus.
Enfin, avec les Gymnospermes, apparaissent des traits d'organisation et des formes quin’auront plus qu'à se préciser et à s’accentuer pour qu'apparaissent les types les plus parfaits du règne végétal : les Amentacées, les Polypétales et enfin les Gamopétales.
S il nous était possible d'embrasser d'un seul coup d'œil cet immense ensemble, de saisir à la fois les innombrables formes qui le composent, de voir et les dissemblances et les ressemblances qui existent entre elles, nous arriverions à cette conception, que tout le règne végétal n’est composé que d'une seule plante, variant à l'infini dans ses formes et son organisation, suivant les conditions dans lesquelles elle vit, elle a vécu et vivra pendant le cours illimité des siècles.
9635. — Tours, imprimerie E. Arrault et Cie
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