‹ Introduction à la minéralogieChapitre 11 sur 29 · Le succin · texte numérisé non relu

Le succin

9° Le quarz; mais il faut qu’il reçoive la lumière directe du soleil.

La lumière produite par l'insolation est blanche dans tous les corps, à l'exception du diamant.

Aucun fossile inflammable, excepté le succin et le diamant, aucun métal natif n’est phosphorescent par insolation.

La plupart de ces observations et de ces résultats sont dus à M: Heinrich.

4. La phosphorescence par étectrisation. En exposant certains corps naturels à l’action des étincelles électriques pen-

dant quelque temps, on leur communique la propriété de luire

ns l'obscurité, et même on la leur rend quelquefois lorsqu'ils l’ont perdue , pour avoir été exposés à une trop forte calcination.

La phosphorescence produite par l'électricité se comporte à peu près comme celle qui est due à l’insolation. Elle paroît seulement plus durable, ses phénomènes sont trop étrangers à notre sujet pour que nous puissions nous: y arrêter.

Nous devons maintenant ajouter aux phénomènes particuliers de phosphorescence que nous venons de décrire, quelques observations et considérations générales qui en rattachent l'histoire à celle des minéraux.

La phosphorescence paroît être dans beaucoup de cas en rapport avec la structure cristalline des minéraux; ainsi elle n'est pas toujours également répandue dans un cristal.

M. Brewster a remarqué sur une lame de chaux fluatée, portant des lignes parallèles, les unes bien colorées, les autres sans couleur, que la lumièregphosphorique , dégagée par l’action de la chaleur, étoit disposée en lignes parallèles à celle de la lame ; chaque ligne lumineuse émettoit une lumiére propre nettement tranchée sur ses bords, et qui indiquoit dans les lames une multitude de joints parallèles qu’on ne pouvoit y distinguer, même à l'aide du microscope. Pallas avoit déja remarqué que dans quelques morceaux de chaux fluatée d'Ekaterinebourg en Sibérie, marqués de veines vertes, ces veines seules étoient phosphorescentes.

Des expériences de M. Dessaigne rendent ces rapports avec

“la structure encore plus frappans, en même temps qu’elles conduisent à la théorie de ce phénomène.

Si on prend un cristal de calcaire spathique appartenant au rhomboïde primitif, et dont les faces sont sensiblement planes, c’est a-dire sans cassure ni aspérité, où un diamant octaëdre à faces à peu près planes, et qu’on les place sur le support assez échauffé pour que la phosphorescence puisse

avoir lieu, ils restent ténébreux. Si on fait naître sur ces cristaux des faces ou plans inclinés aux joints naturels ou qui coupent les lames, et qu’on les place sur le support à la même

température, la phosphorescence paroît sur ces faces inclinées [Te

c& aux joints, et qu’on peut considérer comme hérissées d'arêtes ou de petits angles en comparaison des faces parallèles aux Joints, et qu’on peut regarder comme composées d’une suite de plans ou comme polies naturellement.

Ce fait nous a semblé fort curieux, parce qu il se lie parfaitement, comme on le voit, avec la structure cristalline, parce qu’il explique pourquoi certains physiciens ont avancé que le diamant n’étoit pas phosphorescent, parce qu'il se lie égalementavec l’observation faite aussi par M.Dessaigne et par M. Heinrich, que le poli parfait enlevoit souvent à beaucoup de minéraux la faculté qu'ils avoient d'être phosphorescens dans l’état opposé, parce que enfin il conduit pour ainsi dire directement à la théorie de la phosphorescence proposée par M. Dessaigne , théorie à laquelle conduisent pareillement une multitude d'observations qui sont trop étrangères à notre objet pour que nous puissions nous en occuper, et qui consistent à regarder la phosphorescence comme un phénomène entiérement électrique, dans lequel l'électricité se dégage des molécules des corps suivant l'étg dans lequel on a mis ces molécules et les circonstances dans lesquelles on a placé le corps pour en faciliter le dégagement.

