‹ Introduction à la grammaire comparée des langues Indo-EuropéennesChapitre 2 sur 4 · I.XTRODUCTION. \xvn · texte numérisé non relu

I.XTRODUCTION. \xvn

dans les écoles des brahmanes. On concevait à peine l'idée d'une autre méthode : l'opinion générale était qu'il fallait s'en rapporter à des maîtres qui joignaient une si prodigieuse faculté d'analyse à l'avantage d'enseigner leur langue maternelle. M. Bopp n'est pas l'élève des Grecs et des Romains; mais il n'est pas davantage le disciple des Indous. ce Si les Indous, dit-il1, ont méconnu quelquefois ce l'origine et la raison de leurs formes grammaticales, ils « ressemblent en cela aux Grecs, aux Romains et aux motrdernes, qui se sont fait souvent une idée très-fausse de rr la nature et de la signification des parties du discours les rplus importantes, et qui mainte fois ont plutôt senti que et compris l'essence et le génie de leur langue. Les uns ce comme les autres ont pris pour sujet de leurs observations leur idiome déjà achevé ou plutôt déjà parvenu au ce delà du moment de la perfection et arrivé à son déclin; ce il ne faut pas s'étonner s'il a été souvent pour eux une cr énigme et si le disciple a mal compris son maître. Il est ce certain que chez les Indous les méprises sont plus rares, ce parce que dans leur idiome les formes se sont conservées ce d'une façon plus égale et plus complète; mais il n'en est ce pas moins vrai que, pour arriver à une étude scientifique cèdes langues, il faut une comparaison approfondie et phie-losophique de tous les idiomes d'une même famille, nés ce d'une même mère, et qu'il faut même avoir égard à ce d'autres idiomes de famille différente. En ce qui concerne cela langue sanscrite, nous ne pouvons pas nous en tenir ce aux résultats de la grammaire des indigènes; il faut pécenétrer plus avant, si nous voulons saisir l'esprit des 1 Ouvrage cité. p. 06.

xxvm INTRODUCTION.

cr langues que nous nous contentons d'apprendre madrier nalement dans notre enfance, n

Si l'on se reporte à l'époque où ces lignes ont été écrites, elles paraîtront d'une grande hardiesse : elles étaient l'annonce d'une méthode nouvelle. M. Bopp prend dans chaque grammaire toutes les observations dont il reconnaît la justesse, de même qu'il emprunte tantôt à l'école grecque et tantôt à l'école indienne les termes techniques qui lui paraissent nécessaires et commodes. Mais, ainsi qu'il le dit, il ne reconnaît d'autre maître que la langue elle-même, et il contrôle les doctrines des grammairiens au nom du principe supérieur de la critique historique.

Après avoir indiqué les idées essentielles du livre de M. Bopp, il resterait à citer quelques-uns des faits qu'il renferme, pour montrer à quels résultats la méthode comparative conduisait dès le premier jour. Il n'y avait pas longtemps que l'école hollandaise, représentée par Hemsterhuys, Valckenaer, Lennep et Scheide, avait essayé de renouveler l'étude de la langue grecque en y appliquant les procédés de la grammaire sémitique et en divisant les racines grecques en racines bilitères, trilitères et quadrilitères. On ne doit pas s'étonner si une pareille tentative ne produisit que des erreurs : ainsi c/ideô (considéré à tort comme le primitif de ïcriyj^i) est ramené par Lennep à une racine Ta«, zépnw à Tépw, îpitw à èpèùD. M. Bopp ne devait pas avoir de peine à prouver, par la comparaison des verbes sanscrits sthd, trïp, srîp1,

1 Plus tard, M. Bopp devait montrer que trïp, srïp supposent d'anciennes formes tarp, sarp. (Voyez Grammaire comparée, Si.)

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combien ces éliminations de lettres étaient arbitraires. Mais ce qui, chez les savants que nous venons de nommer, doit surprendre plus que toutes les erreurs de détail, c'est l'idée qu'ils se faisaient encore des racines, car non-seulement ils comptent ïw du présent de l'indicatif parmi les lettres radicales, et ils voient, par exemple, dans \êyw une racine quadrilitère, mais ils font servir les désinences grammaticales à l'explication des dérivés : ainsi vSpi) est rapporté à un prétendu parfait $<pa, a^aa à ^(XfxoLi, Xéçis à XeXsfow, tsaLTyp à tséirctTcu. Pour la première fois, dans le livre de M. Bopp, on voit figurer 'de vraies racines grecques et latines; pour la première fois, les éléments constitutifs des mots sont exactement séparés. Appliquant aux verbes grecs la division en dix classes établie par la grammaire de l'Inde, il reconnaît dans Siïœ(xi, ï&lrifu les racines So et (fia, redoublées de la même façon que dans dadâmi, tishthâmi; il montre que les formes comme pr/yw^ev , SsîxvvyLSv, SoLivvfisv doivent être décomposées ainsi : pyy-vv-fJLSv , Seix-vv-yisv , ScLi-vv-fxsv , et que ces verbes correspondent aux verbes sanscrits de la cinquième classe, tels que su-nu-mas; il rapproche, comme exemple d'un verbe de la huitième classe, le grec rdv-vyiev du sanscrit tan-u-mas; il montre enfin que le v est une lettre formative dans les verbes comme xpivco, xXivw, jé^vw, dont les racines sont xpi, x\i, ts[lx.

