RE =/NE
pour la mesure de ce travail, qui est entièrement employé, comme on vient de le voir, à user les deux corps, à déplacer leurs molécules entre elles, et principalement, dans le cas des corps irès-élastiqucs, à imprimer, à ces molécules, des mouvements vibratoires indépendants de la vitesse du glissement, et qui, tantôt sensibles, tantôt inaperçus, s'éteignent à mesure qu'ils sont produits, soit en se détruisant réciproquement, soit en se propageant aux corps environnants, et en se disséminant dans l'étendue entière de leur masse.
Nommons, en général, Via vitesse uniforme ou le chemin décrit régulièrement, en chaque seconde, par un corps qui glisse, sur un autre, dans les mêmes conditions que ci-dessus.
5ia ■ÊGA191QUB IHDUSTRIBLLE.
le travail, pendant ce temps, sera mesuré par le produit
Ainsi, dans les mouvements uniformes, le travail absorbé par le frottement croit proportionnellement à la* vitesse, quoique son intensité en soit complètement indépendante. Cette circonstance a fait croire a quelques personnes, que les lois de Coulomb n'étaient point exactes, et que le frottement dépendait de la vitesse du mouvement; mais cela tient, comme on voit, à une confusion d'idées ou de langage, analogue à celle dont il a été parlé aux n"" 80 et 127, et qui fait prendre la quantité de travail mécanique développée, pour la mesure même de l'énergie de la force.
Frottement des tourillons, — Nommant pareillement n le nombre, censé constant, des révolutions, par minute, des tourillons d'un arbre de machine, nombre qu'il est toujours facile d'obtenir, par l'observation directe, et en comptant, à l'aide d'une montre ordinaire, le nombre de celles qui sont exécutées régulièrement ou uniformément pendant 5, lo ou ao minutes, selon les cas et le degré d'approximation qu'il s'agit d'obtenir. Soit, de plus, r le rayon de ces tourillons, qui se calculera avec beauconp d'exactitude, au moyen du développement d'un fil, plusieurs fois enroulé sur leur contour, et dans le sens perpendiculaire aux génératrices; soit enfin, comme ci-dessus, N la pression perpendiculaire ou normale, supportée par ces tourillons, / le coefficient du frottement pour les substances en contact, etc., V le chemin circulaire qui est décrit pendant chaque seconde; on aura ici évidemment
V =^ — ^ — = o, ! o4 7*2 nr,
et, par conséquent, pour calculer le travail consommépendant le même temps,
RV = o, io472y>irN*'""'.
Cette formule montrant que le travail, dont il s'agit croit proportionnellement à la grosseur des tourillons, quoique le
DBS 1ÉSISTANGB8. 5l3
froitemeni en soit absolumenl indépendant, on voit qu'il faut diminuer le diamèire de ceux-ci, autant que le permet la solidité dans chaque cas. Mais, comme le frottement ne varie pas avec rétendue des surfaces en contact, et que la pression ( 3 V6 ), et par suite l'usure en chaque point ou pour chaque élément, diminuent quand cette, étendue augmente, il y a de l'avantage à allonger un peu les axes et coussinets, comme cela se fait, par exemple, dans le cas des essieux et boîtes de rouesT de voitures; car l'usure devenant moindre, on peut se permettre de réduire leur diamètre à de plus petites proportions, sans, pour cela, compromettre la solidité qu'ils doivent conserver au bout d'un long emploi.
