‹ Introduction à la mécanique industrielle physique ou expérimentale (volume 4)Chapitre 31 sur 94 · DURÉE · texte numérisé non relu

DURÉE

du

QUANTITÉ

de

ou

chemin

par

travail

travail

effort exercé.

par seconde.

seconde.

journalier.

journalière.

kg

OylD

Itgm

kgm

1 o368oo

206. À^pplication à un exemple. — Le tableau qui précède ne réclame pas d'explications particulières, et un seul exemple suffira pour en faire saisir l'emploi dans chaque cas.

La manivelle est, comme on sait, formée d'une tige de 35 à 4o centimètres de longueur, montée perpendiculairement à l'extrémité d'un axe de rotation, et armée d'une poignée saisie par la main de.rhomme qui la met en mouvement. £n examinant, vers la fin du tableau, les nombres qui se rapportent à ce mode d'action, on trouve que le chemin décrit circulairement par le point d'application de la main, doit être d'environ o"',75, dans chaque seconde, ou de 60 x o^,'^S = 45"» par minute; ce qui, en supposant qu'on donne o"',35 de rayon au bras de la manivelle, de centre en centre, ou 3,i4i6xo*%7o = 2"*,i99 à la circonférence décrite par l'axe de la poignée, répond à une vitesse de -577 =20,5 tours environ par minute. Sous cette vitesse donc, l'homme sera capable d'un effort moyen de 8 kilogrammes, exercé le long du chemin de o»'^,75, et produira une quantité de travail de 8^«x 0*^^,75 = 6^8"», par chaque seconde, de ô^^^^xGo''^ 36o^^ par chaque minute, de 36o^«™ X 60' 1= 2 1 600^»'" par heure, enfin, d'après l'avantdernière colonne du tableau, il pourra continuer ce travail pendant 8 heures par jour, moyennant les relais convenables; ce qui donne, pour le travail journalier, le chiffre de 2i6oo*'«*^ X 8r=: i72 8oo''K''', qui se trouve porté à la dernière colonne de droite du taËleau.

Mais, si le service de la machine comportait, à l'extrémité de la manivelle, une résistance de i4 kilogrammes, par exemple, au lieu de 8 kilogrammes, il faudrait réduire la vitesse à o™,5 au moins par seconde, ce qui donnerait 14''^ X o™,5 = 7^*"* pour la quantité de travail pendant le même temps; ce travail surpassant de { celui qui est inséré au tableau, il faudrait aussi augmenter le nombre des repos ou relais, et réduire à 7 heures, au moins, la durée totale et effective du travail journalier.

Ces dernières hypothèses concernent précisément l'exemple cité par M. Christian {Mécanique industrielle, 1. 1, p. 1 14), d'un homme qui, employé pendant trois mois consécutifs à faire tourner une manivelle, a développé moyennement, par jour, une quantité de travail de i4''^Xo»^,5x6o''x6o'X7*'= i764oo^«"*;

^4 MÉGANIQUE INDUSTRIELLE.

résultat qui surpasse de r^ le nombre porté au tableau» parce qu'il s'agissait ici, sans cloute, d'un homme au-dessus de la force moyenne ou très-exercé.

207. Comparaison entre les différente^ quantités de travail utile que peut fournir V homme selon lé mode de son emploi. — Avant Coulomb, on pensait assez généralement que la quantité d'action journalière et la fatigue de l'homme étaient indépendantes du mode de son emploi; mais il suffit de jeter un léger coup d'œil sur le tableau ci-dessus, pour se convaincre du contraire. En comparant, en effet, "entre eux, les nombres de la dernière colonne de droite de ce tableau, on verra que l'effet utile du manœuvre employée élever des terres à la pelle, est le plus faible de tous ceux qu'il peut fournir : il est environ la moitié de celui qui se rapporte à l'élévation des poids à la main ou à l'aide d'une corde passant sur une poulie, et seulement les ~ et les y, de ceux qu'il produirait s'il était employé à faire tourner la manivelle et les roues à chevilles ou à tambour. Mais on ne sera nullement surpris de ce résultat, si Ton réfléchit qu'ici l'homme travaille dans une attitude forcée, et qu'outre le poids des terres à élever, dont une partie retombe avant d'atteindre le but, il a encore à soutenir, soit en se relevant, soit en se baissant, celui de la pelle, de ses bras, et de toute la partie supérieure de son corps. Coulomb, en examinant, avec attention, l'effet utile développé par l'homme qui laboure la terre à la bêche, l'a trouvé moindre encore que celui du pelleur, rapporté dans le tableau, et égal à 3433o kilogrammètres environ par jour.