Il résulte aussi de tout ce que nous venons de rapporter, que la phosphorescence est une propriété des corps inorganiques naturels, par conséquent des minéraux, propriété curieuse qui tient à leur histoire naturelle, que l’on ne peut passer sous silence, sans laisser cette histoire incomplète, qui est même dans certains cas liée avec leur structure, mais qui n'appartient, comme caractère, ni à l'individu gique ni à ses agogrégations.

Art. IV. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES QUI NE PEUVENT APPARTENIR QU'AUX MASSES.

La dénomination de ces propriétés suffit seule pour établir qu'elles n’appartiennent qu'aux masses ou aggrégations d'individus; que les individus minéralogiques considérés isolément ne peuvent les présenter, et par conséquent qu’elles sont d’un tout autre ordre que celles que nous venons d'étudier. Elles sont en effet d’un ordre bien inférieur, et ne peuvent jamais

Gp avoir ni assez d'importance ni assez de valeur pour caractériser l'espèce. Cet article ne renferme donc que des propriétés de variétés, et nous allons en avoir la démonstration en les parcourant successivement.

$. 1. La Structure.

On a réuni sous ce nom des propriétés d’un ordre bien différent , et suivant qu'on envisage la structure , elle offre ou un caractère spécifique ou un caractère de variété : dans le premier cas, elle rentre dans le caractère tiré de la forme; elle en est une manifestation; elle peut et doit être désignée avec la même précision, et sort tout-à-fait de la série de caractères que nous examinons; c'est dans le second cas seulement que la structure lui appartient.

Nous entendons par structure & la disposition des joints de « séparation des parties d’un minéral, d’où résulte ‘nécessai- « rement la forme de cesparties. ?

Ces joints existent dans le minéral, indépendamment de toute action mécanique. Celle-ci n’a d'autre effet que de les mettre à nu, et elle n’est pas moins toujours nécessaire pour que les joints ou la structure se manifestent. La lumière suffit pour les faire connoïître dans les minéraux transparens ou translucides.

La structure est régulière ou irrégulière.

Dans la structure régulière, l'incidence des joints les uns sur les autres peut être déterminée; elle est constante dans les mêmes espèces; c’est cette structure qui donne le clivage des cristaux. Si on peut déterminer les angles d'incidence des joints avec exactitude, et qu’on le fasse, elle donne la forme primitive. Elle rentre alors dans les considérations de forme, et dans la première série des caractères physiques, dans ceux qu’on peut appeler avec Haüy caractères géométriques. Mais si on se contente de remarquer que les joints sont assez étendus, assez réguliérement disposés pour qu'on puisse mesurer leur inclinaison l’un sur l’autre , sans cependant pousser jusques-là l'observation, on a une première modification de structure à laquelle on donne le nom de

Structure laminaire, c'est-à-dire ajoints continus el aincidence déterminable,

Dans @ structure irrégulière, les joints naturels sont peu étendus; ils tombent les uns sur les autres sous des incidences sinombreuses, si peu nettes, qu’on ne peut les déterminer. Ce ne sont plus alors que des caractères de variétés, et même de variétés de dernier ordre, dues entièrement aux circonstances dans lesquelles s’est trouvée la masse minérale au moment de son aggrégation. Cette structure présente les modifications suivantes :

Lamellaire. — Petites lames ou joints à peu près planes tombant les unes sur les autres sous toutes sortes d’angles. Cette structure est cristalline, et due à la dissolution préalable des masses (le calcaire lamellaire, dit marbre statuaire de Paros).

Fissile. — Des joints parallèles dans un seul sens (le schiste argileux ).

Feuilletée. — Lastructure précédente dans laquelle les joints sont nombreux et très-rapprochés (le schiste ardoise , la dusodyle).

Stratiforme. — Des joints parallèles dans un seul sens, mais ondulés (les calcaires concrétionnés, dits stalagmites).

Fibreuse. — Des joints dans un seul sens, divisant la masse en une multitude de petits cylindres ou de cônes très-déliés (l’asbeste). .

Radiée. — Lorsque ces petites parties pyramidales ou coniques trés-déliées partent d'un même point, et s'écartent en divergeant (la mésotype zéolithe , le fer hématite ).