Frottement pendant le choc, — Quant à la manière de calculer, en général, la perte de force vive, ou de travail résultant de ce frottement, il nous suffira de remarquer que, d'après les principes des n*** 131, 154. et suivants, chacune des forces
de compression, telle que F = M - = M' - » qui provient de la
réaction réciproque et normale des deux corps, fera naître une
résistance tangentielle mesurée par/F ^=fM - =fM' -,^ei qui
détruira, dans le sens du glissement, une quantité de mouvement égale pour les deux corps et mesurée par/Mv ou/MV, pourla durée de chacun des instants infiniment petits, /, du choc. Donc si U est, à la fin de ce choc, la somnie des petits degrés de vitesse, v ou v', qui ont été détruits dans le sens normal aux surfaces frottantes,/MU, sera aussi la quantité totale de mouvement qui l'aura été par le frottement, dans le sens du glissement réciproque de chacun des deux corps. Or, à une pareille perte, opérée dans un temps généralement fort court et pour un déplacement, en quelque sorte, infiniment petit des corps, correspond une perte de force vive ou de travail, qu'il sera possible d'évaluer, pour chaque cas, à peu près comme on Ta fait aux n^MGlet suivants, et comme nous le montrerons plus spécialement dans les exemples ou application^ qui accompagnent ce Chapitre.
On voit, au surplus, que le frottement produisant son eifet aussi bien pendant le débandement des ressorts moléculaires des corps (158), que pendant leur compression, la quan-
5l4 ■ÉCAlflQUE INDUSTRIELLE.
tilé de mouvement tangentiel qu'il détruira daos la réaction occasionnée par le choc, devra être beaucoup plus grande, en général, pour les corps élastiques que pour ceux qui ne le sont pas.
Causes qui font varier l'intensité du frottement .
Parmi ces causes, on doit ranger, en première ligne, celles qui tiennent à l'état particulier des surfaces, ou à leur degré de poli, aux enduits interposés entre elles, et à la durée plus ou moins grande de leur compression réciproque.
351. Influence du degré et de la nature du poli des corps, — Il est évident, à priori^ qu'en diminuant le nombre et la saillie des aspérités des surfaces frottantes, on diminue aussi leur résistance au glissement; mais le dressage et le polissage ont une limite nécessaire dans les arts, même quand les surfaces sont immédiatement usées, ou rodées, l'une sur Tautre, avec interposition de matières grasses, et sous l'influence de la pression et du mouvement qu'elles doivent conserver ensuite dans les expériences. Ce dernier cas, pour lequel, d'après Coulomb, les surfaces atteignent le maximum de poli qu'elles puissent.recevoir, s'observe dans les anciennes machines, dont la résistance est généralement bien moindre qu'au moment même de leur installation, et au sortir des mains des ouvriers les plus habiles.
Non-seulement la diminution de la résistance a une limite nécessaire pour chaque corps, mais encore il résulte de l'observation constante des ouvriers, confirmée par les expériences récentes de M. Morin, que des surfaces solides, quel que soit le degré primitif de leur poli, finissent toujours par s'user et s'altérer quand on les fait frotter. Tune sur l'autre, à sec ou sans aucune interposition de corps gras : il se détache alors, des surfaces, notamment dans le cas des bois, une poussière qui, en s'agglomérant sous la double influence du roulement et de la pression, donne lieu à de petits grains trèsdurs, lesquels sillonnent plus ou moins profondément ces surfaces, et vont, sans cesse, en se multipliant.
DBS itSlSTANCBS. 5l5
A plus forie raison, en est-il ainsi du cas où les surfaces ont été simplement dressées ou polies à sec, au moyen de poudres fines, de la râpe, de la ponce, de la prèle, etc. Il est évident que chacun de ces modes distincts de* préparation des corps donne lieu à une résistance différente, dont Tétude pourrait être utile dans quelques circonstances (*), ne serait-ce que pour acquérir une idée de sa limite supérieure, et des causes qui peuvent la faire varier.
En résumé, on est forcé de reconnaître que le mode de préparation des surfaces a la plus grande influence sur leur frottement; que le poli a une limite nécessaire dans chaque cas, et variable avec la nature des moyens employés, c'est-à-dire avec l'intensité de la pression, Tespèce de l'enduit, et le genre même du mouvement sous lequel il a été produit; qu'enOn, le poli tend à s'altérer, à se modifier, quand les conditions, dont il s'agit, changent, et qu'il n'atteint sa limite relative que dans les circonstances où se trouvent les parties frottantes des anciennes machines. Cela tient, sans aucun doute, d'une part à ce que les particules et aspérités des surfaces ont pris l'arrangement le plus convenable possible, sous des conditions constantes de mouvement et de pression auxquelles elles sont soumises; d'une autre à ce qu'elles ont subi le maximum de compression ou, en quelque sorte, d'écrouissage, dont elles sont susceptibles sous ces mêmes conditions.