^ On s'explique, d'une manière analogue, comment l'homme qui est employé à élever des poids sur son dos ou à l'aide d'une brouette, ne fournit guère plus d'effet utile que lorsqu'il se sert de la pelle; car, dans le premier cas, il doit élever le poids de tout son corps en outre de celui de la charge, et, dans le second, il supporte à la fois ces deux poids et celui de la brouette; mais, ce qui est surtout digne de remarque, c'est qu'en comprenant même, dans l'effet utile, le poids de l'homme et de la brouette, la quantité de travail qui en résulte reste toujours au-dessous de celle que cet homme développe quand il est uniquement employé à monter le premier de ces

poids au haut d'une rampe douce, d'un escalier ou même d'une simple éciielle,

208. De la meilleure manière d'utiliser la force de V homme dans Vindustrie. — -Le tableau du n** 205 montre que la plus grande des quantités de travail que l'homme puisse journellement développer" sans augmenter par trop sa fatigue est précisément celle qui vient d'être citée en dernier lieu, et qui consiste dans l'élévation du poids seul de son corps; cette quantité 9 égale à 280800 kilogrammèlres, est en effet 7 fois au moins celle du simpte pelleur, et surpasse de plus de moitié celle du manœuvre employé à tourner la manivelle. Afin d'utiliser cette quantité de travail disponible, il ne s'agit (102), comme l'a observé Coulomb, que de se servir de la descente du poids de l'homme pour élever un fardeau égal au sien propre, de la hauteur à laquelle il est parvenu à chaque fois. Parmi les mécanismes imaginés dans la vue de remplir cet objet, le plus simple est celui qui a été mis en usage, par M. le capitaine du génie Coignet, aux travaux de terrassements du fort de Vincennes, près de Paris : il consiste dans l'emploi d'une corde passant sur une grande poulie, et armée, à ses extrémités, de deux plateaux dont l'un porte l'homme et l'autre le poids à monter. Ces travaux, dans lesquels chaque manœuvre a élevé journellement 3io fois, à la hauteur de i3 mètres, le poids de son corps (70 kilogrammes environ), en gravissant de simples échelles, ont confirmé, de la manière la plus authentique, les avantages inhérents à ce mode d'employer la force de l'homme, par les économies considé^ables de main-d'œuvre qui en ont été la conséquence depuis plusieurs campagnes (*).

Les roues à tambour et à chevilles, mentionnées au tableau, offrent une autre confirmation du même principe ; car l'homme y agit presque toujours à l'aide de son poids, soit en montant

(') Les dispositifs ingénieux à l'aide desquels l'Auteur est parvenu à éviter tous les dangers qui pouvaient accompagner une semblable manœuvre, lui ont valu, en i833, d'honorables encouragements de la part de l'Académie des Sciences et du Comité des Fortifications; ils se trouvent décrits, avec beaucoup de détails, dans une Notice insérée au n*' XII du Mémorial d(^ Vofficier du Géniey publié cette année (i835).

256 MÉGANIQUE INDUSTRIELLE.

OU grimpant sur les chevilles comme sur une échelle ordinaire, soil en cheminant, vers le. bas et dans Fintérieur du tambour, sur la rampe légèrement inclinée, offerte par son plancher qui, à cet effet, est armé de liteaux en saillie, pour empêcher les pieds de glisser. Ces roues, qui ont souvent jusqu'à 5 mètres de diamètre, sont encore employées, de nos jours, à élever au moyen des enroulements d'une corde autour de leur arbre, de très-lourds fardeaux, dans les carrières, dans les arsenaux de la marine et dans la construction des édifices publics ; mais elles sont irès-coûieuses, très-gênantes, et elles offrentquelque chose de barbare à cause de la fatigue, des étourdissements et des dangers de toute espèce que Thomme y éprouve; c'est pourquoi on commence assez généralement à y renoncer, et à leur préférer de petits treuils en fonte, armés de manivelles sur lesquelles les hommes agissent d'une manière très-commode, en produisant, il est vrai, des quantités de travail journalières moindres d'environ un tiers, mais dont on est amplement dédommagé sous d'autres rapports.

