ART. V. CLASSIFICATION DES MINÉRAUX
Nous venons de passer en revue presque toutes les propriétés générales des minéraux, d’en examiner les modifications, et d’en apprécier l'importance. Nous voici arrivés au moment d'étudier les minéraux en particulier, et pour ainsi dire un à un; mais si nous les prenions ainsi successivement, et comme au hasard, pourrions-nous réellement nous flatter de les connoître bien? La science peut-elle se borner à connoitre isolément les propriétés de chaque corps; n’offret-elle pas un point de vue plus élevé d’où on puisse apercevoir les rapports qui réunissent, en groupes de diversordres , les corps qui sont l’objet de ses recherches, et, sans examiner quel peut être le but ou l'utilité de ces rapprochemens, ne suffit-il pas de voir qu'ils sont tellement inhérens à l'esprit investigateur qui caractérise l'intelligence humaine, qu'il n'y a pas de science, c’est-à-dire d'étude faite avec réflexion, qui n’y conduise? Qu'on présente dix corps ou dix attributs,
ou dix idées, à un homme qui veut exercer, en réfléchissant, sa prérogative d’être raisonnable, il cherchera bientôt quels sont ceux de ces corps ou de ces abstractions qui ont entre eux le plus de points de ressemblance; il les groupera, il les classera.
Ilne faut donc pas demander siles classifications sont utiles, s’il est nécessaire d’en établir dans des classes de corps peu nombreux en espèces ; il ne faut pas inutilement employer son temps à discuter cette question, et à prouver l’aflirmative ; il suffit d'examiner ce que tous les hommes ont fait, savans ou autres, quand ils ont étudié une question complexe ou une série de corps, et on verra qu'ils ont toujours classé; c’est, nous le répétons, aussi inhérent à la raison humaine que la tendance à l'équilibre l’est a l'instinct des animaux.
Mais si toujours on a cherché à classer, on n’a pas toujours réussi à le bien faire. La faute dans laquelle sont tombés les hommes qui croient que les classifications sont inutiles et hors de la nature, c’est d'en avoir établi comme malgré eux, et, par conséquent, sans en avoir médité les principes, sans avoir examiné les différens buts qu’on peut se proposer; ils ont alors adinis les plus mauvaises, parce que, dans ce genre de considération, comme dans bien d’autres, ce ne sont pasles meilleures qui se présentent les premières. Nous allons en savoir bientôt les motifs, et en avoir la preuve.
$. I. Principes de classification. — Détermination de l'espèce.
On se propose, dans toute classification, l’un des deux objets suivans : ou bien de faciliter la recherche du nom d’une substance ou d’un corps que l’on veut connoitre; ou bien d’assigner à un corps naturel la place qui semble lui appartenir dans le système des êtres, d’après les points de ressemblance les plus importans, qu’il présente avec les corps au milieu desquels on le place.
Souvent on veutatteindre en même temps ces deux buts. mais c'est une condition peut-être impossible à remplir, et dont la recherche éloigne presque toujours de l'unique but qu'on doive se proposer.
La première classification qui n’a pour objet que la recherche
du nom d’une espèce, s'appelle méthode artificielle. En effet, on l’a créée entiérement pour cet objet: elle est susceptible de varier à l'infini ; elle doit être fondée sur des caractères extérieurs, tranchés, apparens, et faciles à décrire , d’une manière précise. Dans cette méthode on ne craint pas de rompre les rapports qui paroissent les plus naturels. Cette classification, peu importante pour l'avancement de la science, mérite à peine le nom de méthode, et ne doit être considérée que comme un moyen presque mécanique, d'arriver plus promptement à reconnoître les espèces déja connues.
La seconde sorte de classification, celle qui a pour but d’assigner aux espèces leur véritable place dans l'ensemble des êtres, se nomme méthode naturelle; elle ne se compose pas au gré du naturaliste, elle existe dansla nature, il doit l’y chercher. Le but de cette classification, qui est la seule dont nous nous occuperons, étant de rapprocher d’autant plus les êtres les uns des autres, qu'ils se ressemblent dayantage, la premiere condition à remplir, c’est de déterminer quelles sontles qualités qui établissent entre les minéraux les ressemblances les plus importantes; car ces corps peuvent se ressembler par la couleur, et différer par la forme; ils peuvent se ressembler par la forme, et différer par la composition, et ainsi pour toutes leurs propriétés.