Frédéric Schlegel avait déjà reconnu l'identité des infinitifs sanscrits en tum, comme stliâtum, dâtum, avec les supins latins comme stalum, dalum. Mais M. Bopp, allant

1 Cf. Grammaire comparée, S 109" et suiv.

xxx INTRODUCTION.

plus loin dans cette voie, explique ces mots comme des accusatifs de substantifs abstraits formés à laide du suffixe tu. Il en rapproche les gérondifs sanscrits comme sthitvd, dans lesquels il reconnaît l'instrumental d'un nom verbal formé de la même façon. On peut voir dans la Bibliothèque indienne d'Auguste -Guillaume Schlegel l Tétonnement que lui causait une analyse aussi hardie : il devait arriver souvent à M. Bopp de soulever des réclamations dans les camps les plus divers. Ceux qui avaient appris le grec et le latin à l'école de l'antiquité, ceux qui avaient étudié le sanscrit dans les livres de l'Inde, comme ceux qui expliquaient les langues germaniques sans sortir de ce groupe d'idiomes, devaient à tour de rôle être déconcertés par la nouvelle méthode. Au point de vue élevé où il se plaçait, les règles des grammaires particulières devenaient insuffisantes et les faits changeaient d'aspect en étant rapprochés de faits de même espèce qui les complétaient et les rectifiaient.

Le livre de M. Bopp parut en 1816, à Francfort-surle-Mein, précédé d'une préface de Windischmann et suivi de la traduction en vers de quelques fragments des deux épopées indiennes2. Le roi de Bavière, à qui Windisch-

2 Dès l'année 1819, quelques-unes des idées exposées par M. Bopp étaient reproduites en tête d'un livre qui est encore entre les mains de tous nos lycéens. Nous voulons parler de la Méthode pour étudier la langue grecque de J. L. Burnouf (voir Y Avertissement de la sixième édition). Le savant univer-

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mann lut un de ces morceaux, accorda au traducteur un secours pécuniaire qui lui permit d'aller continuer ses études à Londres. M. Bopp y connut Wilkins et Colebrooke ; mais il fut surtout en rapport avec Guillaume de Humboldt, alors ambassadeur de Prusse à la cour d'Angleterre. Il eut l'honneur d'initier à la connaissance du sanscrit le célèbre diplomate, depuis longtemps renommé comme philosophe, et qui venait de se montrer linguiste savant dans ses travaux sur le basque. L'esprit lucide et net du jeune professeur servit peut-être jusqu'à un certain point de correctif à cette large et puissante intelligence, qui arrivait quelquefois à l'obscurité, en recherchant, comme elle excellait à le faire, dans les lois de la pensée, la cause des phénomènes les plus délicats du langage1.

En 1820, M. Bopp fit paraître en anglais, dans les Annales de littérature orientale, un travail qui reprend avec plus d'ampleur et de développement le sujet traité dans son premier ouvrage2. L'auteur ne se borne plus,

sitaire, qui s'était fait l'auditeur du cours de Chézy, avait vu le parti qu'on devait tirer de la langue de l'Inde pour éclairer la grammaire grecque. H a indiqué avec plus de détail ses vues sur ce sujet, dans un article inséré, en 182 3, dans le Journal asiatique (t. III). Ce n'est pas ici le lieu d'examiner pourquoi ces commencements n'ont pas été suivis, en France, d'un effet plus prompt et plus général.

1 Comme modèles de celte analyse philosophique où Guillaume de Humholdt est incomparable, on peut citer les écrits suivants : De l'écriture phonétique et de son rapport avec la structure des idiomes (1826); Du duel (1828); De la parenté des adverbes de lieu avec les pronoms dans certaines langues (i83o).

2 Ce travail a été traduit en allemand parle docteur Pacht, dans le recueil de Gottfried Seebode : Nouvelles archives de philologie et de pédagogie. 1827.

uni INTRODUCTION.

cette l'ois, à letude du verbe : il esquisse déjà sa Grammaire comparée. Quelques lois phoniques sont indiquées; il présente pour la première fois la comparaison si intéressante entre les racines sémitiques et les racines indoeuropéennes, qu'il devait développer plus tard dans le premier de ses Mémoires lus à l'Académie de Berlin , et qu'il a peut-être trop condensée dans un des paragraphes de sa Grammaire comparée; il donne déjà de l'augment, qu'il identifie avec l'a privatif, l'explication qu'il reproduira dans son grand ouvrage l.

