Le chapitre entier manque dans le ms. de Paris
qui se trouve dans les mss. de Paris, de Genève et de Berne, s'en rapproche encore davantage : il manque la préposition ctim, qui était écrite en abrégé : ac conlectum ^ P. 266. « Capessere^ perferre. Virgil., ^Eneid., I :
Mihi jussa capessere fas est. »
Voilà ce que donnent le ms. de Saint- Victor et ceux de Gerlach. On peut se flatter de prendre ici le commentateur sur le fait d'ignorance, et Mercier a sans doute triomphé en repoussant la leçon perficere, qu'il voyait dans Aide et JiAius. Mais perficere est donné par les deux mss. de Londres et de Paris. Encore un reproche qui est interdit aux critiques malveillants.
P. 295, V. Exercere. « Cicero... Equidem eos cas,us, in quibus me fortuna vehementer exercuit. » Le seul ms. de Paris donne eos, comme les éditions de Cicéron ; on lit partout ailleurs meos. Il faut avouer qu'on trouverait bien hardi le savant qui se serait permis un tel changement, si le texte de l'original était perdu. Cependant la langue le réclame.
P. 309, V. Fingere. « Varro... Ut hirundine singulis obliti luto tegulas fingebant. » (Mercier.) « Ut hirundines figulis. » (Junius.) Mais tous les anciens mss. donnent hirundine singulinis; d'où l'on tire avec la plus grand»' facilité figulinis. En modifiant légèrement deux finales, figulinas {oblitœ luto), on obtient un sens fort satisfaisant : « Ut hirundines figu- Unas oblitse luto tegulas fingebant. »
P. 317, V. Herba. L'édition de Mercier donne ainsi un vers d'Attius, d'après un ms. de Gujas :
Pro se quisque cum corona claram constitit caput.
Le ms. de Paris, à la marge, et ceux de Gerlach, ont constat caput, qui ne fait pas le vers. Un autre, d'une médiocre valeur, porte circumstat. Mais le ms. de Paris, ceux de Genève et de Berne fournissent le véritable verbe, conectat. C'est avec raison que connectit et connectunt avaient été conjecturés par des savants.
P. 319, V. Haurire. Lucrèce :
Juvat integros accedere fontes.
Une partie des manuscrits donnent levât integros; mais les plus anciens ont la vraie leçon, qu'on voit aussi dans la plupart des éditions. Mercier maintient levât, d'après son manuscrit ; c'est là une fidélité superstitieuse. Il dit dans sa note que ses devanciers et les textes de Lucrèce portent juvat. C'est le contraire qu'il fallait faire : écrire juvat, en mentionnant levât. Mercier n'a pas prétendu donner une copie exacte du ms.
1. Ce sens de CoUectus n'est pas rare. Yirg. JEn, XII^ 862 : « Alitis in parv» subitam collecta figuram; » Plin. YIII, 17, 3 : « Yolumina a me collecta in arctum. »
Saint- Victor, et plus d'une fois il a introduit, sans mot dire, les corrections des savants. C'était le pas de suivre Aide et Junius. P. 320, V. Honor. Un vers de Lucilius :
Virginis hoc pretium, atqae hune reddebamus honorem.
Telle est la bonne leçon des manuscrits ; mais toutes les éditions portent reddamus, et Mercier ne fait aucune remarque. P. 323, V. Ingenium. Nœvius...
Agitatis, ite actutum in frondiferos lucos.