209. Des roues à marches ou pénitentiaires. — Les roues dont il vient d'être parlé ne s'employaient guère que pour des travaux discontinus du genre de ceux qui consistent à élever des fardeaux ; mais, à l'aide d'une légère modification qui consiste à armer extérieurement des roues de i™,3o à i",5o seulement de diamètre, mais très-larges, de véritables marches ou planchettes comprises entre deux couronnes circulaires, et sur lesquelles les hommes montent souvent au nombre de vingt, en s'appuyant des mains contre une perche placée à la hauteur de la poitrine, à l'aide de ces modifications, dis-je, les Anglais sont parvenus à utiliser, d'une manière très-convenable et très-avantageuse, la force des prisonniers, dans les maisons pénitentiaires, en les employant à moudre du blé, ou à faire mouvoir des machines à filer le coton, etc. La tâche journalière de chaque prisonnier consiste moyennement à monter 5o marches de 2 décimètres de hauteur, par minute, ou 3ooo par heure, et à répéter ce travail pendant 7 heures entières; le surplus de la journée, qui est d'environ 10 heures, étant occupe par de fréquents repos ou relais dans lesquels les hommes se succèdent, les uns aux autres, sans arrêter la

APPLICATIONS, ETC. l5']

marche de la machine, moyennant un plancher en rampe pratiqué en arrière de la roue et qui leur permet de se retirer sans aucun accident.

Le poids moyen de l'homme étant do 65 kilograiïunes environ, il en résulte que la quantité de travail journalière est de

7 X 3oooX o*",î>.o X 65''»= s>-73ooo''«"';

nombre qui suri)asse de yi environ ceux des roues à chevilles ou à tambour mentionnés au tableau, et qui a été spécialement obtenu dans les prisons anglaises de Brixion [Revue encyclopédique y t. XXIV, j). 8i5).

On trouvera dans le Cours normal de M. Dupin (t. 111, Oy^namie, p. 95) beaucoup d'autres résultats de ce genre, obtenus dans divers établissements anglais, où le travail journalier des prisonniers employés à faire mouvoir les roues fi marches a varié depuis i43643, jusqu'à 34^-528 kilogrammètres. Néanmoins, malgré leurs avantages, ces roues ne sont jusqu'ici que fort peu répandues en France, où l'on préfère mettre à profit l'adresse et l'intelligence des prisonniers, de manière à leur créer, pour l'avenir, un étal qui puisse les détourner des habitudes du vice et du crime, en les mettant à même de vivre du fruit de leur industrie. Nous ne connaissons en effet que M. le Capitaine du génie Niel qui ait employé, dans les travaux de la place de Hayonne, de semblables roues pour faire mouvoir de très-ingénieuses et très-simples machines à épuiser les eaux des fondations, et à triturer ou mélanger les mortiers. Mais, quel que soit l'intérêt qui puisse s'attacher à des inventions qui ont déjà rendu et sont destinées à rendre encore de grands services, nous ne saurions entrer dans des détails sans nous éloigner par trop du but élémentaire de cette première Partie du Cours, et il nous suffit ici d'avoir recommandé de pareilles inventions à l'attention des constructeurs et des ingénieurs éclairés.