352. Influence des enduits (**). — Lorsqu'on interpose, «ntre les surfaces frottantes, des substances grasses et plus ou
(*) La résistance qu'éprouvent les lames des scies employées à couper les bois et les pierres, celle des meules qui servent à moudre les grains, les briques, etc., enfin celle des limes, des râpes et en général de tous les outils tranchants, peuvent également se rapporter au frottement, et il y a tout lieu Ae croire qu'elles suivent, entre certaines limites, à peu près les mêmes lois ^ie proportionnalité à la pression, d'indépendance de la vitesse et de l'étendue •des surfaces, à cause de la faible influence exercée par l'inertie des parties entraînées dans le mouvement, comparativement à la résistance qu'elles opposent à leur désagrégation; mais on possède encore peu de données sur ce sujet, quoiqu'il soit de la plus haute importance pour l'établissement des machines ^t des instruments qui remplissent la fonction d'opérateurs ou d'outils.
( "* ) ^ous résumons les conclusions les plus importantes du travail de M. Hirn
5l6 MÉCAHIQUE 15DrSTRIELLE.
moins molles, elles en garnissent les pores jusqu'à une certaine profondeur, elles les isolent, en quelque sorte, Tune de l'autre, et les soustraient, en partie, aux effets de la pression; ce qui a pour résultat de diminuer Tengrènement réciproque de leurs aspérités. Mais, en même temps, la viscosité de ces enduits, et leur adhérence avec les deux corps, fait nattre une résistance qui peut acquérir de l'influence (3^7) toutes les fois que rétendue des surfaces, en contact, est très-grande, ou la
(voir la Noie de la page 507); elles sont en désaccord, sur beaucoup de poinU, avec les indications données dans le texte. Il sera facile au lecteur d'en tirer des explications simples et nettes de diveas phénoinêiies cités dans les n^* 352 et suivants, principalement au sujet de l'emploi de l'eau comme enduit.
i*> Pour que l'enduit donne un frottement régulier et minimum, il faut qu'il 8<»it trituré, pendant un. certain temps, entre les surfaces frottantes.
3® Le frottement médiat diminue quand la température augmente, les autres conditions restant les mêmes : sa valeur, à une température /, est é(pile à sa valeur à zéro divisée par la puissance t d'un nombre constunt pour toutes les huiles, et à peu près égal à 1 ,o3.
3<* Lorsque les substances sont abondamment lubrifiées et que la température reste constante, le frottement varie proportionnellement à la vitesse.
Quand on ne règle pas la température, la relation entre le frottement et la vitef se dépend uniquement de la loi particulière de refroidissement de Tappareif en marche. On peut admettre, sans erreur sensible, que, p«utr l'ensemble des pièces frottantes de nos machines, maintenues dans un élat de lubrification moyenne, le frottement varie proportionnellement à la racine carrée de la vitesse*.
L'influence de la vitesse est complètement nulle, quand le frottement est immédiat, c'est-à-dire lorsque les surfaces marchent à sec, et que, en raison d'une pression suffisantt;, l'air ne peut pas intervenir.
4" La valeur du frottement médiat est très-sensibleinont ])roportionnelle à la racine ctirree des surfaces et h celle des pressions.