Revenu en Allemagne, M. Bopp fut proposé par le gouvernement bavarois comme professeur à l'université de Wiirzbourg; mais l'université refusa de créer une chaire nouvelle pour des études qu'elle jugeait peu utiles. H passa alors un hiver à Gottingue, où il fut en relation avec Otfried Millier. En 1821, sur la recommandation de Guillaume de Humboldt, devenu ministre, il fut appelé comme professeur des langues orientales «à l'université de Berlin. Il se partagea dès lors entre son enseignement et ses écrits, qui se sont succédé sans interruption jusqu'à ce jour.

De 182 h à 1 833 , il inséra dans le Recueil de l'Académie de Berlin six mémoires, moins remarquables par leur étendue que par leur importance; ils contiennent en germe sa Grammaire comparée. Nous ne voulons pas les analyser ici 2. Mais il est intéressant d'observer comment

1 Grammaire comparée, S 5 3 7-5/11.

2 Ils ont pour titre collectif : Analyse comparative du sanscrit et des langues congénères. En voici la liste :

1826. Des racines et des pronoms de la ire et de la 9/ personne. (Voir la recension d'Eugène Burnouf clans le Journal asiatique, t. VI.)

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peu à peu, à mesure que des sujets d'information nouveaux se présentent devant lui, l'auteur élargit le cercle de ses recherches.

Aux langues qui lui avaient servi pour ses premières comparaisons, il ajoute d'abord le slave1, ensuite le lithuanien 2. Ce fut pour lui un surcroît de richesse et une mine pleine d'agréables surprises, car ces langues, trèsriches en formes grammaticales, se sont mieux conservées, à quelques égards, que le reste de la famille. Se référant à ces points de rencontre, 11. Bopp regarde les peuples letto-slaves comme les derniers venus en Europe, et il admet qu'une parenté plus intime relie leurs idiomes au zend et au sanscrit. Nous devons dire qu'il a été contredit sur ce sujet par un philologue particulièrement versé dans l'étude du slave et du lithuanien. M. Schleicher conteste le lien spécial de parenté qu'on voudrait établir entre les deux langues asiatiques et les langues letto-slaves, et c'est de la famille germanique qu'il rapproche ces derniers idiomes.

La découverte du zend ouvrit une autre carrière à l'activité de M. Bopp. Ce fut, comme il le dit, un des

1825. Du pronom réfléchi.

1826. Du pronom démonstratif et de l'origine des signes casuels.

1829. De quelques thèmes démonstratifs et de leur rapport avec diverses prépositions et conjonctions.

i83i. De l'influence des pronoms sur la formation des mots.

1 833. Des noms de nombre en sanscrit, en grec, en latin, en lithuanien ei en ancien slave. — Des noms de nombre en zend. (Tous ces mémoires ont paru en brochures à part.)

1 Grâce aux travaux de Dobrowsky, de Kopitar, de Schaffarik.

2 Avec l'aide des grammaires de Rnhig et de Mielcke

xxxiv INTRODUCTION.

triomphes de la science nouvelle, car le zend, dont le sens était perdu, lut déchiffré en partie par une application de la méthode comparative. Jusque-là, M. Bopp s'était servi du persan moderne pour ses rapprochements; mais le persan , qui est au zend ce que le français est au latin, ne présente qu'anomalies et obscurités sans le secours de l'idiome dont il est sorti. Il est vrai que Paulin de Saint-Barthélémy, faisant preuve d'un véritable sens philologique, avait déjà reconnu, à travers la transcription défectueuse d'Anquetil-Duperron, un certain nombre de mots communs au zend, au sanscrit, à l'allemand et aux langues classiques. Mais les doutes injustes qui pesaient sur l'authenticité de la langue de l'Avesta empêchèrent d'abord M. Bopp d'entrer dans la même voie. Ce fut Rask qui, le premier, par des raisons toutes grammaticales, leva les scrupules. Eugène Burnouf commença bientôt après le déchiffrement qui fut un de ses plus grands titres de gloire. En faisant îithographier un manuscrit du Vendidad-Sadé, il permit à M. Bopp de prendre sa part d'un travail qui s'accommodait si bien au tour de son esprit. Il s'engagea entre les deux savants une lutte courtoise de pénétration et de savoir : l'estime qu'ils faisaient l'un de l'autre est marquée dans les comptes rendus qu'ils ont réciproquement donnés de leurs découvertes1.

Nous arrivons à un travail qui marque une direction nouvelle dans les recherches de M. Bopp. Dans ses premiers ouvrages, il s'était surtout occupé de l'analyse des