210. De quelques autres appareils servant à utiliser la force musculaire des jambes de Vlwmme et des animaux, — On remarquera que, dans tous les travaux dont il vient d'être parlé en dernier lieu, l'homme agit principalement par la force

258 MÉGANIQUE INDUSTRIELLE.

musculaire de ses jambes , ei que c'est probablement encore à cette circonstance qu*est due, en partie, la grandeur de Teffet utile qui, d'après le tableau, est produit par le manœuvre employé à pousser ou tirer horizontalement. Or cela donne lieu de penser que, toutes les fois qu'il sera, possible d'employer l'homme d'une manière analogue, il en résultera également des avantages plus ou moins considérables : c'est ce qui arriverait, par exemple, pour un homme debout qui agirait alternativement, par son poids, sur deux pédales placées horizontalement et parallèlement l'une près de l'autre, et dont le mouvement serait transmis, à un mécanisme supérieur, par le moyen de tringles verticales, à peu près comme dans la pédale du remouleur, etc., où l'homme n'agit d'ailleurs qu'avec une très-faible partie de son poids, et fatigue inutilement celle* de ses jambes qui n'est point en action. Nous avons vu nousmême des forgerons d'enclumes se servir d'une paire d'énormes soufflets qui eussent été difficilement mis en mouvement par quatre hommes agissant avec des branloires ordinaires, et qui étaient néanmoins manœuvres par un seul, monté sur les plateaux supérieurs de ces soufflets, qu'il comprimait alternativement de tout son poids. Mais il serait inutile de multiplier ces exemples, qui ne peuvent servir qu'à montrer comment le travail de l'homme varie et doit être apprécié dans les diverses circonstances.

Quant au cheval et aux autres animaux, il n'est guère d'usage de les appliquer à des travaux différents de o^ux qui sont indiqués an tableau; et, quoiqu'on ait quelquefois tenté de les faire agir librement, par leur poids, dans l'intérieur d'une roue où sur des plateaux circulaires montés sur des axes in-clinés de 5 à lo degrés sur la verticale ( * ), il ne paraît pas que les résultats doivent surpasser de beaucoup, si même ils égalent, ceux que ces animaux produisent lorsqu'on les attèle simplement à des manèges ordinaires.

(*) Nous avons vu on i8i/|, en Pologne, un système de ce genre mû par un bœuf de forte taille, et qui était employé à faire tourner deux équipages de meules à farine, d'environ i mètre de diamètre sur i5 centimètres d'épaisseur, à raison de loo à 120 tours par minute.

Nous renverrons en général, pour ces applications variées de la force de Thomme et des animaux, aux collections de MM. Borgnis et Christian, qui en contiennent une description suffîsamment éiendue.

211. Comparaison entre le travail réel des chevaux et celui du cheval Ji et if des machines à vapeur, — C'est ici le lieu de dire un mot des motifs qui ont fait adopter le travail du cheval comme unité de mesure de celui des machines en général, et d'expliquer la cause principale des dissidences dont cette adoption a été Tobjet dans l'industrie; une pareille discussion ne pourra que jeter un jour nouveau sur ce qui a déjà été dit précédemment concernant le mode d'action des moteurs animés.

Lorsque, par suite des immenses perfectionnements que le célèbre Watt apporta aux machines à vapeur, ces machines commencèrent à se répandre dans l'industrie anglaise, et notamment dans l'exploitation des mines oii, jusqu'alors, on se servait principalement de chevaux attelés aux manèges, les fabricants furent obligés de garantir, dans leurs transactions, que le nouveau moteur serait capable da, remplacer les an* ciens, en toutes circonstances, et «ela pour chai|ue espèce particulière de machines; mais comme les chevaux employés aux manèges se relayaient les uns les autres, de manière à éviter les chômages, c'était évidemment exiger que le travail de la machine à vapeur fut égal à celui de tous les chevaux qui venaient successivement épuiser leur action ou fatigue journalière disponible, sur ces manèges. Or nous avons vu (203 et 205) que, si le travail mécanique total, résultant de cette action, varie généralement assez peu chez les animaux d'une même classe, il en est tout autrement de celui qu'ils peuvent livrer dans chaque seconde, et selon qu'on diminue ou qu'on augmente la durée entière du travail journalier. Dans le cas des chevaux attelés aux manèges notamment, il arrive qu'on leur fait épuiser leur action disponible, tantôt en 4 heures, tantôt en 6 heures, et tantôt en 8 heures et même en lo heures, distribuées en deux ou trois relais chaque jour; si donc on admet, comme vrai, le résultat donné par la Table du n** 205, on conclura que le même cheval qui pourrait

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fournir, par seconde, près de 80 kilogrammèlres dans le premier cas, n'en produirait, tout au plus, que 3o dans le dernier : ces chiffres représentent, en effet les limites extrêmes entre les(| '.elles se trouvent comprises les estimations du travail du cheval parles divers Auteurs, anglais ou français, accrédités, lesquels ont généralement négligé d'ailleurs de préciser la durée effective qu'ils supposent à l'action journalière.