M. Hirn décrit les essais qu'il convient de faire ])0ur reconnaître la valeur mécanique des enduits; nous renvoyons, pour U^ détails, à son Mémoire. Le principe général relatif au choix des matières lubritiantes ptMit être formulé comme suit : Dans chaque cas, le meilleur enduit est l'enduit 1(> plus fluide qui ne soit pas expulsé dans les conditions «le pression, de >iless(îetde temperature où l'on se trouve. Il en résulte que l'eau peut servir d'enduit dans de» circonstances convenables, et <|u'alors elle est supérieure à toutes lt»s huiU^; l'air lui-même devient le meilleur de tous les lubriti.tnts lorsque les conditions sont telles, qu'il puisse tenir entre l'arbre et les coussinets ; mais, si par une modification de la vitesse ou de la pression, l'air est expulsé, les surfaces fr«»ttantes viennent en contact immédiat, et le frottement, presque nul d'abord, devient tout d'un coup énorme. M. Hirn a vérifié ces conséquences singulières perdes expériences directes. (K.)
DES RÉSISTANCES. 5l7
pression très-faible. Par là, d'ailleurs, on s'explique comment les corps gras diminuent le frottement en raison de leur degré, plus ou moins grand, de consistance et d'onctuosité, et comment cette consistance, poussée au delà d'un certain terme, et quand elle est accompagnée d'un accroissement d'adhérence, comme dans la cire, la poix, la colophane et les résines en général, peut devenir plus nuisible qu'utile, pour diminuer le frottement réciproque des corps. Enfin, cela explique encore pourquoi les anciens enduits ou cambouis qui, en se chargeant constamment des poussiers provenant de l'usé des corps, etc., ont perdu, en partie, leur onctuosité, leur mollesse primitives, donnent aussi lieu à une augmentation considérable de résistance, qui oblige à les renouveler fréquemment.
D'un autre côté, on ne doit pas supposer que l'interposition d'un enduit fluide quelconque, entre les surfaces frottantes, doive nécessairement et toujours produire une diminution de résistance ; car nous verrons bientôt que le contraire a lieu, dans certains cas, notamment quand on vient interposer de l'eau pure entre les surfaces frottantes de substances spongieuses, telles que les bois, ou de corps durs, tels que la fonte de fer.
Pour expliquer ce fait, on pourrait dire qu'en raison de sa grande fluidité, l'eau est plus facilement expulsée d'entre les surfaces de contact; qu'en faisant gonfler les corps flbreux ou spongieux entre lesquels elle se trouve interposée, qu'en dilatant leurs pores et distendant leur tissu, elle en favorise i'engrènement, etc. Mais toutes ces considérations ne sauraient expliquer l'accroissement notable de résistance observé, par M. Morin, dans le cas de la fonte; e,t peut-être doit-on admettre ici quelque action chimique analogue à celle de certains acides végétaux, sur les outils tranchants* et aciérés; action qui n'a pas lieu pour les matières grasses, mais qui se fait très-bien sentir quand on les frotte, par exemple, le verre avec les doigts mouillés d'eau légèrement vinaigrée. Toutefois, il se peut fort bien aussi que l'augmentation du frottement, dansquelques-uns de ces cas, tienne, en majeure partie, à l'espèce de décapage ou de nettoyage que subissent les surfaces, et notamment à ce que le liquide, en dissolvant ou en expulsant les matières
5l8 ■ÉCARIQUB INDUSTHICLLE.
étrangères qui tapissaient leurs pores, met complètement k nu leurs aspérités, et augmente ainsi leur engrènement réciproque. C'est d'ailleurs à une semblable cause qu'il faut attribuer le mordant remarquable acquis par les pierres fînes à aiguiser, quand en les enduit de savon et d'èau.
Quant à l'onctuosité, à la mobilité qu'amènent, avec eux, les enduits gras, doit-on, comme le pensent quelques physiciens, l'attribuer à la forme globuleuse des particules de ces enduits, à une sorte de sphéricité qui, en leur permettant de rouler librement les unes sur les autres, contribuerait, pour beaucoup, à diminuer la résistance au glissement, des surfaces entre lesquelles elles se trouvent interposées? Une pareille opinion n'offre par elle-même, en effet, rien qui répugne à I» manière dont on peut concevoir (219) l'organisation moléculaire des corps; seulement elle doit s'accorder avec les autre» faits de l'expérience concernant la manière dont les enduits de chaque espèce, peuvent se comporter dans les différentes cîrconstances, et, au lieu de supposer que les molécules des corps gras se trouvent en contact^ immédiat, et roulent les unes sur les autres, comme le feraient des billes incompressibles, on peut tout aussi bien admettre qu'elles sont à distance, et ne se distinguent que par l'indifférence de stabilité, l'absence absolue de polarité (219 et 23^) qui résulte du groupement symétrique des atomes dont elles se composent.