On ne peut développer dans cet article , ni les différences des méthodes artificielles et naturelles trop souvent confondues, ni les principes que l’on doitsuivre pour établir lespremières et pour chercher les secondes. Ce n'est pas le lieu de prouver que les classifications naturelles existent dans la nature, et qu’il faut les y chercher ; on sait que les adversaires de toute méthode, prétendent au contraire que la nature ne reconnoit pas de classification ; mais si la nature ne reconnoit ni les méthodes artificielles, ni les mauvaises méthodes, elle avouelesréunionsquine contredisent paslesvéritables rapports qu’elle a établis entre les êtres; elle reconnoitra toujours le rapprochement que les naturalistes font dans leurs méthodes entre Le chien, le renard et le loup ; entre la chèvre, le mouton et le bœuf, Ces rapprochemens, et tant d’autres semblables que l’on trouve dans les règnes organiques, sont avoués de tout le monde, parce que les ressemblances qui
les exigent sont évidentes. On a fait dernièrement dans la zoologie des rapprochemens aussi naturels; mais les ressemblances qui les réclamoient, tenant à une organisation intérieure qui ne se découvre pas aussi facilement, il a fallu un génie particulier pour les apercevoir et les apprécier. Il existe de même entre les minéraux des points de ressemblance plus importans les uns que les autres; mais ce n’est point à l’extérieur qu’on les trouvera; il faut, pour les reconnoitre, suivre certaines règles qui sont entièrement différentes de celles qui conduisent le zoologiste ou le botaniste. Ainsi les caractères de première ligne, n’établissent entre les minéraux les plus voisins aucune analogie extérieure. On ne voit, par exemple, aucune ressemblance entre la craie et le spath calcaire, entre le corindon et l’alumine, entre le diamant et le charbon, quoique ces minéraux, pris deux à deux, soient de la même espèce , ou du moins d'espèces trés-voisines.
Pour peu qu'ou réfléchisse sur ce qui constitue pour nous l'essence de certains êtres, on verra que le caractère essentiel d’un corps inorganique, du sel marin par exemple, est: tiré de sa compcsition; ce n’est pour ce sel ni sa propriété de se dissoudre dans l’eau, ni celle de cristalliser en cubes qui le constituent ce qu’il est, puisque la plupart de ces propriétés peuvent exister et existent en effet dans dessels qui sont regardés comme différens ; la soude et l'acide muriatique, unis dans certaines proportions, constituent essentiellement le sel marin; tous les corps qui seront composés de ces mêmes principes dans les mêmes proportions, seront considérés comme du sel marin, quelles que soient leurs propriétés extérieures.
La ressemblance dans la composition doit donc être regardée comme la plus importante de toutes celles que montrent les minéraux; ces corpsse ressembleront d'autant plus, qu'il y aura plus d’analogie dans leur composition, et ils seront les mêmes, quand ils seront exactement composés des mêmes substances; cette ressemblance entraine souvent avec elle un grand nombre de propriétés communes. Les autres sont.au contraire comme isolées, et n'en établissent aucune nécessairement: c’est donc un caractère de première valeur, et c’est sur ce principe que doit être fondée une classification naturelle des minéraux, ainsi que leur division en espèces, genres,
ordres et classes. La division en espèces est la plus importante, et celle dont la détermination doit admettre le moins d'arbitraire.
Ce que l’on nomme espèce en zoologie et en botanique , passe pour être assez bien déterminé; on appelle ainsi la réunion des individus qui se ressemblent par le plus grand nombre de rapports, et qui ne diffèrent entre eux que par quelques modifications accidentelles; l'importance de ces modifcations est très-diflicile à apprécier, comme le savent les naturalistes.
Nous pourrons être plus précis en minéralogie, et dire que l'espèce est la réunion des individus composés des mêmes principes, combinés dans les mêmes proportions définies. Ainsi l’eau , le nitre, le sel marin, la’ chaux carbonatée, le plomb phosphaté, le mercure sulfuré, le mercure argental, etc., sont des espèces différentes bien déterminées.
L'espèce a été définie autrefois par Dolomieu, à peu près comme nous venons de le faire, sauf la précision que le temps où il écrivoit ne lui permetloit pas d'y apporter. ne A adopté cette définition, mais comme condition accessoire; il plaçoit la forme en première ligne.
Malgré l'apparence de précision, de clarté et de simplicité de cette définition, elle est susceptible de quelques difficultés qui tiennent au sens que l’on doit attacher aux mots combinaisons et combinaisons en proportions définies, et surtout à la manière dont on peut concevoir la réunion de composés binaires, pour former des corps composés de trois, quatre, cinq, six principes, et quelquefois plus.
Cesdifficultéstiennentencore à l'incertitude desanalyses qui paroïssentaujourd'huiles plusexactesetles pluscomplètes, mais auxquelles on pourra apporter, dans la suite, des changemens qui seront dus à la découverte de principes nouveaux. On ne peut rejeter cette crainte comme vaine, car la réalité en a été prouvée, dans cesdernierstemps, par les découvertes mêmes qui ont fait faire à la science ses plus grands progrès.