Watt et Boulton, qui probablement n'ignoraient point ces causes de variation du travail, par seconde, des chevaux, et qui ont été, plus que personne, en état d'en apprécier la véritable mesure, se sont arrêtés au chiffre, un peu fort, de 74 à 76 kilogrammètres, sans doute afin de ne point demeurer trop au-dessous de la réalité pour le cas de chevaux vigoureux, et qui seraient contraints d'épuiser leur action journalière en 4 à 6 heures, comme cela arrive dans bien des circonstances, notamment quand il s'agit d'extraire l'eau du. fond des mines. Quelques Auteurs qui font autorité ont dit, il est vrai, que Watt avait pris pour point de comparaison les gros chevaux

des brasseries d'Angleterre, et qu'en général, les chevaux de ce pays étaient plus forts que ceux du continent, etc. ; mais il est peut-être aussi vrai d'admettre que la grande activité imprimée à l'industrie "anglaise y fait souvent considérer comme plus avantageux de surmener les animaux, au risque d'en hâter le dépérissement. Quoi qu'il en soit, l'évaluation dont il s'agit fut fidèlement maintenue, par Wall et Boulton ou leurs successeurs, dans toutes leurs transactions, même après l'époque où les anciennes machines à manège eurent été pourvues du nouv-eau moteur. Mais, soit intérêt, soit ignorance des motifs déterminants et primitifs de Watt et Boulton, soit peut-être aussi désir de se rapprocher davantage de ce que l'on considérait comme la vérité , leur estimation du horsepower fut contestée et généralement abaissée par leurs compétiteurs, qui trouvèrent de l'avantage à enfler la valeur nominalCf ou en nombre des chevaux, des machines qu'ils livraient à l'industrie sans en diminuer proportionnellement le prix ; c'est ce qui eut lieu notamment lors de l'introduction de ces machines en France; et comme, dans ces sortes de transactions, l'unité cheval n'était point explicitement définie, l'intérêt des acheteurs fut parfois lésé, ce qui donna lieu à des

APPLICATIONS, ETC. ^6l

procès dans lesquels ceux-ci moiilrèreiU, à leur tour, une tendance à exagérer la valeur de celle unité ( *).

Au fond, comme nous l'avons déjà dit au n" 82, il ne s'a^'it ici que d'une pure convention à laquelle la science est, en elle-même, fort peu inléressée, el, pour Tobjel (|ui nous occupe, il suffit de savoir qu'aujourd'hui on s'accorde généralement à adopter pour valeur du cheval-vapeur ou mécanique, l'estimation primitive de Wall et Boulton, c'est-à-dire 75kilogrammètres environ par seconde, ce travail élanl censé continué uniformément pendant les 24 heures entières de chaque jour. Quant au travail elfectif des chevaux attelés aux voitures et aux manèges, il est très- important, ppur l'industrie, d'en connaître des valeurs suffisanunent approchées; or nous avons plusieurs motifs de croire à l'exactitude, comme termes moyens, des résultats insérés au tableau de la page 262, dont celui qui concerne, en particulier, le tnivail des chevaux attelés aux manèges est, en quelque sorte, rigoureusement confirmé : i° par les observations, sur le travail de ceux employés à l'exploitation des mines de Freyberg, en Saxe, faites^ déjà ancienifement, par M. d'Aubuisson, ingénieur en chef des mines à Toulouse, auquel les sciences et l'industrie sont redevables d'un grand nombre de recherches et de publications très-utiles (**); 2" par les expériences directes et récentes de M. leCapitiiine d'artillerie Morin, sur le travail des chevaux employés aux manèges des fonderies de canons (***); 3° enfin, par les résultats moyens qui se déduisent de la comparaison des quantités d'ouvrage que produisent régulièrement les hommes, les chevaux et les machines à vapeur employés concurremment, dans la ville de Sedan, aux diverses opérations qu'on fait subir aux draps, telles que lainage ou cardage, londage, etc. ;****).