Fragmentaire. — Lorsque la masse est à texture compacte, qu'elle est divisée par une multitude de joints qui suivent toutes sortes de directions, et qui lui permettent de se diviser facilement en fragmens anguleux à angles et arêtes indéterminables. ( Cette structure appartient principalement aux roches, aux argiles, aux trappites, aux porphyres, etc.)

Lorsqu'un minéral ne présente aucune sorte de joints ou de structure, on dit qu’il est massif.

$. 2. La Texture.

On la confond souvent avec la structure, et il faut convenir qu’il y a des cas où il est assez difficile d'établir une réelle distinction entre ces deux manières d'être des masses mig nérales.

La texture est pour nous la considération de la formé not géométrique, de la grosseur et de l'aspect des parties qui composent une masse minérale. Ces parties, plus ou moins discernables , sont naturellement limitées et séparables par des moyens mécaniques; mais on ne peut appeler joints, dans le sens que nous venons d’attacher à ce mot, leur mode de séparation.

Les lames, les feuillets, les fibres, les parties anguleuses que donne la structure, peuvent avoir une texture particulière.

La texture est homogène lorsque toutes les parties d’un minéral sont de même nature et de même aspect; elle est hétérogène lorsque ces parties sont de nature et d'aspect différens.

La texture de la marne, du grès, etc., est homogène ; celle du phyllade , du psammite, etc., est hétérogène.

On peut distinguer un grand nombre de textures dans les minéraux; nous nous bornerons aux principales, auxquelles nous donnerons les noms de texture :

Grenue.— Grains distincts, arrondis ou à angles émoussés (le grès).

Saccaroïde. — Grains distincts, anguleux, eristallins (la baryte sulfatée, le calcaire dolomie).

Terreuse. — Aspect terne, grains non discernables, faciles à séparer, grossiers ou fins (le calcaire grossier, la craie, l'argile).

Compacte. — Grains indiscernables, fortement aggrégés; aspect terne, opaque, ou tout au plus légèrement translucide ( le calcaire compacte, le jaspe ).

Vitreuse. — Parties indiscernables, brillantes, fortement aggrégées, sans structure , a surfaces luisantes.

Ce qui établit d’une manière fort claire les différences qu'il y a pournousentre la structure et la texture, c’est que le même minéral peut préséfiter des exemples de ces deux manières d’être.

Ainsi le calcaire concrétionné, dit travertin, a une structure stratiforme et une texture compacte; le schiste argileux a une structure fissile et une texture terreuse fine, l'argile plastique a unc structure fragmentaire et une texture terreuse, l'obsidienne perlée a une structure fragmentaire etune texture vitreuse,

‘ Enfin latexturea des dépendances dont on a Pit quelquefois des propriétés particulières des minéraux. Comme la texture est pour nous le résultat de la finesse, de la forme et du mode d’aggrégation des parties, elle imprime aux minéraux quelques autres qualités différentes de celles que nous venons de parcourir, et nous y rapportons:

La porosité , le happement à la langue, l'impression sur Le toucher.

La porosité, telle que nous l’entendons ici, n’est point une conséquence nécessaire de la densité, Des minéraux peuvent être d’une densité trés-différente sans que le plus léger soit sensiblement plus poreux que l’autre. Nous entendons par porosité la présence d’une multitude de petites cavités, tantôt visibles, tantôt invisibles, mais rendues sensibles par divers moyens.

Lorsque les cavités sont visibles, le minéral est ou caverneux, Ou celluleux, où bulleur, suivant la grandeur et la forme de ces cavités; lorsqu’elles sont invisibles, et alors elles sont très-nombreuses, elles se manifestent par la propriété que le minéral a d’absorber l’eau avec force au moyen de ses nombreuses cavités capillaires, d’absorber l'humidité qui se trouvesurla langue, d'yadhérer quelquefois très-fortement, ce qui s'appelle happer à la langue.

C’est une propriété de quelques argiles sableuses, surtout de celles qui ont éprouvé un certain degré de chaleur, de quelques silex à texture lâche, etc. Cette propriété, d’une tresfoible importance, ne peut pas même caractériser une série de variétés.