Ce fragment présente trois iambiques trimètres : celui-ci est faux. Il ne l'est pas dans le ms. de Londres et celui de Paris, qui donnent locos,
P. 335, V. Liquidum. Mercier offre ainsi un passage de Névius : « Blande et docte percontat, ^Eneas quo pacto Trojam urbem liquerit. » Mais il avoue que le mot jEneas est une conjecture des savants, et que son ms. donne percontate nos. La leçon de Gerlach percontat Aenas me paraît celle de ses manuscrits, influencée un peu par la précédente conjecture. Elle repose, du reste, sur un fondement solide, que fournissent le ms. Harléien, percontat enaSj et celui de Paris, percontenas^
P. 347, V. Mirari. Pour le troisième sens, il y a dans le ms. de Londres : Mirai i^ metuere; dans celui de Berne, manere; dans celui deLeyde, mentiri; dans celui de Paris, venerari; et point d'explication dans celui de Wolfenbûttel et dans Mercier. De tout cela j'ai conclu qu'il y avait deux verbes explicatifs, l'un actif et l'autre déponent, et j'ai donné : « Mirari, metuere, venerari. »
P. 356, V. Occupatus, « M. Tullius in Hortensio : et paulum macelli occupavisse. » Cette leçon de la plupart des mss. embarrasse avec raison les éditeurs. Ils cherchent là un ou plusieurs noms propres : et paulum ma^ cd/i(Merc.); et paulum marcelH (Jun.). Mercier conjecture tholum macelli, ce qui est plus ingénieux que probable. Mais trois anciens mss. offrent une varrété : paulum angelli (Genev. Bern.) ; le même mot est dans le ms. de Paris, mais avec un signe de doute sur la lettre n ; d'où ressort la leçon bien simple agelli. Deux fautes bien fréquentes ont été introduites ici par les copistes, la réduplication d'une lettre finale (m), et la confusion de c et g.
P. 361, V. Proprium. « Sisenna : Victoribus proprie spem, victis adversœ fortunae majorem forinidinem objecit. » Le mot proprie, qu'on lit pai-tout, n'a pas de sens. Mais le ms. de Londres donne propriœ, et la lumière apparaît, quand on compare avec l'explication de Nonius, coiiforme d'ailleurs à la signification connue de proprium dans l'ancienne langue : « l'espoir d'un succès durable, » La sagacité de Fulvius Ursinus avait réclamé cette correction.
P. 383. « Recipere, promittere, poUiceri. » Jusqu'ici cette leçon a été une conjecture, déterminée, il est vrai, par la suite de l'article et l'impos-
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Taxo est dans les mss., avec la seule variante taxostratus. Les éditions ont saxo^ qui est évidemment le vrai mot.^ Mais Ton pourrait croire que c'est une pure conjecture : or le ms. de Golbert présente déjà cette leçon.
P. 479, V. Copulantur. Plautus : -
i Adeunt, consistunt, copulantur corpora.
Telle est la leçon des manuscrits, Un seul excepté, celui de Daniel, qui porte dextras^ reproduit dans les anciennes éditions. Aide, Junius et Mercier ont donné dexteras, avec l'autorité non-seulement de Plante, mais de Nonius lui-même, le même article se trouvant déjà à la p. 476.
Ibid. V. Conscreabor, Toutes les éditions donnent Conse^ahor^ et Mercier n'a aucune note sur cette méprise. Mais l'exemple de Plante fournissait une rectification facile, qui a été faite par les savants. On voit aujourd'hui que cette faute est moderne, et que tous les anciens manuscrits portent Conscreabor *.
^ P. 502, Accusât, pro Genitivo. Attius Myrmidonibus : Mea fata in acie obliti.
La correction fàcta est venue à l'esprit de plusieurs savants. Telle est la leçon du ms. de Paris.
P. 515, V. Rarenter. Livius Tereo :
Rarenter venio. ^
Voilà ce que donnent lef éditions, et même Gerlach, d'aprèë un de ses manuscrits; mais celui de Leyde porte vento avec un i suscrit, et le ms. de Paris a expressémeQt venito.
P. 520, V. Modestia. « Varro... Omnia, inqu«mi, in docendis pueris, quœ dempta non prohibent virum bonum fieri, mediocria^-sunt. » Le seul ms. de Londreç restitué exactement ce passage, en donnant quœ dempta. Celui de Paris s'en rapproche beaucoup, quœdem ta. Viennent ensuite les leçons quœ damta^ damna^ data. Mercier a introduit une conjecture qui serait bien permise s'il en résultait un sens plausible, quœdam tamen.
P. 552, V. Catapulta. Titinius in Setina :
Revortit quam catapulta volât.
Telle est la vraie leçon, que fournit le ms. Harléien, conjecturée par plusieurs savants et approuvée par Mercier dans sa première édition. Toutefois dans sa seconde il a préféré à tort quonianij que donnent de bons mss. et les autres éditeurs. On connaît cette manière ancienne de supprimer l'antécédent avant quam. Junius avait bien expliqué àlamarge : « revortit celeriùs quàm. » •
P. 553. (( Glandis est plumbum in modum informatum. » Il manque ici
1. Je ne fais pas de différence pour la leçon Conscrebor, fournie par l'^n d'eux.
2. J'ai effacé ici une glose évidente : mediocria, modica sunt.
un mot, qui n'a été conservé que par un seul ms., celui de Colbert : a in modum glandis. » Ce mot se trouve aussi dans les éditions antérieures à celle de Mercier, et le ms. de Wolfenbuttel porte en marge in formam glandis.