{* ) ^^'^-ï » t'C sujet, l 'intéressant Rapport do M. iU' Prony, inséré au t. XU, année iB'ifi, de^ Annales ries Mines.

(**) Annales des Mi nés y iS3o, t. Vil, ou Traité d* llrclraulique à l'usatre des ingénieurs y i83/|, p. •?.']').

(•*" ) Mémorial de l'Artillerie, n« UI, i83o, p. /pS.

(****) Nous devons la communication de ces résultats, "d'une constante obs<M*-

Admellanl donc le chiffre de 4o*'«°*,5 pour l'effet utile, par seconde, des chevaux attelés au n^anége, et observant qu'il est seulement relatif à 8 heures de travail sur 24, on trouvera que le cheval des machines à vapeur équivaut à 5,56 de ceux dont il s'agit; ou, ce qui revient au même, que la quantité de travail fournie journellement par un cheval ordinaire attelé au manège n'est pas les yt ^^ celle que produit, dans les 24 heures, le cheval des machines à vapeur, et qui est égale à 6480000 kilogfammètres. En établissant, d'après le tableau de la page 262, la même comparaison pour le cheval attelé aux voitures ordinaires, on arrivera à un résultat beaucoup plus avantageux et presque double ; ce qui tient à ce qu'ici le tirage se fait à l'air libre, d'une manière directe, et suivant l'allure la plus naturelle dfes animaux. Il est bien connu d'ailleurs que les meilleurs chevaux se ruinent promptement au manège, et que ceux qu'on y emploie ne sont pas ordinairement choisis parmi les plus vigoureux.

Du transport horizontal des fardeauJt.

212. Unité adoptée pour la mesure d'utilité de ce transport. — Des observateurs habiles, en tête desquels encore nous devons placer Coulomb, ont aussi fait des expériences sur ce genre de travail, qui, d'après ce qu'on a déjà remarqué aux n**' 92 et suivants des principes fondamentaux, ne doit pas être confondu avec le travail mécanique véritable. Les détails dans lesquels rwus sommes entrés en cet endroit, les réflexions qui les accompagnent, nous dispensent de toute nouvelle explication, et il nous suffit ici de rappeler que, d'après l'idée d'utilité qu'on attache au transport horizontal des fardeaux, on a été conduit à prendre* pour unité le poids de I kilogramme transporté à 1 mètre de dislance horizontale, et à mesurer l'effet utile total par le produit du poids entier et du chemin parcouru. Nommant donc ici P le poids dont il

vation , à robligeanco de M. J.-B. Bernard, associé à M. L. Cunin-Gridaiiie, pour la fabrication des draps, dans les beaux établissements qu'ils possèdent îi Sedan, et que nous avons eu l'occasion de visiter en iSaJ.

s'agit, V le chemin moyennement décrit dans chaque seconde, et T le nombre total de secondes employé chaque jour au transport, Veffet utile journalier sera encore mesuré par le produit P X V X T , comportant le même signe d'abréviation kgm, que le travail mécanique vérilable, et qui donnerait lieu aux mêmes observations quant à la manière dont il est susceptible de varier avec la relation établie, dans chaque cas, entre la charge, la vitesse et la durée du transport.

II est bien clair, en effet, que, à égalité de fatigue journalière, ce produit est susceptible d'un maximum dont l'effet utile s'écarte, de plus en plus, à mesure que la vitesse ou l'effort nécessaire pour tirer la charge s'approchent eux-mêmes davantage de la limite absolue qui ne peut être dépassée par le moteur.