“RSŸ

Suivant que les parties qui composent, par leur aggrégation, une masse minérale, sont fines ougrossières , anguleuses. arrondies et déprimées, dures ou tendres, fortement ou foiblement aggrégées, elles exercent sur le toucher des sêhsations très-différentes et qui dérivent principalement, comme on le voit, de la texture. On dit qu’un minéral a :

Le toucher doux, lorsque ses parties sont très-fines , {tendres et foiblement aggrégées (l'argile plastique).

Le toucher onctueux, lorsque ses parties sont généralement * déprimées et sous forme de petites paillettes foiblement aggrégées, et qu’elles produisent une sensation sous le doigt

analogue à celle du savon. Les minéraux qui jouissent de cette singulière propriété sont assez nombreux et de classes très-différentes; ce sont les talcs, les steatites, le molybdéne sulfuré, le graphite, le fer oligiste écailleux , etc.

Le toucher rude appartient aux minéraux pierreux dont les parties sont naturellement dures, fortement aggrégées, et dont la texture est grenue; ce sont les grès, les jaspes , les calcaires, etc.

Le toucher âpre est encore plus rude; les minéraux qui le présentent semblent être composés de parties fines, dures et anguleuses. On a cru qu'ilétoit une indication de la formation de ces minéraux par l’action du feu; et en effet, ceux qui agissent ainsi sur le tact sont les laves, les ponces, les argilolites, Les tripolis, etc.

$. 3. La Cassure.

Ce caractère auquel l'Ecole allemande a attaché une si grande importance, dont elle a défini un si grand nombre de modifications, dérive de la structure, de la texture et de la tenacité. Aussi en présentons-nous l’histoire après celle de ces propriétés.

La face de cassure n’existe pas dans Le minéral; elle naïtsur la surface de séparation des parties d’une masse divisée par le choc, et résulte entièrement de la maniére dont le mouvement imprimé par ce choc s’est propagé dans l’intérieur de la masse, de manière à rompre l’aggrégation des parties dans le plan qu’a pu suivre la plus grandé force de ce mouvement, en raison, comme nous venons de le dire, de la structure, de la texture homogène ou hétérogène, de la tenacité, etc., des parties.

Il n’y a pour nous de cassure, ni laminaire, ni lamellaire, ni feuilletée ; car cesexpressions indiquent unestructure et des joints préexistans que la division de la masse a mis à nu, mais qu’elle n’a pas faits.

La cassure fraîche d’une masse minérale est utile pour faire connoître sa structure et sa texture, mais elle ne les produit pas, comme elle produit la cassure conchoïde, raboteuse et écailleuse.

Parmi le grand nombre de cassures qu’on à distinguées

nous nous bornerons à choisir les suivantes comme les plus distinctes.

Conique, — Le fragment obtenu estun cônesurbaissé, souvent assez régulier. Cette cassure est une des plus instructives, et prouve assez bien la théorie que nous avons ébauchée de ce phénomène. Pour que la cassure conique ait lieu, il faut que le minéral ait la texture compacte et homogène, qu'ilsoit dur , qu’il se présente en plaques dont les deux surfaces soient à peu près parallèles, et que le coup de marteau soit appliqué sans déviation et perpendiculairement à cette surface. Alors la fissure qui naît de ce choc se propage réguliérement et comme une onde conique dans l’intérieur homogène de la masse. (Le grès luisant est éminemment susceptible de présenter cette cassure.) On peut aussi la faire naître dans des agates, dans des masses de verre ou d’émail tenace, etc.

Conchoïide. — Des zones ondoyantes partent d’un point , et s'étendent en s’enveloppant sur la surface de cassure , de maniére à imiter assez bien l’empreinte de l'extérieur d’une valve de coquille bivalve (le silex pyromaque).

Raboteuse. — La surface offre des ondes et des inégalités irrégulières (l'argile, la magnésite).

Ecailleuse.— Lorsqu'il s'élève de la surface de cassure de petits éclats en forme d’écailles, qui adhérent encore, mais.

qui ont plus d’opacité que le reste de la masse. Elle est presque uniquement propre aux minéraux translucides; la cire l'offre dans toute sa perfection , aussi l’a-t-on appelée quelquefois cassure cireuse (le silex corné, la calcédoine, Le pétrosilex, quelques calcaires compactes fins).