1 Annales de critique scientifique. i83i . — Journal des Savants, 1 833.

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formes grammaticales. Il fut conduit sur un autre terrain, non moins fécond en enseignements, par la Grammaire allemande de Grimm. Si M. Bopp a frayé la route en tout ce qui touche à l'explication des flexions, Jacob Grimm est le vrai créateur des études relatives aux modifications des sons. Cette histoire des voyelles et des consonnes, qui ne peut sembler inutile ou aride qu'à ceux qui sont toujours restés étrangers à l'examen méthodique des langues, venait de trouver dans l'illustre germaniste le plus délicat et le plus séduisant des narrateurs. Il avait montré, par la loi de substitution des consonnes allemandes, combien est important le rôle des lois phoniques dans la formation et dans la métamorphose des idiomes 1. Allant plus loin encore, il avait analysé la partie la plus subtile du langage, savoir les voyelles, et ramené à des séries uniformes, qu'il compare lui-même à l'échelle des couleurs, les variations dont chaque voyelle allemande est susceptible. Mais ici il se trouva , sur un point capital , en désaccord avec M. Bopp. Ce n'est pas le lieu d'exposer la théorie de Grimm sur l'apophonie (ablaui) 2 : il nous suffira de dire que, non content d'attribuer à ces modifications de la voyelle une valeur significative, il y voyait une manifestation immédiate et inexplicable de la faculté du langage. M. Bopp combattit cette hypothèse comme il avait combattu la théorie de Frédéric Schlegel sur l'origine des flexions. Il s'attacha à montrer, par la comparaison des autres idiomes indo-européens, que l'apophonie, toile qu'elle existe dans

1 Cf. Grammaire comparée, S 87, 1.

" Il s'agit de ce changement de voyelle qu'on observe dans les verbes comme ich singe, ich sang , gesuvgen; I sing . I sang, suùff.

xxxvi INTRODUCTION.

les langues germaniques, n'a rien de primitif, que les modifications de la voyelle n'entraînaient, à l'origine, aucun changement dans le sens, et que ces variations du son étaient dues à des lois d'équilibre et à l'influence de l'accent tonique1. Une fois attiré vers ce nouveau genre de recherches, M. Bopp continua ses découvertes; il fit connaître l'origine des voyelles indiennes rï et M, montra la présence du gouna et du vriddlù dans les langues de l'Europe, distingua dans la conjugaison les désinences pesantes et légères, dans la déclinaison les cas forts et les cas faibles, et établit ces lois qu'il a ingénieusement appelées lois de gravité des voyelles.

Après vingt ans de travaux préparatoires, le moment parut enfin venu à M. Bopp d'élever le monument auquel son nom restera désormais attaché. Il commença en 1 833 la publication de sa Grammaire comparée2. L'impression produite par cet ouvrage fut grande : tous les esprits sérieux furent frappés du développement des recherches, de la simplicité des vues principales, de la nouveauté et de

1 M. Bopp n'a pas donné dans sa Grammaire comparée une exposition d'ensemble sur ce sujet. Il explique les diverses variétés de l'apophonie à mesure qu'elles se présentent. Voir les §§ 7 et suiv., 26 et suiv., 48g et suiv., 5o6, 589 et suiv., 602 et suiv. La polémique contre Grimm se trouve dans deux articles insérés , en 1827, dans les Annales de critique scientifique. Ils sont reproduits dans le volume intitulé Vocalisme (Berlin, i836), où ils sont suivis d'un autre article publié, en 1 835 , dans le même recueil, sur le Dictionnaire de Graff.

2 Grammaire comparée du sanscrit, du zend, du latin, du lithuanien, du gothique et de l'allemand, m-k°. L'ouvrage parut en six livraisons, de i833 à 18/19.

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l'importance des résultats. Eugène Burnouf, qui rendit compte du premier fascicule dans le Journal des Savants, dit que ce livre resterait , « sous la forme que lui avait donnée l'auteur, comme l'ouvrage qui renferme la solution la plus complète du problème que soulève l'étude comparée des nombreux idiomes appartenant à la famille indo-germanique1. * Une traduction anglaise, due à M. Eastwick, parut sous les auspices de l'illustre Wilson2.

Les ouvrages de linguistique qui commencèrent dans le même temps à se multiplier en Allemagne, firent encore ressortir l'importance du livre de M. Bopp, qu'ils complétaient ou qu'ils continuaient par certains côtés. Il faut au moins nommer ici M. Pott3, le savant étymologiste, et M. Benfey \ qui poussa de front les études de grammaire comparée et les études sanscrites. Pendant que se publiait la Grammaire comparée, paraissait aussi le grand ouvrage où Guillaume de Humboldt montrait, avec une finesse et une profondeur singulières, quels enseignements on pouvait tirer, pour l'analyse de l'esprit humain, de l'examen historique et comparatif des langues 5. Le mouvement phi-

1 Journal des Savants, 1 833 , p. kl 3.

* Londres. 3 volumes, 1 845-53. Cette traduction est arrivée à sa troisième édition.

3 La première édition des Recherches étymologiques de M. Pott est de i833. La seconde édition, encore inachevée (1859-61), a subi un remaniement complet , qui en a fait un livre nouveau.

4 Les principaux ouvrages de M. Benfey sont le Lexique des racines grecques (1839), l'édition duSâma-véda (18&8), la Grammaire sanscrite (1 852), l'édition du Pantchatantra (1859). Depuis 1862, M. Benfey dirige une revue de philologie, intitulée : Orient et Occident.

0 Delà langue kawie. i83G-39, 3 volumes in-û°. — L'introduction

xxxvm INTRODUCTION.

lologigue, qui depuis ne s'est plus ralenti, se manifestait avec éclat : parmi cette variété de travaux , le livre de M. Bopp était comme l'ouvrage central , auquel la plupart de ces écrits se référaient ou qu'ils supposaient implicitement. Essayons donc de nous en rendre compte et de dégager, à travers la multiplicité des faits et des observations de détail, les principes qui y sont contenus.