213. Relation entre la mesure, le prix du transport et le travail mécanique qu'il suppose, selon la viabilité des routes. — Il paraît assez naturel d'admettre que, pour un même mode de transport, les frais ou dépenses en argent, de toute espèce, la fatigue ou la quantité de travail mécanique intérieurement

et extérieurement développée par chaque moteur, doivent

croître proportioimellement au poids du fardeau et à la distance horizontale parcourue. L'expérience des grandes entreprises de roulage et de tous les autres moyens de transport semble même justifier cet aperçu, à priori; ce qui tient, comme on le verra plus lard, à ce que les résistances nuisibles inhérentes aux macliines dont on se sert sont, en effet, sensiblement proportionnelles aux charges, dans les limites de vitesses ordinairement admises; mais il ne faut pas oublier que, si les circonstances du transport, ou si seulement la viabilité de la roule et la vitesse viennent à changer, l'effet utile restant le même, le travail mécanique ei le degré de fatigue que ce transport suppose peuvent être très -différents. Il en est ici, évidemment, à peu près comme des opérations du limeur et du scieur de bois, qui, pour une même quantité d'ouvrage ou d'effet utile, peuvent réclamer des quantités de travail mécanique très-variables, selon la nature de l'outil ou de la machine, la dureté de la matière, etc.

Voici, au surplus, le résultai des expériences entreprises

par MM. Boulard, Kumford, Edgworlh, Régnier et d'autres observateurs habiles, dans la vue de déterminer, pour le cas des voitures servant au transport horizontal des fardeaux, les différences que peuvent apporter, dans les efforts de tirage et, par suite, dans la dépense de travail mécanique, les divers degrés de viabilité des chemins ou des routes.

RAPPORT

NATURE DE LA VOIE SUPPOSÉE HORIZONTALE du tirage à la

.charge totale.

En terrain naturel, no» battu et argileux, mais ser. . . 0,260

En terrain id., id. siliceux et crayeux o, i65

En terrain ferme, battu et très-uni 0,040

Chaussée en sable ou cailloulis nouvellement placés. . . o, 126

Id.en empierrement, à l'état d'entretien ordinaire. . . o,t>8o

Id., id.' parfaitement entretenue et roulante o,o33

• Id. pavée à la manière ordinaire et la j au pas o,o3o

voiture étant suspendue, ( au grand trot. 0,070

Id. pavée en carreaux de grés bien j au pas 0,026

entretenus, | an grand trot. 0,060

Id. en madriers de chêne, non rabotés o, 022

Chemins à ornières plates, en fonte de fer, ou en dalles

très-dures et très-unies 0,010

Chemins de fer à ornières saillantes, en bon état d'entretien o , 007

Id., id. parfaitement entretenues et les essieux continuellement huilés 0 , oo5

Ces résultats, qui ne doivent être considérés que comme des à peu près (*), pourront servir à calculer, à priori et au moyen du tableau du n** 205, les effets utiles qui se rapportent au transport horizontal des fardeaux sur des voitures ordinaires et pour différentes natures de chemins; mais, en établissant ces calculs, on fera attention que le poids de la voilure doit être compris dans la charge totale, et que ce poids varie ordinairement entre le \ et le 1 de cette dernière.

(*) Le rapport du tirage à la char{îe varie, non-seulement avec la nature du sol, mais aussi avec le système de véhicule employé, avec la grandeur des roues , le rayon de leur boîte, etc. Consulter à ce sujet : VEssai sur le tirage (les Doitures, par Dupuit (1837), et les Expériences sur le tirage des l'oitures et sur les effets destructeurs q^i' elles exercent sur les routes, par M. M orin ( 1 8/|J ). ( K.

Quant à la différence qu'on remarque entre les résistances des voitures allant au pas ou au trot, sur les routes pavées, on sent très-bien qu'elle est due (161 et suivants) aux pertes de force vive occasionnées par le choc des roues contre les inégalités des pierres dures et inébranlables qui constituent la chaussée.

214.. Résultats des expériences. — Le tableau qui suit (p. 266), et que nous empruntons encore à M. Navier, ne concerne que les effets utiles proprement dits, abstraction faite du poids des machines et outils qui ont servi au transport; de plus, il suppose des chemins d'une viabilité ordinaire : pour des routes parfaitement fermes et unies, l'effet utile augmenterait à égalité de fatigue journalière ou de dépense en travail mécanique, comme il diminuerait pour des routes en mauvais état.

x66 .IlSCANlQUB INDUSTRIELLE.

Tableau des effets utiles que peuvent produire l'homme et les animaux, dans le transport horizontal des fardeaux, considéré en diverses circonstances.

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