Esquilleuse. — Lorsque les parties qui sont soulevées sans étre détachées , sont longues et pointues comme des esquilles de bois. Elle est ordinairement liée avec la structure fissile ou fibreuse (le tale, le fer hématite).

Résineuse. — Lorsqu'elle présente les convexités et concavités lisses brillantes, que montrent les corps résineux (le silex résinite, le rétinite, etc.).

Vitreuse. — Les convexités et concavités de la cassure conchoïde avec le luisant et les stries qu'ofrent les masses vitreuses (le quarz hyalin).

La cassure est quelquefois différente suivant qu'on l'exerce

dans une direction ou dansune autre, par rapport à un cristal où à une masse cristalline ; ainsi le béryl a une structure Jaminaire dans le sens longitudinal, une texture et une cassure vitreuse transversale, Les masses de mésotype zéolite ont une cassure esquilleuse dans le sens longitudinal, et une raboteuse dans le sens transversal, etc.

La cassure est facile ou difficile , suivant la tenacité ou la fragilité de la masse minérale. Cette modification tient donc à ce que nous allons dire sur la solidité et la tenacité des minéraux.

$. 4. Solidité et Tenacité.

Cette considération est relative à la force d’aggrégation des molécules ou des parties, et à la manière dont elle s'exerce; force qui se manifeste par la résistance que les masses opposent à la désaggrégation, à la rupture, ou à la séparation par déchirement.

Cette propriété ne peut appartenir à l'individu isolé, puisqu’elle est relative à la manière dont les individus adhèrent entre eux; mais elle doit dériver des qualités essentielles des molécules intégrantes ; et siun grand nombre de causes étrangères, telles que l’aggrégation confuse, ou l’aggrégation lente et régulière, qui est la cristallisation, l’interposition de vacuoles, ou l’écartement par la chaleur, ne venoient pas modifier la force d’adhérence, elle devroit être toujours la même dans les masses des mêmes individus.

Comme ces circonstances d'altération sont fréquentes , comme en modifiant considérablement la solidité et la tenacité, elles n’influent en rien sur la nature de l'individu, cette propriété ne peut être placée que parmi celles qui établissent des modifications encore plus que des variétés, et qui offrent des considérations plutôt curieuses que caractéristiques.

La considération relative à la solidité présente quatre modifications principales: 1.la tenacité; 2. la fragilité ; 3, La friabilité ; 4. la flexibilité.

1. La tenacité est la résistance qu’un corps oppose à la force mécanique qui tend à le rompre. Elle a une multitude de degrés depuis la foible résistance qu'opposentcertaines pierres

à la cassure, jusqu’à la résistance trés-puissante que présentent certains métaux à la rupture par traction.

C’est en effet à cette classe de corps, c’est-à-dire aux métaux qu’on nomme ductiles , qu’appartient la tenacité proprement dite, mais tous n’en jouissent pas, et quelques minéraux pierreux semblent en donner plus de signes que certains métaux. Ainsi l'argile plastique , même sèche , le talc, la stéatite, la cornéenne montrent plus de tendance à la tenacité que l’arsenic, l’antimoine, etc.

La tenacité métallique est caractérisée par la ductilité ou propriété que présentent plusieurs corps, et particulièrement les métaux, de s'étendre sous la pression sans se briser ni se déchirer. Quelques minéraux pierreux la présentent également , mais il faut qu’ils soient pénétrés d’eau : telles sont les argiles, les magnésites, etc.; cette ductilité est très-foible , même dans l'état de mélange aqueux que nous admettons ; néanmoins elle peut servir de caractère technique pour distinguer les argiles, les marnes, etc., des schistes argileux.

La tenacité pierreuse est la résistance qu’oppose à la cassure un corps solide, non ductile; elle est particuliére à certaines pierres, et tout-a-fait indépendante de la dureté.