Enfin on n'arrive à une des conditions de cette définition, à celle qui est relative à la réunion des mêmes principes dans des proportions définies, que par des calculs, ces calculs ne sont pas arbitraires, mais ils partent d’analyses qui; peuvent pré-
senter quelques différences, quelques inexactitudes ou quelques omissions légères en apparence, mais qui sont cependant susceptibles d'apporter, dans les résultats de ces calculs, des différences très-notables, et qui peuvent conduire à regarder comme espèces distinctes des minéraux qui ne doivent pas éprouver ce haut degré de séparation. Nous convenons de ces imperfections attachées à la définition purement chimique de l'espèce, mais ce n’est pas pour nous un motif suffisant de l’abandonner, car quelle définition pourrions-nous lui préférer, qui, en partant d’un principe aussi important, aussi essentiel que la composition, ne présentàt pas un bien plus grand nombre d'anomalies ? Nous les avons indiquées toutes, et nous en avons même soigneusement établi la valeur en traitant des caractères physiques. Ainsi le caractère qui paroît le plusimportant après la composition, celui qui semble présenter plus de précision qu’elle, la forme cristalline , lors même qu’on n’auroit aucun égard aux faits qui apprennent qu’elle n’est ni spéciale pour chaque espèce, ni unique dans chaque espèce ; la forme,
-je, pour être employée avec la précision dont elle paroit douée plus particulièrement, doit être déterminée par des observations qui sont pour ce principe de classification, ce qu’est l'analyse pour celui de composition. Or, ces observations sont-elles plus aisées à faire qu’une analyse; ne faut-il pas une réunion de circonstances au moins aussi rares à rencontrer ; n’ont-elles pas présenté presque autant derésultats incertains eterronés que les analyses, et l’illustre minéralogiste qui a pris la forme pour une des conditions essentielles de l'espèce, n’a-t-il pas lui-même apporté de grands changemens à ses premiers résultats ?
Nous ne nous refusons pas cependant à admettre la forme comme caractere auxiliaire pour déterminer l'espèce. Elle viendra aveclesautres caractères physiques, tirés de la dureté, de la densité, de l’action sur la lumière, pour confirmer ou contrôler les conséquences qu'on pourra tirer des analyses, relativement à la composition essentielle d’une espèce. Elle devra y concourir long-temps comme caractère de seconde valeur , et jusqu’à l'époque où la chimie aura déterminé, avec une certitude presque absolue, les règles de la composition des corps inorganiques.
$. II. Des différens syslèmes de classification des minéraux.
Ces principes posés, examinons, avant d'aller plus loin, c’est-a-dire d’en faire l'application, non pasgtoutes les classifications proposées, ce seroit un travail aussi long qu'inutile, mäis les différens points, de vue sous lesquels on à envisagé l’ensemble des minéraux, et cherchons à classer les classi tions elles-mêmes d’après les principes qui ont ou qui paroissent avoir dirigé leurs auteurs, lors même qu’ils n’auroient pas énoncé ces principes explicitement ; on sera alors plus en état
d'apprécier les motifs qui nous ont engagés à admettre cela
que nous avons suivie.
Lorsqu'on parcourt les classifications proposées depuis Bromel et Linnée jusqu’à nos jours, on est étonné dela variété des points de vue sous lesquels on peut envisager les corps inorganiques, et de la divergence des opinions à ce sujet, et on est porté à croire que tout est vague et arbitraire dans cesrapprochemens. F
Cependant, en examinant d’une manière générale ces classifications, en écartant toutes celles qui ont été faites sans aucune règle, qui n’ont été admises par aucune école, on voit les principes exacts succéder peu à peu aux considérations arbitraires et superficielles ; on est bientôt conduit à réduire à trois les principes sur lesquels ont été fondées les classifications qui ontle plus de célébrité parmi les minéralogistes, et à distinguer, dans cette science, trois écoles différentes, et qu'on peut même désigner par les noins particuliers :
D'Ecole empirique,
D'Ecole géométrique,
Et d’Ecole chimique.
Ces écoles ne se sont pas suivies dans l’ordre où je viens de les présenter ; elles ont été tantôt dominantes, et tantôt presqu’abandonnées.
La première, la plus ancienne parce qu’elle semble la plus simple et la plus naturelle , est l’école dans laquelle la connoissance et la classification des minéraux sont fondées sur les seuls
caractères extérieurs , sur ceux qui tombent sous nossens,sans -
l'aide d'aucun instrument,
Cette notion des minéraux, qui a été d'usage de tous temps, dès le commencement de la science, et pour ainsi dire sans qu'on le voulût, n’a été érigée en école ou en préceptes régu- Liers, que dans ces derniers temps. Le célèbre minéralogiste qui en a posé les principes” en définissant avec une précision EE tous les caractères extérieurs des minéraux, lui a donné une grande prépondérance, non seulement par ce moyen, mais surtout par l’usage remarquable qu’il a su en faire ,et parl'artaveclequelil a communiqué ses connoissances
ses nombreux élèves.