J'ai insisté sur ce moyen de corriger les textes, parce qu'il est le plus sûr, et qu'on n'avait pu l'employer jusqu'ici à l'égard de Nonius. Mais je dois me borner, quoique j'aie sous la main beaucoup d'autres citations qui ne manqueraient pas d'intérêt, et qui redresseraient plus, d'une fausse idée.
2** Il est permis de rectifier un mot légèrement altéré, une méprise dans la transcription d'un mot entier, à l'aide des auteurs cités par Nonius, et dont nous possédons les textes.
Nous avons déjà vu plus haut le moi juvat rétabli dans un vers de Lucrèce (IV, 2), lorsqu'une partie des mss. de Nonius (v. Baurire, p. 319) et toutes les éditions donnent levât»
P. 1, V. Senium. Les mss. et les éditions donnent ainsi un fragment de Gaecilius :
Tum in senectute hoc deputo miserrimum, Sentira ea setate eum ipsum esse odiosum alteri.
Dans le premier vers un mot a été omis et. un archaïsme supprimé; dans le second, eum a été ajouté, soit que le copiste ait hésité entre eum et ipsufn, èoit qu'il ait voulu éclaircir ipsum par une glose malheureuse qui aurait dû être se :
Tum [equidem] in senecta hoc deputo miserrimum, Sentire ea œtate ipsum esse odiosum alteri.
C'est avec Cicéron (Senect. 8) que l'on rectifie ces deux vers.
P. 161. « PercederCj ut decedere. Cicero in Oratore : Concisum, non concœsum, et quod quidam percsesum etiam volunt. » Telle est la leçon communément reçue, et que suit encore Mercier. Mais tout ce passage ne présente aucun sens. L'objet de l'article est de montrer que la diphthongue œ se change ordinairement eut dans la composition des verbes. C'est donc : « Percidere^ ut decidere*. » Mais le mot Pertœsum avait résisté à cette règle, et Cicéron remarque quepertisum avait ses autorités. Festus (v. Redarguisse) nous apprend que ce n'était rien moins qu'un Scipion qui parlait ainsi, et que Lucile avait critiqué cette prétention de se singulariser. J'ai donné cet article de la manière suivante :
Pertisum^ ut decisum. Cicero in Oratore [c. 48] : « Concisum^ non concœsum; ex quo quidam pertisum etiam volunt. »
i. Quoique ces deux mots spient convenablement choisis pour établir la règle, ils ne cadrent pas avec ce qui suit. Gomme pertœsum avait été altéré, le lemma s'en est ressenti. Il fallait : Pertidere (rareté pour Pertœdere), ut Decidere.
P. 284, V. Duci. Plaute [Aul. IV, 8, 8] :
Ego me duco deorsum de arbore. »
Les mss. de Nonius ont : « duco serium de. »
'P.*3i8, V. Habere. Plaute [Aul. Prol. 5] :
Patri[que] avo[que] jam hujus qui nunc hic habet.
Deux mots omis.
P. 321, V. Invitare. Gicéron (Verr. II) : « Ut quos ei commodum sit, invitet. » Les mss. et Mercier introduisent gratuitement Tarchaïsme siet.
P. 374, V. Proferre. Ici un exemple emprunté de Gicéron montre d'une manière frappante avec quelle négligence les textes étaient copiés. On lit partout, et sans variante : « Sapientia jubet proferre opes, amplifîcare divitias. )) L'exemple avait été écourté, comme il arrive très-souvent ; et comme le mot du leinma n'y figurait plus, on l'a introduit dans le premier membre, proferre opes, au lieu de augere. Grâce à Angelo Mai, nous pouvons rétablir la phrase : « Sapientia jubet augere opes, amplifîcare divitias[, proferre fines]. »
P. 487, V. Gelu, Les manuscrits donnent ainsi un vers de Lucrèce [VI, 156] :
Denique sa»pe multus fragor atque ruina geli.
Au lieu de « saepe geli multus fragor. » Mercier, qui rectifie ce vers sans en prévenir, s'éloigne de son système de fidélité aux manuscrits.