En considérant d'ailleurs la faible influence qui doit être attribuée, daris les circonstances ordinaires, à l'adhérence ou à la cohésion propre des enduits gras interposés entre les corps soumis à l'expérience du glissement, et notamment la facilité avec laquelle l'huile, en particulier, peut être expulsée d'entre les surfaces, sous d'assez /aibles pressions, il semble naturel de croire que cette substance est, aprèsl'eau, l'enduit le moins propre à diminuer le frottement, et qu'on doit lui préférer, de beaucoup, le saindoux, le vieux oing et surtout le suif qui n*» pas cet inconvénient. C'est aussi là le résultat général auquel Coulomb a été conduit par ses expériences; mais M. Morin est arrivé, par les siennes, à une conclusion tout opposée, du moins donnent-elles lieu de penser que l'huile d'olive est préférable au suif, toutes les fois qu'elle est fraîchement appliquée aux surfaces, ou quand elle peut être fréquemment et con-
DES RÉSISTANCES. SlQ
stamment renouvelée au moyen d'appareils d'alimentation semblables à ceux dont on se sert aujourd'hui dans quelques machines, notamment pour les voitures de luxe. Les différences observées par ce dernier expérimentateur sont d'ailleurs si faibles, qu'il est bien permis de suspendre tout jugement à cet égard, et de se conformer, dans chaque cas, aux indications d'une longue pratique, qui fait adopter généralement l'huile pour les mécanismes légers, le saindoux et le suif pour les fortes machines. Quant aux autres espèces d'enduits, nous y reviendrons d'une manière spéciale, dans l'exposé des résultats de l'expérience.
353. Influence de la durée du contact^ de la compressibilité, de la forme et de l'étendue des surfaces frottantes, — On peut conclure, en général, des faits d'expérience rapportés aux n*^ 258 et suivants, que les corps durs et élastiques, tels que le fer, l'acier, le cuivre, etc., parviennent très- rapidement à la limite de leur compression ou de leur extension (280 et suiv.); tandis qu'au contraire, les corps mous ou très-compres* sibles, tels que les bois, les cuirs, eic, n'y arrivent qu'avec beaucoup de lenteur. Or il en résulte, comme l'a observé d'abord Coulomb, que, pour les premiers, la résistance doit aussi atteindre très-rapidement sa plus grande valeur, tandis que, pour les autres, elle n'y parviendra qu'au bout d'un temps de repos souvent fort long, c'est-à-dire par un contact très-prolongé des surfaces, sous l'influence delà pression. Pour les métaux, ce temps est à peine appréciable, tandis qu'il est de quelques minutes pour les bois frottant à sec sur les bois, et de plusieurs heures, plusieurs jours méme^ pour les bois frottant sur des métaux sans enduit.
D'après ces faits et les observations du n° 34-6, on ne peut donc être surpris de voir que le frottement des bois sur les bois, et surtout celui des bois sur les métaux, soient beaucoup plus grands au moment du départ et après un certain temps de repos, que quand les surfaces ont été une fois ébranlées ou sont déjà en mouvement. Néanmoins cette circonstance ne se présente que pour des surfaces offrant une certaine étendue ; car, lorsque les corps ne portent simplement que sur des arêtes ou contours quelconques, arrondis, la
520 ■ÉCâNIQUE INDUSTftlELLE.
GompressioD atteint promptement sa limite, et le frottement est sensiblement le même au départ et pendant le mouvement.
