TV AVANT-PROPOS
vent, le chapeau de soie à huit reflets couvre une tête pleine de savoir. Il est certain que le médecin d'aujourd'hui sait beaucoup, en ce qui concerne la spécialité où il se cantonne. Mais il manque d'idées générales, il se rit de toute doctrine. « Des faits, jamais de théorie, » telle est la parole qui a présidé à son' éducation d'étudiant : il lui arrive d'en conclure étroitement à une conception par trop utihtaire de la lutte pour l'existence. La méditation, fâcheuse aux paresseux qui s'y complaisent trop, est bonne conseillère pour tous ceux qui se montrent trop ardemment tendus vers le but à atteindre, trop impatients d'être riches : elle tempère l'ardeur excessive, ralentit les impulsions, en faisant voir le pour et le contre des choses.
Un malheureux procès récent nous a montré un médecin, indifférent à la rehgion dans l'ordinaire de sa vie, décrivant dans l'air un ample signe de croix au chevet d'une femme qu'il allait opérer dans une maison de santé tenue par des religieuses. Ce geste qui, sincère, eût pu être superbe, est ici vraiment odieux, parce qu'il marque clairement l'asservissement à l'argent, l'espoir d'être redemandé souvent par les <( bonnes sœurs » touchées d'une si ostensible foi. Nul doute que cet homme n'eût fait, une heure après, si l'intérêt de sa fortune l'eût voulu, les signes convenus par oii les francs-maçons se reconnaissent. Cela, c'est la bassesse même. C'est que ce médecin avait négligé de se faire une idée nette de l'importance de son métier.
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Cette importance, où aurait-il appris à la comprendre, du reste ? Autrefois — cela se fait encore à Montpellier, je crois — la réception d'un docteur à la faculté était une solennité, presque une fête : on mobilisait tout un appareil imposant de massiers à chaîne d'argent, de toques à torsades d'or, de robes en satin cerise, et le néophyte prononçait devant ses maîtres et ses camarades, la formule sonore du vieil opxoç, du serment d'Hippocrate. Ce dignus es intrare prêtait un peu à rire, et je me garderais de demander, dans ce pays de blague impitoyable, la restauration d'un cérémonial, et pour tout dire, d'une parade qui ne me paraît pas suffire à élever les coeurs pour tout le reste d'une vie. Mais ce que je voudrais, c'est qu'on instituât, comme le demandait récemment une société de médecine bordelaise, un examen supplémentaire de « déontologie » qui est la science des devoirs professionnels. Et surtout je voudrais que l'on créât dans toutes les facultés une chaire d'Histoire de la Médecine, ou mieux encore une chaire de Psychologie Médicale, que l'on confierait à un homme de haute culture, d'esprit net et de sens rassis. Les autres professeurs apprendraient aux étudiants leur métier. Celui-là leur enseignerait l'histoire de l'esprit humain à la recherche des fonctions du cerveau, nos connaissances actuelles en psychologie physiologique, le pour et le contre dans les grands problèmes dont l'humanité ne cessera jamais de s'émouvoir. Il leur dirait Tinfînie petitesse de l'homme, misérable insecte rampant sur la