P. 499, Accus, pro Genit. Gicéron (de Off. II, c. 8) : « Dum homines cruenti hastam illam cruentam meminerint. » Il est. évident que le copiste s'est trompé en répétant le mot cnientus. Les erreurs de ce genre sont assez naturelles. Gicéron a écrit homines perditi.
P. 509, V. Deplorabundiis. Plaute, Aul. [II, 4, 38] :
Homo ad praetorem venit deplorabundus.
Construction vicieuse, conservée encore par Junius. Mercier a mis, avec Plaute, (( deplorabundus venit. »
P. 522, V. Victor. Virgile :
Fer ramos victor pcrque alta cacumina régnât.
On lit dans les manuscrits de Nonius : atque alta.
Mais il y a ici une remarque essentielle à faire. On a observé que les grammairiens citent quelquefois de mémoire et inexactement. Ainsi tous les textes de Nonius {p. 521) donnent àjnsi ce vers de Virgile [Georg. IV,'
Omnia commutai sese in miracula rerum.
G'est transformat qu'il faut. Je suis porté à croire qu'une glose s'est
et le mot nouveau, de certains dérivés qui sont d'une époque relativement moderne. Ainsi, p. 15, v. Torris. « Unde et torridare dicimus comburere. » P. 398, v. Samium. « Unde et samiare dicimus acuere. » P. 143, V. Nubere. « Ita ut nunc Itali dicunt. » P. 414, v. Takas. « Nam etiamnum rustica voce intertaliare dicimus dividere vel excidere ramum. »
P. 2, V. Senium. Dans un vers de Lucilius, où sont mentionnées quelques incommodités qui affligent Thumanité : « febris, senium, vomitum, pus, » un plaisant ajouta « et sitis perpétua, » drôlerie qui se lit dans beaucoup de manuscrits modernes, et qui a été reproduite par les anciennes éditions.
P. 181. Nonius montre par une citation de Varron que Tetricus signifie sévère, rigide. Vient ensuite un exemple de Virgile, évidemment interpolé, puisqu'il désigne une montagne de la Sabine, Tetrica. Un nombre considérable d'exemples de Virgile ont été ajoutés au texte de Nonius, probablement par des professeurs du viii* ou ix® siècle, particulièrement dans le livre IV. Ces exemples étaient sous la main ; les textes des vieux auteurs étaient perdus.
P. 169. « Super, valde, vehementer. Virg. iËn. lib. I :
His accensa super, jactatos aequore toto.
Et lib. III :
mihi sola mei super Astyanactis imago !
Sic oculos, sic ille manus, sic ora gerebat. »
Tout cela est de la main d'un ignorant, et devrait disparaître. Super n'est pas un mot remarquable, distingué, honestum; il ne pouvait être admis qu'à ce titre dans le livre II. Ensuite la tt-aduction valde^ vehementer ne saurait s'appliquer aux exemples produits.
Parmi les rectifications faites au texte de Nonius depuis trois siècles, il en est un grand nombre qui présentent les caractères de la certitude ; mais il faut du savoir et du goût pour reconnaître ces caractères. Il est plus sûr de commencer la défense du granmiairien par des preuves irréfragables. En conséquence, je vais énumérer les précieuses ressources qui sont à la disposition de ceux qui cherchent à retrouver ce que Nonius a véritablement écrit.
1° Les corrections les plus certaines se tirent des mss. très-anciens, lesquels sont antérieurs à ceux dont il a été fait usage pour les éditions. C'est là que l'on trouve, en trop petit nombre, il est vrai, des trésors inespérés. Il arrive que parfois on assiste à l'origine d'une faute : une variante défectueuse a été choisie de préférence à la bonne leçon. D'après cet examen, on reconnaîtra, comme dans bien d'autres cas, que la vérité est ancienne et l'erreur comparativement récente.
P. 10, V. Illex, Le vers iambique de Plante finit par labes populû Le
texte du poëte autoriserait suffisamment à écrire labes poplû Mais, de plus, nous voyons popli dans le vieux pas. de Colbert.
P. 11, V. Concenturiare. Un exemple de Térence est généralement donné ainsi : « Ego in insidiis succenturiatus. )> Il faudrait : « Ego in insidiis hic ero. n Le seul ms. Harléien a conservé ero.