La vue fondamentale de la philologie comparative, c'est que les langues ont un développement continu dont il faut renouer la chaîne pour comprendre les faits qu'on rencontre à un moment donné de leur histoire. L'erreur de l'ancienne méthode grammaticale est de croire qu'un idiome .forme un tout achevé en soi, qui s'explique de lui-même. Cette hypothèse, qui est sous-entendue dans les spéculations des Indous aussi bien que dans celles des Grecs et des Romains, a faussé la grammaire depuis son origine jusqu'à nos jours. Mais s'il est vrai que nos langues modernes sont un héritage que nous tenons de nos ancêtres, si, pour nous rendre compte, en français ou en italien, du mot le plus usuel et de la forme la plus simple, il faut remonter jusqu'au latin, si le grec d'aujourd'hui est incompréhensible sans la lumière du grec ancien, le même principe conserve toute sa force pour les idiomes de l'antiquité, et la structure du grec et du latin restera pour nous une énigme aussi longtemps que nous voudrons l'expliquer

forme une œuvre à part : De la différence de structure des tangues et de son influence sur le développement intellectuel du genre humain

INTRODUCTION. xxxix

par les seules informations qu'ils nous fournissent. Comment comprendrons-nous pourquoi l'italien dirigera fait au participe diretto, ou pourquoi le français venir fait au présent singulier je viens et au pluriel nous venons, sans le secours de la conjugaison latine et sans la connaissance des lois phoniques qui ont présidé à la décomposition du latin ? Mais sommes-nous plus en état de dire sans sortir du grec pourquoi fîétXkw fait à l'aoriste séaàov, ou pourquoi ei[Li fait yv à l'imparfait? 11 serait impossible, sans l'aide de la langue mère, d'indiquer d'une façon satisfaisante le lien de parenté qui unit le substantif français jour à la syllabe di renfermée dans lundi, mardi; mais l'affinité du grec Zsus avec son génitif ùnos est-elle plus apparente? Le grec et le latin, pas plus que le français ou l'italien, ne sauraient rendre compte des formes grammaticales qu'ils emploient, et, dans le plus grand nombre des cas, ils ne donnent pas la clef de leur vocabulaire. Ce serait une étrange illusion de croire qu'un idiome entre dans l'existence en même temps qu'un certain groupe d'hommes commence à former un peuple à part. Quand Romulus assembla ses bergers sur le mont Aven tin, les mots, l'organisme grammatical qui devaient composer le langage de ses descendants, étaient créés depuis des siècles. Pour découvrir les origines d'une langue, il ne suffit donc pas d'interroger les documents qui nous l'ont conservée, quelque anciens qu'ils puissent être. La question première, celle de la formation, resterait impénétrable, si la philologie comparative ne fournissait d'autres moyens d'investigation et d'analyse.

La grande expérience tentée par M. Bopp ;i prouve

xl INTRODUCTION.

qu'en réunissant en un faisceau tous les idiomes de même famille, on peut les compléter l'un par l'autre et expliquer la plupart des faits que les grammaires spéciales enregistrent sans les comprendre. Il est inutile de donner ici des exemples : le livre de M. Bopp en est rempli de la première à la dernière page. Il nous montre, à travers la diversité apparente de tant d'idiomes, le développement d'un vocabulaire et d'une grammaire uniques. Ce n'est pas que chaque langue ne porte en soi un principe de rénovation qui lui permet de modifier le type héréditaire et de substituer en quelque sorte des organes nouveaux aux mots usés et aux formes grammaticales hors de service. Mais si les langues ont été justement comparées à des monuments dont on renouvelle constamment les parties vieillies, il faut ajouter que les matériaux qui servent à réparer les brèches sont tirés de l'édifice lui-même. Le verbe français a perdu les formes personnelles du passif, mais il les remplace à l'aide d'un verbe auxiliaire et d'un participe qui sont aussi anciens que le reste de la langue française. De même, en latin, le passif n'a plus de seconde personne du pluriel; mais la forme en mini qui en tient lieu (amamini, monemini) est un participe moyen dont les formes grecques, comme (ptXovfj.svoi, -z\,\kw\xzvoi , attestent l'antiquité1.

Chaque mot, chaque flexion nous ramène par une filiation directe jusqu'aux temps les plus reculés de la langue : mais la philologie va encore plus avant et montre de quelle nature sont les éléments qui ont servi à com-

Grammaire comparée, § A78.