Des effets analogues ont lieu pour tous les corps , même pour les métaux durs, lorsque leurs surfaces sont enduites de substances grasses de diverses natures : l'effet de la durée de la compression est d'expulser plus ou moins complètement ces substances de l'intervalle qui sépare les deux corps, et de ramener ceux-ci à un état voisin de celui où ils se trouvent quand l'enduit a été enlevé, et quand les surfaces de contact restent simplement onctueuses. Cette remarque s'applique surtout au suif qui, interposé entre les surfaces en repos de deux corps, ne permet, au frottement, d'atteindre son miurimnm, qu'au bout de plusieurs heures de compression réciproque. Mais, quand l'étendue des surfaces est très-petite, ou que ces surfaces sont simplement formées d'arêtes arrondies, de pointes émoussées comme les têtes de clou en cuivre, le frottement redevient, ainsi que dans le cas précédent, indépendant de la durée du contact; et, d'après les expériences de M. Morin, son intensité doit, en effet, être supposée sensiblement la même que si l'enduit avait été essuyé et que les surfaces fussent simplement onctueuses, n'importe leur étendue.
Au surplus, on conçoit que, quand cette étendue est trèsgrande, la résistance doit varier pour toute la première partie de la course du corps moJ)ile, qtii correspond à cette étendue, de sorte que le frottement, en passant lentement et progressivement de sa plus grande valeur, acquise sous un contact prolongé, à sa plus petite valeur relative au mouvement établi, paraisse, dans tous les premiers instants, dépendre, en effet, de la vitesse même de ce mouvement. Or ce fait, également observé par M. Morin, explique coniment Coulomb et quelques autres expérimentateurs d'ailleurs très-habiles, ont pu être induits en erreur, sur les véritables lois du frottement, toutes les fois que leurs expériences ont porté sur une loni;ueur de course du traîneau, trop petite relativement à l'étendue des surfaces primitivement en contact.
Quant au cas où le mouvement continue pendant un trèslong temps, dans le même sens, et ainsi qu'il arrive notam*
i>E8 RÉSISTANCES. 521
ment pour les pivots et les tourillons des arbres de machines^ qui présentent successivement tous leurs points aux mêmes points des coussinets ou crapaudines, dans ce cas, disonsnous, la résistance croîtrait évidemment avec la durée du mouvement, si Ton avait le soin de lubrifier constamment les surfaces avec de nouvelles graisses; car ces graisses s'épaississent et se consomment d'autant plus vite que le mouvement est plus rapide, que l'espace décrit est plus considérable.
Enfin la forme des surfaces frottantes, celle de leur contour extérieur, pourvu qu'ils soient continus, ne paraissent exercer, par elles-mêmes, aucune influence appréciable sur l'intensité de la résistance, du moins entre certaines limites de pression. Ainsi, que ces surfaces soient planes ou arrondies, sphériques ou cylindriques; que, dans ce dernier cas, elles glissent parallèlement ou perpendiculairement à leurs génératrices, le frottement, sauf les cas d'exception ci-dessus mentionnés, reste sensiblement le même, et ne dépend que de rintensité de la pression. Quant aux cas où les corps ne se toucheraient que suivant des arêtes aiguës et tranchantes, par des pointes non émoussées, ou en général par des surfaces trop peu étendues pour que la force de ténacité des molécules puisse faire équilibre à la pression, on sait très-bien, quoique le fait n'ait point été soumis à des expériences spéciales et précises, que l'altération des corps devient tellement grande alors, que, sous le point de vue dont il s'agit ici, il n'y a plus lieu de s'occuper de la résistance qu'ils présentent au glissement.
354. Influence de la température^ de la pression atmosphé^rique,etc,{*),—L'à chaleur, en diminuant la force de cohésion et d'élasticiié des solides, en permettant à ceux-ci de s'imprimer davantage les uns dans les autres, et surtout en ramollissant les enduits, etc., doit exercer une influence nécessaire sur l'intensité du frottement; néanmoins, pour des variations de température de l'atmosphère, comprises entre i et i8 degrés
(*) Consulter le Mémoire déjà cité (p. 607 et 3i5) de M. Hirn. (K.)
du theroiomètre centigrade, celte iofluence n*a pu se manifester dans les nombreuses expériences de M. Mono, et l'on doit admettre qu'elle est, en général, trop faible pour être appréciée.