On n’a aucun moyen de la mesurer : c’est un caractère vague, une propriété indéterminée, qui n’est remarquable que dans quelques pierres. Ainsi il y en a :

De tenaces et tendres ; telles sont l’argile, la magnésite , le graphite, le talc, l'argent muriaté , la cornéenne.

De tenaces et moyennement dures; le trappite , le basalte, le cérite,

De fenaces et dures; le jade, l'émeril.

2. La fragilité est opposée à la tenacité pierreuse ; c’est la facilité avec laquelle on peut casser certaines pierres. Elle n’est pas, plus que la tenacité, dépendante nécessairement de la dureté, quoiqu’elle ait avec elle d'assez fréquens rapports.

Aünsilesilex pyromaque est bien plus fragile que certains calcaires compactes, quoique beaucoup plus dur qu'eux; cette propriété lui ôte beaucoup des qualités que sa dureté lui donneroit pour l'entretien des chemins. Il se brise avec la plus grande facilité sous le poids etle choc des voitures.

Nous citerons comme exemples de minéraux fragiles Îes espèces et variétés suivantes qui sont rangées à peu près dans l'ordre de fragilité, en commençant par la plus grande :

Le nitre qui se brise par la seule chaleur de la main.

Le soufre qui éprouve souvent la même altération, quoi- qu’on n'y voie aucune fissure.

Le fer résinite.

L'arsenic.

L'euclase, mais sa facile fracture se fait dans le sens des joints de clivage, par conséquent est due à cette circonstance.

Le fer oligiste spéculaire.

L’antimoine sulfuré. 4

L'argent rouge, notamment la variété qu’on nomme aïgre à cause de la facilité avec laquelle elle se brise.

Le silex résinite.

Le silex pyromaque. Il faut déja ici l'effort d’un choc assez puissant.

Le béryl aigue-marine, mais plus facilement dans le sens perpendiculairement à l'axe des prismes que dans l’autresens, quoique les joints de clivage les plus sensibles suivent une direction contraire.

Le quart.

Le calcaire compacte.

Le jaspe, etc.

Les fissures irrégulières qu'onnomme quelquefois glacures, et auxquelles certaines espèces sont plus sujettes que d’autres ; et les fissures régulières de clivage sont des circonstances qui rendent ces espèces plus fragiles, c’est-à-dire beaucoup plus aisées à casser.

On a remarqué que la fragilité augmentoit considérablement dans les minéraux sortis du sein de la terre, et qui ont été exposés pendant quelque temps aux météores atmosphériques, tels sont les silex pyromaques, quelques calcaires compactes, etc. : c’est une observation faite par les artisans qui emploient ces pierres. Ils disent qu’elles ont perdu leur eau de carrière, et il n’est pas possible de leur rendre leur solidité, en les plongeant dans l’eau, ou dans la terre humide. On n'a donc pas encore apprécié la cause qui

produit ce changement dans la solidité d'un grand nombre de pierres.

3. La friabilité est un état d'aggrégation tellement imparfait dans certaines masses, qu’on peut les diviser en une multitude de grains, les réduire presque en poudre sous la simple pression des doigts, tels sont quelques grès, les macignos mollasses, la craie, la plupart des marnes.

Cette considération, comme caractère des minéraux, ne mérite aucune attention; mais, comme propriété technique, elle n’est point à négliger, en ce qu’elle permet une facile trituration des minéraux qui doivent étre employés en poudre ; elle devient encore plus importante lorsque cette désaggrégation presque complète s’opère par la seule influence des météores atmosphériques.

On ne peut employer pour amendement des terres que des masses minérales désaggrégéables par cette influence. Nonseulement cêtte désaggrégation est plus complète que celle qui résulte de la trituration, mais on sent que la dépense d'une trituration mécanique ne pourroit pas être supportée dans une grande culture. C’est parce que les marnes, et notamment les marnes d’eau douce jouissent de cette sorte de friabilité pour ainsi dire spontanée, qu’elles sont considérées et recherchées comme un des meilleurs amendemens.