INTRODUCTION. su

poser le langage. Elle constate que les idiomes indo-européens se réduisent, en dernière analyse, à deux sortes de racines : les unes, appelées racines verbales, qui expriment une action ou une manière d'être; les autres, nommées racines pronominales, qui désignent les personnes, non dune façon abstraite, mais avec l'idée accessoire de situation dans l'espace. C'est par la combinaison des six ou sept cents racines verbales avec un petit nombre de racines pronominales que s'est formé ce mécanisme merveilleux, qui frappe d'admiration celui qui l'examine pour la première fois , comme il confond d'étonnement celui qui en mesure la portée indéfinie après en avoir scruté les modestes commencements. L'instinct bumain, avec les moyens les plus simples, a créé un instrument qui suffit depuis des siècles à tous les besoins de la pensée. La Grammaire comparée de M. Bopp est l'histoire de la mise en œuvre des éléments primitifs qui ont servi à former la plus riche comme la plus parfaite des familles de langues.

Cependant le livre de M. Bopp n'est pas resté à l'abri de la critique. iNous avons essayé d'en exposer l'idée mère et d'en faire voir les mérites : nous croyons qu'il est aussi de notre devoir d'indiquer les principaux reproches qu'on a pu adresser à l'auteur l.

Une lacune qui a été signalée quelquefois, c'est l'absence de la syntaxe, c'est-à-dire de cette partie de la grammaire qui est traitée d'habitude avec le plus de dé-

1 11 serait impossible d'entrer dans les critiques de détail : un travail aussi étendu sur des matières aussi variées et aussi neuves devait nécessairement renfermer des points contestables.

xli. INTRODUCTION.

veloppemeiil. li est naturel que les règles de construction tiennent une large place dans les livres qui enseignent à parler ou à écrire une langue; mais le dessein de M. Bopp est tout autre. Il ne veut pas nous apprendre le maniement pratique des idiomes dont il nous retrace les origines, les affinités et les changements. Il en écrit l'histoire, ou plutôt il a choisi dans cette histoire, trop étendue et trop compliquée pour les forces d'un seul homme, la phonétique et la théorie des formes. La tâche, ainsi réduite, était encore assez grande pour satisfaire l'ambition et pour suffire au travail d'une vie entière.

Mais la lacune qu'on a remarquée s'explique encore par une autre raison. La syntaxe d'une langue consiste dans l'emploi qu'elle fait de ses formes grammaticales ; pour rapprocher, à cet égard, plusieurs idiomes entre eux, et pour tirer de ces rapprochements des conclusions historiques, il faut d'abord établir, d'une façon incontestable, quelles sont les formes grammaticales qui, par leur origine, se correspondent. Avant de comparer le rôle du datif grec à celui du datif latin, il est nécessaire de savoir si la comparaison porte sur deux formes congénères1. La tâche la plus pressante de la philologie indoeuropéenne était donc l'étude des flexions. Entreprise trop tôt, la syntaxe comparative aurait manqué de principes solides, sans avoir, comme les syntaxes spéciales, l'utilité pratique pour excuse2.

1 Voyez Grammaire comparée, § 177.

2 Un premier essai de syntaxe comparative a été tenté par M. Albert Hœfer, dans son traite' : De l'infinitif , particulièrement en sanscrit. Berlin, 18/10. On trouvera deux articles de M. Scbweizcr, sur l'emploi de l'ablatif

INTRODUCTION. xmi

Dans un ordre d'idées tout différent, on a fait une autre objection à M. Bopp. On lui a reproché d'attribuer au sanscrit une importance excessive, et de ramener trop souvent le reste de la famille au modèle de la langue de l'Inde. Il ne faudrait pas s'étonner si la philologie comparée, créée par des indianistes, avait d'abord traité avec prédilection l'idiome qui jetait tant de lumière sur ses frères. Mais il faut ajouter que M. Bopp, parmi ses contemporains et ses émules, est celui qui a le moins cédé à cette préférence; mieux que personne et dès ses premiers ouvrages1, il a fait voir le parti qu'on doit tirer du grec et du latin, et même de l'allemand et du slave, pour corriger et pour compléter le sanscrit, que des lois phoniques d'une extrême rigueur, ou une prononciation vicieuse ont parfois mutilé ou altéré. En isolant et en prenant à la lettre certaines phrases de M. Bopp , on pourra foire croire qu'il regarde le mot sanscrit comme le prototype des mots congénères ; mais toutes les sciences comparatives se servent d'abréviations convenues, que le lecteur n'a pas de peine à interpréter. Le sanscrit étant

et de l'instrumental, dans le Journal pour la science du langage, de M. Hœfer. Mais le plus grand nombre de remarques sur la syntaxe comparative se trouve dans le livre de M. Adolphe Régnier : Etudes sur l'idiome des Védas et les origines de la langue sanscrite, Paris, 1 855.

1 rrJe ne crois pas, dit M. Bopp dans les Annales de littérature orientale (1820), qu'il faille considérer comme issus du sanscrit le grec, le latin et les autres langues de l'Europe. . . Je suis plutôt porté à regarder tous ces idiomes sans exception comme les modifications graduelles d'une seule et même langue primitive. Le sanscrit s'en est tenu plus près que les dialectes • ongénères. . . Mais il y a des exemples de formes grammaticales perdues en sanscrit qui se sont conservées en grec et en latin. -

xliv INTRODUCTION.

l'idiome dont nous avons gardé les monuments les plus anciens et dont les formes grammaticales sont d'ordinaire les plus intactes, il est naturel qu'il serve de point de départ aux recherches ; parmi ces sœurs inégales en âge et en beauté, le chœur est mené par l'aînée et la plus belle. On ne veut pas nier d'ailleurs qu'il est quelquefois arrivé à M. Bopp de mettre, d'une façon un peu imprévue et sans intermédiaires suffisants, le sanscrit en présence d'un idiome qui n'y touche que de loin. Mais cette critique doit moins s'adresser à la Grammaire comparée qu'aux mémoires spéciaux dont nous parlerons tout à l'heure.

