‹ Introduction à La cité de Dieu de Saint AugustinChapitre 23 sur 80 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

le cœur lui est soumis, a bien voulu s'abaisser jusqu'à se faire une maison de la même boue dont elles sent formées [Cor.y v, 1), c'est pour les détacher d'elles-mêmes et se les incorporer; c'est pour les guérir de l'enflure de l'orgueil et les remplir de son amour ; c'est pour les empocher de s'appuyer sur elles-mêmes et d'y chercher leur bonheur, dans l'oubli du bonheur véritable; c'est pour faire, au contraire, que, voyant à leurs pieds un Dieu devenu infirme sous le poids de notre chair, elles prennent conscience de leur propre infirmité, et que, dans l'épuisement et la lassitude du péché, elles viennent se reposer sur le sein de ce Dieu humilié, qui bientôt , s'élevant dans sa gloire, veut les y emporter avec lui ^ » Il est impossible de proclamer plus haut l'insuffisance de la philosophie et d'expliquer par des raisons plus profondes la nécessité de la reli-

1 Confessûms, livre tu, ch. 18.— En lisantcette pages! forte et si éloquente, plue d*un lecteur délicat y blâmera peut-être IV bondance des antithèses ; mais, avec saint Augustin, il faut s*habituer, bon gré mal gré, à cette forme de style, qui est la sienne. C'est le prix où il faut acheter sa pensée ; c'est la rançon qu'il faut payer des jouissances exquises qu'on goûte avec lui. Il y a un chapitre bien curieux de la CUéde Dieu (livre xi, ch. 18} où saint Augustin explique avec une candeur extrême et le plus naïf enthousiasme, comment l'antithèse est devenue le procédé constitutif de son style. « C'est, dit-il , une des plus brillantes parures du discours que l'antithèse , et si ce mot n'est pas encore passé dans la langue latine, la figure elle-même. Je

INTRODUCTION. ' XXXT

gion. Et cependant, c^est la philosophie qui a donné à Augustin la clef de la religion ellemême. Avant d'avoir connu Platon, il ayait lu les Écritures, et il ne les avait pas comprises. Platon seul a pu le faire entrer dans la pensée de saint Jean. Il nous déclare expressément que jusqu'alors les Écritures n'avaient eu pour son esprit aucun attrait, et que tout en croyant d^instinct à Jésus-Christ, il ne voyait en lui qu'un homme '. Il n'a donc compris le Verbe iqcarné, c'est-à-dire le christianisme, qu'après que Platon lui a fait comprendre qu'il y a un Verbe, une liaison éternelle, et que ce Verbe est Dieu.

veux dire l'opposition ou le contrasta n'en fa^t p98 moins l'ornement de cette langue , ou plutôt de toutes les langues du monde. » Lisez la Bible : Tantithèse e^t un profsédé familier à saint Paul. Mais quqi ! n'est-ce pas le ppcé4é de Dieq lui-même? Partout, da^s Tupivers, Dieu oppose les contraires, le bien au mal , la mort «^ la vie. Qu'est-ce que l'univers ? un grand poème orné d'antithèses. Mais Ici, dit saint Augustin, faisant encore une antithèse ingénieuse , Téloquence n'est plus dans les n^ots , elle est dans les choses. — r Si l'antithèse est partout > daqs 1* univers physique , dans le monde moral, dans saint Paul , dans \a. Bible, et même (lans les conseils e^ les actions de Dieu, le moyen, je vous prie, de trpuver mauvais que saint Augustin ait un goût si vif pour les antithèses ! ^ Confessions, livre vu, ch. 19. « ..* Je i^e concevais Jésus- Christ notre Sauveur que comme un homme d'une sagesse admirable et incomparablement plus grande que celle de tou^ les autres hommes.... mais je n'avais pas la moindre connais-: sance du mystère enfermé dans ces paroles : le Verbe ^*è^t /aUcAair (S.Jean, 1, 14). f

Page 1