4. La flexibilité. Cette qualité semble incompatible avec l’idée qu’on se fait des pierres et de leur rigidité. Cependant, cette rigidité n’est que relative, et en mettant de côté la flexibilité si remarquable dans certains métaux, non seulement ily a des minéraux pierreux très-flexibles, mais, comme l'a fort bien fait remarquer M. Longmire, il n’y a pas de pierre qui ne le soit en grand. Cette propriété se reconnoît aisément sur les couches de grès, de psammite, de phyllade et d'argile schisteuse des terrains houilliers, lorsqu'on a enlevé les lits de houiïlle qui leur servoient de supports.

Mais c’est de la flexibilité èn petit, et de la flexibilité trèssensible considérée comme modification de la solidité, et plutôt comme propriété curieuse que comme propriété caractéristique, qu'il va être ici question.

Nous distinguerons dans les minéraux trois sortes de flexibilité: a. la flexibilité élastique ; b. la flexibilité molle; ce. La

flexibilité pierreuse, C’est cette dernière qui devra nous occuper plus particulièrement.

a. La flexibilité élastique appartient aux minéraux qui, aprés avoir été fléchis par une force quelconque , reprennent complètement leur première direction lorsque cette force n'agit plus.

Parmi les pierres, le mica est celle qui manifeste cette propriété au plus haut degré ; une lame de mica peut être courbée à près de 90° sans se briser, et en conservant la faculté de reprendre sa direction droite, dès que la force fléchissante cesse d’agir. C’est une propriété tellement propre à ce minéral, qui lui est tellement constante qu’elle peut être considérée ici presque à l’égal d’une propriété caractéristique de deuxième ordre.

Après le mica vient l’asbeste , et ensuite la mésotype capillaire , et en général presque tousles minéraux pierreux qui peuvent se présenter sous la forme de filamens fins et alongés. Mais cependant beaucoup se laissent briser avant d’avoir éprouvé une flexion sensible.

Parmi les métaux autopsides natifs, on peut regarder comme doués de la flexibilité élastique, mais incomplètement , le fer natif, le cuivre natif.

Et parmi les minéraux composés à la manicre des corps organisés, on doit surtout remarquer le singulier bitume qui a été nommé élastique à cause de la manière dont il possède cette propriété.

b. La flexibilité molle. Le corps plié conserve entiérement, ou presque complètement, la flexion qu’on lui a fait éprouver.

Le nombre des corps naturels inorganiques, qui présentent cette propriété , est assez considérable, On remarquera parmi les minéraux pierreux:

Le talc.

Le gypse sélénite dont les cristaux en prismes alongés se laissent plier sans se briser entiérement ; mais on voit que c’est une illusion; les lames dont ils sont composés sont toutes brisées; comme leurs fractures ne se correspondent pas, elles restent assez bien emboitées pour qu'on puisse redresser le

cristal, sans que les traces de ces fractures soient trés sen< siblés. On ne connoît guère que le gypse et cette variété de forme qui soient susceptibles de cette flexion.

La brucite ou magnésie hydratée.

L’arsenic sulfuré orpiment.

La marne argileuse.

L’argile ramollie par l’eau.

Parmi les métaux autopsides ;

L'argent sulfuré.

L'argent muriaté.

Le molybdène sulfuré.

L'argent natif.

L’or natif Ces deux derniers sont un peu élastiques.

c. La flexibilité pierreuse. — Celle-ci est d’une nature tout-afait différente des précédentes, et comme elle n’a lieu que sur des minéraux dont les parties sont pour ainsi dire grossières, on peut assez bien en apprécier la cause, et on est même parvenu à la démontrer par des expériences. :

Les minéraux pierreux qui se présentent réduits en plaque dont la longueur est seulement de 20 à 25 fois égale à l’épaisseur, fléchissent par leur propre poids ou par une force qui lui est égale, et comme ils fléchissent ainsi dans tous les sens, c’est bien une sorte de flexibilité élastique.