Quant à la chaleur qui se développe par le frottement même des surfaces, l'expérience démontre qu'elle peut être assez intense pour liquéfier les enduits solides, pour charbonner et enflammer même les bois(*), enûn, pour déterminer, entre les métaux, une véritable adhérence ou cohésion, une sorte d'amalgame, auquel, sans doute, le ramollissement des surfaces a la plus grande part. Mais il convient de remarquer que ces circonstances, où l'électricité vient, à son tour, jouer un rôle comme simple effet, et non comme cause, ne se présentent que dans le cas où les corps glissent rapidement et à sec les uns sur les autres, ou bien quand, faute de renouveler l'enduit, les surfaces viennent à se roder, à s'user plus ou moins fortement : l'élévation de la température, en un mot, n'a Heu que pour les machines nouvellement installées, et pour les pièces non encore polies par Tusé, ou mal entretenues de graisse ; on peut donc négliger sa considération dans les cas ordinaires.
Nous avons vu ( 37) que l'air atmosphérique agit constamment à la surface extérieure des corps, pour les presser avec une force d'environ i kilogramme par centimètre carré; si donc il arrivait que les faces, par lesquelles ils se touchent, fussent assez bien polies et dressées pour qu'à Tinstant où on les applique, Tune sur l'autre, par un mouvement de glissement convenable, Tair pût en être complètement expulsé, leur pression réciproque serait, d'après un principe en hii-méme évident, augmentée d'autant de fois i kilogramme qu'il y a de centimètres carrés dans l'étendue en contact. Cette cir-
{*) On sait que los pciipluiles sauvages parviennent à se procurer du feu eu faisant tourner rapidement, entre la paume ou le creux des mains, un bâton de buis trés-sec et très-inflammable, dont rextrémité inférieure, taillée en cône, frotte dans une cavité pratiquée à un autre morceau de bois pareil. 11 arrive d'ailleurs journellement que le^ moyeux et les essieux en bois des voitures prennent feu dans les mouvements rapides, faute d'avoir été couvenablemcnt enduit».
constance, qui se présente pour les glaces de miroirs, parfaitement dressées, et qui contribue, peut-être, à augmenter le frottement dans quelques cas exceptionnels, où la pression et le contact des corps ont été longtemps prolongés, cette circonstance ne paraît pas, en général, exercer d'influence sensible; sans quoi la résistance, au lieu d'être, entre ceriaines limites, indépendante de l'étendue des surfaces, devrait croître avec cette étendue, suivant une progression très-rapide.
D'ailleurs, en admettant que cette même circonstance contribue, en effet, à augmenter le frottement des corps en repos, on ne saurait l'admettre pour les corps en mouvement; car, dès l'instant même où l'on essaye de les faire glisser l'un sur l'autre, leurs surfaces se détachent plus ou moins complètement, dans le sens normal; ce qui permet aux molécules de l'air de s'insinuer aussitôt entre ces surfaces, et de détruire, par leur force de réaction (H), la pression atmosphéricfue extérieure. A la vérité, les enduits sembleraient devoir isoler parfaitement les surfaces en contact, de l'aie extérieur, mais, s'ils sont solides ou simplement mous, l'air reste emprisonné dans les pores, et s'ils sont liquides et susceptibles de mouiller les surfaces, la pression atmosphérique se transmet encore, en vertu du principe de Pascal (1{^), au travers de leur masse, et jusque dans l'intérieur des cavités qu'ils remplissent. Néanmoins, on ne saurait disconvenir que dans le cas des maçonneries et des terres argileuses, par exemple, l'air ne puisse être plus ou moins absorjjé ou expulsé sous l'influence prolongée de la compression, etc., et ne contribue ainsi à augmenter l'adhérence ou la résistance au glissement (*).