P. 15, V. Torris^ et de ihême dans les exemples. On se demande pourquoi ce substantif fort commun se trouverait dans un chapitre qui explique des mots surannés ou rares. Quatre des meilleurs manuscrits nous donnent la réponse : il faut lire Torrus. Servius (adiEneid., XII, 298) nous fournit une note précieuse : « Torrent. Erit nominativus hic torris; et ita nunc dicimus. Nam illud Ennii et Pacuvii penitus de usu recessit, ut hic torrus^ hujus torri dicamus. ))
P. 17. Le titre de Tarticle Sèmca^ donné partons les manuscrits et toutes les éditions, nous conduirait à changer le nom propre de Sénèque en celui de Sénique, et à réformer le diminutif bien connu senedo. Heureusement, et ce fait n'est pas rare, le mot se trouve écrit plus correctement dans les exemples que dans le lemma : les manuscrits de Londres et de Paris, c'est-à-dire les deux plus importants, donnent seneca. Les deux mêmes mss. rectifient le vers de Pomponius par la leçon « in medio ; » la préposition est généralement omise.
P. 27. « Putus dictus est a putando. » Telle est la leçon vulgaire. Mais Nonius avait expliqué uiy mot qui a besoin de l'être. Le manuscrit de Paris a seul conservé cette interprétation : « Putus , purgatus dictus est, a putando. )>
P. 38, V. Compedes. Dans un exemple de Varron, on voit « pedes corrigis compedio. » Telle est la leçon ordinaire ; car la suppression des doubles voyelles est de règle dans les transcriptions que nous regardons comme les meilleures. Cependant le ms. de Paris porte ici corrigiis, ce que le ms. de Leyde a aussi de première main.
P. 36, V. Conjugare, C'est là.le véritable mot du titre, ainsi que l'exemple le démontre, et non Conjungere. Dans lems. de Vaxis il y a Conjugere; ce qui est une 'trace frappante de l'ancienne leçon.
P. 43, V. Vernas. Le fragment de vers de Lucilius est ordinairement fort altéré : Verna accercupit hecon. Mais les mss. de Londres et de Paris ont : Verna ac cercupithecon. Mercier avait parfaitement deviné et proposé dans ses notes ac cercopithecon, en substituant vemam^ qui complète la rectification.
P. 73, V. Atri. Afranius Fratriis :
Septembres hère * kalendœ ; hodie ater dies.
Cet iambique n'est pas très-régulier. Les philologues allemands disent
1. Les ms8« et les éditions : septembris heri; et même fratris dans les mss.
XXI, 32 : Ipse cum expeditis acerriino quoque viro raptim angustias eyadit. »
3» On peut citer une preuve évidente du remaniement qu'a subi le texte de Nonius : c'est que bien des interprétations ont été faites après coup, ou du moins refaites, conformément à la manière d'écrire et avec l'ignorance des siècles barbares, puisque souvent le mot interprété est correct dans l'exemple, et fautif au commencement de l'article. Nous avons cité Senica, Conjungat^ Hinnibunde, qui deviennent un peu plus loin seneca, conjugal^ hinnibundœ. On voit encore Prœgreditur dans le lemma (p. 64), quand le vrai mot prœgradat est dans l'exemple. La même chose se reproduit bien des fois. Il s'ensuit que l'erreur se trouve immédiatement redressée.
On arrive plus souvent au même résultat par la comparaison de deux articles. Un vers de Lucilius, qui finit par vestigia sed omnia prorsus (p. 402, V. Spectaré)j est rectifié d'abord par le manuscrit de Paris, qui donne seomnia, ensuite par la leçon des mss. à la p. 303 (v. Ferre), ferant vestigia omnia se prorsus. Un autre mot de Lucilius (v. Contenturum, p. 88) : quum me ruperint; doit être remplacé par ruperim, d'après la même citation répétée p. 382, v. Rumpere.
P. 261, V. Cernere. Pacuvius :
De virtute his ego potestatem cernundi do omnibus.
C'est là un trochaïque défectueux, par suite d'un déplacement de mots. Une autre citation (p. 89, v. Causari) le rétablit :
De virtute his ego cernundi do potestatem omnibus.
P. 494, V. Pauperies. On lit dans un exemple d'Ennius : « Utinam moriar mortem oppetam, » oii moriar est une glose évidente, dénoncée par les savants et retranchée dans les meilleures éditions. Elle ne se trouve pas dans une autre citation de Nonius, Evenat, p. 507.