Un reproche qu'on ferait peut-être avec plus de raison à M. Bopp, c'est de trop laisser ignorer à ses lecteurs combien les recherches de linguistique sont redevables aux grammairiens de l'Inde. S'il faut louer l'illustre savant d'avoir réservé à leur égard tous les droits de la critique européenne, on peut regretter qu'il ait quelquefois relevé leurs erreurs, tandis que les hommages qu'il leur rend sont muets. Ce ne fut pas un médiocre avantage de trouver une langue toute préparée d'avance pour l'étude grammaticale, par ceux mêmes qui la maniaient, et de n'avoir qu'à appliquer aux idiomes de l'Occident des procédés d'analyse que la science européenne, depuis plus de deux mille ans, n'avait pas su trouver. Le classement méthodique des lettres d'après les organes de l'appareil vocal, l'observation du gouna et du vriddhi, les listes de suffixes, la distinction de la racine et du thème, ce sont là, parmi beaucoup d'autres idées neuves et justes , des découvertes qui ont passé de plain-pied de la grammaire indienne dans la grammaire comparative; mais ce que, par-dessus tout,

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nous devons aux écoles de l'Inde, c'est l'idée d'une grammaire expérimentale, nullement subordonnée à la rhétorique ni à la philosophie , et s'attachant à la forme avant de s'occuper de la fonction des mots. Si à une clairvoyance admirable il se mêle beaucoup de subtilité, si nous avons employé, pour un usage qu'on ne soupçonnait pas, des procédés qui avaient été inventés dans un dessein tout différent, il n'en est pas moins juste de reconnaître que le progrès accompli, depuis cinquante ans, par les études grammaticales est dû, en grande partie, à la connaissance de la méthode indienne. Comme tous les novateurs, M. Bopp a été plus frappé des défauts que des mérites d'un système qu'il a perfectionné en le simplifiant. Il faut ajouter que M. Bopp a d'abord appris à connaître les grammairiens indiens, non dans leurs livres originaux, mais par les traductions desCarey, des Wilkins, où ils gardaient leur air étrange et leur subtilité en perdant leur brièveté et leur précision.

Il nous reste, avant de quitter le grand travail de M. Bopp, à faire quelques remarques sur la composition et sur le style de cet ouvrage. La Grammaire comparée est un livre d'étude savante; quoique le langage de l'auteur soit d'une parfaite clarté, on ne saurait le lire sans une attention soutenue. Chaque mot a besoin d'être pesé sous peine d'erreur. Supposant son lecteur non-seulement attentif, mais bien préparé, M. Bopp distribue ses développements d'une façon un peu inégale : il passe vite sur les principes généraux et il insiste sur les particularités; il dit en quelques mots qu'il adopte l'opinion d'un auteur et il s'étend sur les faits qui la limitent ou la rectifient.

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Les grandes lois ne ressortent peut-être pas toujours assez au milieu des observations secondaires, et le ton uni dont M. Bopp expose ses plus belles trouvailles fait qu'on n'en aperçoit pas du premier coup toute l'importance. Le passage continuel d'un idiome à un autre est un procédé d'exposition excellent, parce qu'il nous montre comment l'auteur a poussé ses recherches et comment il a fait ses découvertes; mais il exige chez le lecteur de la suite et de la réflexion. C'est la plume à la main, en s'entourant autant qu'il est possible des livres cités par M. Bopp, qu'il faut étudier la Grammaire comparée. Outre l'instruction, on y trouvera alors un très-sérieux attrait, en découvrant la raison et l'origine des règles que tant de générations se sont transmises sans les comprendre, et en voyant peu à peu un jour nouveau éclairer et transformer des faits que nous croyions connaître depuis l'enfance.

Une fois la Grammaire comparée conduite à bonne fin, et en attendant le dernier remaniement qu'il devait lui donner, où M. Bopp allait-il tourner son zèle infatigable ? 11 restait encore quelques idiomes indo-européens qu'il avait laissés en dehors de ses rapprochements, soit que les moyens de les étudier lui eussent manqué, soit que les textes qui nous les ont conservés fussent trop récents ou trop courts. Il y consacra les mémoires que, de 1 838 à i856, il inséra dans le Recueil de l'Académie de Berlin. Mais ces essais, il faut le dire, se ressentent de l'insuffisance des documents sur lesquels ils s'appuient. N'ayant pas à sa

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disposition des matériaux étendus, il est parfois obligé de recourir à des comparaisons lointaines et à des rapprochements aventurés. C'est ici que se découvrent les dangers d'une méthode qui, pour être employée avec sûreté, suppose la connaissance complète et approfondie des idiomes auxquels elle s'applique.