Mais ces minéraux ont toujours une texture grenue, et si leur texture est cristalline, c’est une cristallisation confuse:ils sont donc en cela bien différens des minéraux à flexibilité élastique que nous avons cités à cet article; enfin leur texture est quelquefois si lâche qu'ils deviennent friables, c'est une disposition générale propre à toutesles pierres flexibles. Parmi celles qui possèdent cette propriété, nous citerons un grès passant au quarzite ou à l’hyalomicte de Villa Ricca , entre Minas-Géraës et Serro de Frio, au Brésil; il est jaune pâle, composé de parties brillantes qui paroiïssent être du mica , mais quine sont souvent autre chose que des petits grains cristallins aplatis de quarz hyalin. Ce grès a une flexibilité trés-sensible, une lame de 50 centimètres de longueur sur 15 millimètres d'épaisseur, peut se courber par son propre poids de 12 millimètres, c'est-à-dire présenter un arc dont la flèche est de 12 millimètres.

Plusieurs calcaires saccaroïdes de divers lieux et notamment le marbre blanc de Carrare de la carrière connue sous le nom de Betullio.

On voit à Rome , au palais Borghèse , des plaques d’un trèsbeau marbre blanc ayant environ huit décimèétres de hauteur sur deux d'épaisseur, qui ont une grande flexibilité.

Un calcaire dolomie à grain trés-fin et qui vient de la Chine en petites plaques, et tellement flexible qu'une plaque de 9 centimètres de longueur sur 5 à 4 millimètres d'épaisseur, se courbe de 8 millimètres par son propre poids.

Une plaque de dolomie, du Saint-Gothard, de 24 centimètres de longueur sur 8 à 1o millimètres d'épaisseur, présente une flexibilité d’au moins 7 à 8 millimètres.

Une marne calcaire et siliceuse, à structure feuilletée , Mais toujours à texture grenue et terreuse de Tinmouth-Castle, ayant 16 centimètres de longueur sur 2 à 3 millimètres d’épaisseur , se fléchit de 8 millimètres par un léger effort.

Collini, Dietrich, et M. de Fleuriau de Bellevue ont recherché les règles et les causes de la flexibilité des pierres , mais ce dernier seul les à établies par des expériences ; aux observations que nous avons rapportées en commençant cet article, et qui sont relatives à la texture, il en a joint d’autres. Il a remarqué qu'il falloit que le grain de ces pierres ne soit ni trop gros ni trop fin, qu’elles ne continssent ni trop d’argile, ni trop d’oxide de fer. Ila reconnu que les pierres grenues , et notamment les marbres saccaroïdes, qui étoient situés vers des crêtes de montagnes, et fréquemment exposés au passage d’une température très-froide pendant la nuit, à une température souvent trés-élevée pendant le jour, étoient presque tous flexibles, et que les statues qu’on avoit faites avec ces marbres, ou avec des marbres analogues, perdoient facilement et en peu de temps leurs parties saillantes qui s'inclinoient d’abord et finissoient par se détacher tout à-fait, soit par leur propre poids, soit par le moindre effort.

Le même naturaliste a fait remarquer que dans presque tous les chambranles de cheminées , faits de marbres saccaroïdes, les traverses devenoient flexibles par leur exposition fréquente à la chaleur, et acquéroient une courbure très-sen-

sible. Cette dernière observation l’a mis sur la voie des expériences au moyen desquelles il a rendu flexibles un grand nombre de pierres ayant la texture requise.

Ainsi il a pris des plaques d’une dimension convenable de marbre statuaire, d’albâtre même et de grès blanc; il les a exposées à la chaleur d’un bain desable pendant un certain temps, et il a remarqué qu'il ne falloit à certains marbres qu'une température d’environ 200%, soutenue pendant cinq à six heures pour devenir flexibles.

En acquérant cette propriété, ces pierres augmentent sensiblement de dimension, et souvent plus dans un sens que dans l’autre. La flexibilité y devient plus sensible et plus sûre par des changemens fréquens de température, et surtout par l'exercice de flexion qu'on leur fait subir; on diroit qu’on établit entre les parties un écartement homogène assez considérable pour les laisser jouer l’une sur l’autre, mais pas assez grand pour les désunir.

Enfin il est quelques pierres dans lesquelles la flexibilité est beaucoup augmentée par la présence de l'eau : telle est la marne de Tinmouth-Castle ; tels sont les macignos mollasses des environs de Genève et de Lausanne.

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