Cette source de corrections est très-féconde. Voici une restitution trèsimportante. Nonius veut montrer l'emploi de l'accusatif pour le génitif (p. 502); mais dans l'exemple de Salluste qu'il rapporte, la partie essentielle manque. Elle est suppléée par une précédente citation (^miw/M5, p. 239) : « Sed Pompeius... similem fore se credens Alexandre régi, [facta .consultaque ejus quidem œmulus erat]. »
4° La grammaire est aussi une précieuse lumière pour la critique des textes.
J'ai dit que les titres d'articles [lemmata) avaient été assez fréquemment rétablis d'après les exemples, mais d'une manière défectueuse. Ce travail a été fait par des gens qui, loin de connaître les arcanes de l'ancienne langue, ne savaient pas même la grammaire. Ainsi un exeriiple de Cicéron, où il y a torminibus, a suggéré (p. 32) le titre Tormines, lorsque les Latins ont toujours dit Tormina, du neutre.
On sait la confusion qui s'est établie dans les bas siècles entre Ve et Ft, particulièrement entre les finales en es^ iSy et dans les verbes ^sco, isco. Au pluriel des noms de la troisième déclinaison, Vi était devenu prédominant, et ce n'est que par exception que Ton trouve dans Nonius des pluriels en es. Les philologues modernes font un cas singulier de cette terminaison w, qui a déjà le tort d'introduire une grande obscurité dans les textes, au point que dans un article de Nonius (p. 528), un glossateur a eu l'attention d'avertir que le mot était au pluriel, et non au singulier : (( Lucis numéro plurali, sunt quod dies. » Mais la grammaire expulse la plupart de ces pluriels, auxquels on trouve une grande distinction à cause de leur prétendue antiquité. Les grammairiens ont fait bien des fois la remarque que certains noms de la troisième déclinaison avaient ou pou-, valent avoir l'accusatif pluriel en is, comme tris^ urbis, civis, etc. D'où il suit que les nominatifs n'ont nullement le droit de prendre la double désinence. Quant à l'attribution de la finale is aux noms de la troisième qui ne sont pas dans la règle, c'est-à-dire qui n'ont pas le génitif pluriel en fwm, c'est là de la pure barbarie. Ainsi, quand on voit dans Nonius les pluriels suivants: artifi€is,calicis, consulis^ libidinis^mulieris.minom.peditis, pictoris^ pontifihiSf prœsulis, sarcinatrici^^ segetis, utilitatis, velitis^ virturts, etc., etc., on peut dire hardiment que le texte du grammairien s'est gâté en passant par des mains impures. Dételles substitutions sont surtout choquantes lorsqu'on cite des auteurs classiques.
La langue latine, dans son déclin, affectionna la désinence en isco pour les verbes inchoatifs. Cela tient à la perturbation qui s'était introduite dans les conjugaisons. Comme on disait alors ardire^ languirBy la forme ardiscOy langui^co s'ensuivait, et entra dans la conjugaison italienne. Le français a participé à cette révolution : ce que prouvent un grand nombre de verbes qui ont substitué l'infinitif en ir à l'infinitif ère des Latins, languir^ gémir, frémir^ etc. Les éditeurs qui tiennent à cette nouveauté, et qui attribuent, par exemple, à Lucrèce le verbe ditiscere (Non. p. 158, V. Puellos)^ commettent un anachronisme. On trouvera encore dans les copies de notre grammairien mitiscerey putiscere, opuliscere, perdoliscere, obbrutisceref etc. Si l'on ne voit pas latiscere (de lateo), on voit son composé oblitiscere ^ p. 163, v. Pœminosum, Au reste, j'ai lu dans un papyrus du sixième siècle criscere, ce qui est bien fait pour dégoûter de cette transformation. Quelques verbes dans Nonius ont échappé au travestissement. Ainsi obrigescit, dans un exemple deLucilius (p. 97, v.Z)t//ïare), est donné par tous les mss. et les éditeurs, ainsi que matrescam (p. 137).
Dans les temps de décadence, l'orthographe latine a été altérée sur bien des points. Quintilien (I, 7, 28) constate que, si l'on prononçait alors par le son ^ les mots Caius, Cneus^ on les écrivait encore par un c. Ainsi,