Un mémoire de M. Pictet sur les langues celtiques venait d'être couronné par l'Institut de France1. M. Bopp, partant de cet écrit qui s'inspirait directement de sa méthode, et s'aidant, en outre, des livres de Mac Curtin et d'O' Reilly, essaya sur le rameau celtique l'étude qu'il avait faite sur les autres branches indo-européennes2. Cependant le celtique occupe peu de place dans la seconde édition de la Grammaire comparée : l'auteur reconnut sans doute que les matériaux dont il disposait étaient trop rares et la lumière renvoyée sur le reste de la famille trop faible et trop incertaine. Il ne parait pas avoir eu l'idée de dépouiller le grand ouvrage de M. Zeuss, qui, grâce à des moyens d'information dont avaient manqué ses prédécesseurs, a fondé enfin l'étude comparative des langues celtiques sur une base large et solide 3.

Un curieux problème de linguistique ramena M. Bopp vers l'extrême Orient. Dans son grand ouvrage sur la langue kav.ïe, Guillaume de Humboldt avait exposé comment la

1 A. Pictet, De l'affinité des langues celtiques avec le sanscrit. Paris. 1887.

2 Des langues celtiques au point de vue de la grammaire comparative. Mémoires de l'Académie de Berlin, i838.

3 Zeuss, Grammatica celtica. Leipzig, i853. — M. Scbleicher. dans son excellent Compendiwn de la Grammaire comparée des langues indo-européennes, s'est servi de cet ouvrage et a régulièrement rapproché les formes celtiques des formes congénères des autres idiomes.

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civilisation brahmanique se répandit de l'Inde dans les îles de la Malaisie et de la Polynésie. M. Bopp cherche à rattacher au sanscrit un certain nombre de mots des langues malayo-polynésiennes 1, Mais, si nous en croyons les spécimens qu'il nous donne, le sanscrit soutint de singulières déformations dans la bouche de ces peuples incultes. Tout l'organisme grammatical a disparu : le vocabulaire seul a subsisté, ce Ces idiomes se sont dépouillés de leur ancien vêtement et en ont revêtu un autre, ou bien, comme dans les langues des îles de la mer du Sud, ils se montrent à nous dans un état de nudité complète, b M. Bopp est le premier à nous avertir que des observations ainsi limitées à la partie la moins caractéristique d'un idiome doivent être accueillies avec précaution.

Les mémoires subséquents sur le géorgien 2, sur le borussien3 et sur l'albanais4 se ressentent plus ou moins de cette même difficulté qui résulte de la jeunesse relative et de la maigreur des documents mis à contribution. On en pourrait dire à peu près autant pour l'arménien que l'au-

1 De la parenté des langues malayo-polynésiennes avec les langues indoeuropéennes. Mémoires de l'Académie de Berlin. i84o.

2 Les Membres caucasiques de la famille des langues indo-européennes. i846. — L'auteur, dans ce mémoire, traite surtout du géorgien, d'après une grammaire de G. Rosen.

3 De la langue des Borussiens. Mémoires de l'Académie de Berlin. i853.

— Le borussien ou ancien prussien est un dialecte de la famille lithuanienne , présentant certaines particularités qui ont disparu des autres dialectes. Il s'est éteint au xvne siècle : le seid souvenir qui nous en reste est une traduction , d'ailleurs très-fautive , du petit catéchisme de Luther.

1 De l'albanais et de ses affinités. Mémoires de l'Académie de Berlin. 1 854.

— L'auteur s'est surtout servi de l'ouvrage de Hahn. — Tous ces Mémoires ont paru aussi comme brochures à part.

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leur, déjà engagé dans la publication de la seconde édition de la Grammaire comparée, y fit un peu tardivement entrer en ligne. L'origine iranienne de l'arménien parait incontestable; mais la grammaire de cette langue a subi des modifications trop profondes, et son système phonique est encore trop peu connu pour que les rapprochements avec le zend et le sanscrit ne semblent pas quelquefois prématurés.

Tout en poussant de la sorte ses travaux de philologie comparative, M. Bopp ne négligeait aucun moyen de faciliter l'accès de la langue qui lui avait donné l'idée et la clef de ces recherches. Grammaires, vocabulaires, textes, traductions, il a tout mis en œuvre pour rendre l'étude du sanscrit plus simple et plus aisée1. Sa Grammaire sans-

1 Voici la liste des publications sanscrites de M. Bopp :

i 8a -i-i 827. Exposition détaillée du système delà langue sanscrite. — Voir la 1

sion d'Eugène Burnouf, dans le Journal asiatique . t. VI. 1 829-18.32. Grammatica rritica Ungiue sanscritcc.

1 834. Grammaire critique de la langue sanscrite, sous une forme abrégée. i845. 2e édition du même ouvrage. — C'est à cette édition que se rapportent !<'-.

renvois de la Grammaire comparée.

1 86i-i863. 3e édition du même ouvrage.

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