Nous l’appelons empirique, parce qu’elle n’est fondée sur aucunprincipe fixe susceptible d’être défini exactement, et d’être transmis par ce moyen. C'est dans le talent, ou plutôt dans le tact de celui qui en fait usage, que consistent les divisions ct les rapprochemens plus ou moins heureux qu ’elle établit parmi les minéraux. L'illustre Werner est le fondateur de cette école, non pas pour l'avoir créée, elle existoit, comme
nous l’avonsdit, dès l’origine de la science, mais pour l'avoir ‘rendue aussi précise qu’elle est susceptible de l'être. , | La méthode empirique pure est abandonnée maintenant, car les déterminations d’espècesnesont plus soumises à l'arbitraire dès qu’on a égard aux principes constiluans, aux propriétés physiques, et même à la forme dominante des espéces minérales.
Il seroit trop long de rapporter tout ce que cette méthode a perdu par la mort de son illustre propagateur , et combien peu elle a gagné en puisant , dans les propriétés physiques et chimiques, des caracteres plus profonds, il est vrai, mais peu utiles quand on n’a pas égard à leur valeur respective.
La considération d’un caractère encore extérieur, de celui quiest tiré de la forme des minéraux, mais de leur forme
régulière et constante, par conséquent de ce caractère pris sous les rapports les plus précis et les plus généraux qu'il puisse présenter, a élevé la méthode ou l’école que nous nommons géométrique. Linnæus en a eu l’idée, en a entrevu les principes, maisil les a faussement appliqués ; Bergman, ou plutôt son élève Gahn l’ont également aperçue, mais ils ne l'ont pas suivie. Romé-de-Lisle, au contraire , en a pris un des résultats, mais il n’est point remonté au principe, Ilen est donc de cette
découverte comme de toutes celles qui ont fait prendre aux sciences un autre aspect et une nouvelle direction : on les a entrevues plusieurs fois avant de juger où elles devoient conduire ; mais l’homme de génie qui, en s’attachant à ces aperçus, en les poursuivant avec persévérance, en les étudiant sous tous les rapports, saiten découvrir eten appliquer toutes les conséquences, doit être regardé comme le véritable auteur d’une découverte qui, entre ses habiles mains, a fait changer entièrement de face à la science.
C’est sous ce rapport que M. Haüy est le vrai fondateur de l’école géométrique en minéralogie : il en a posé les véritables bases, il en a déduit toutes les conséquences, illes a appliquées à une distinction des espèces minérales , remarquable par une sûreté et une précision qu’on ne trouve nulle part d’une manière aussi complète que dans la minéralogie.
C’est cette école qui a fait sortir la minéralogie de la série des connoiïssances empiriques pour la placer au rang des sciences : c’est elle qui a remplacé des notions imparfaites, superficielles, et pour ainsi dire isolées, par un corps de doctrine générale, fondée sur la propriété la plus essentielle des corps inorganiques. .
La découverte due à M. Haïüy a présenté les caractères et a éprouvé le sort de toutes celles qui ont ouvert au génie une nouvelle et vaste carrière. Tous les minéralogistes physiciens s’y sont précipités comme pour avoir part à l'honneur de la faire mieux connoïtre. Beaucoup ont pensé qu’en s’écartant de la route tracée par l'inventeur, ils découvriroient non seulement des choses que celui-ci n’avoit pas vues , mais qu'ils en simplifieroient ou changeroïent même la direction. En effet on a pu étudier plus complètement ce nouveau champ d'observations, on a pu y tracer quelques routes plus directes ou plus sûres : tel a été du moins le but des cristallographes dont les travaux de M. Haüy ont excité le zèle et les recherches. Presque tous semblent avoir envisagé les cristaux sous des rapports différens de ceux que M. Haüy y a observés. Les uns, MM. Weiss, Wollaston , Daniell, en considérant toutes ces molécules intégrantes comme sphériques, les ont réunies pour eu [ormer les polyédres fondamentaux de la minéralogie ; les autres ont préféré rapporter les faces des cris-
taux à des axes, plutôt qu'à un noyau; d'autres ont cherché à expliquer Les formes secondaires, en prolongeant les axes, et en faisant mouvoir les facessur ces axes comme des plans ; d’autres enfin, rendant la théorie encore plus mathématique, ont présentée d'une manière indépendante de toute forme matérielle et de tout arrangement hypothétique.
Mais à quel but sont arrivées ces diverses routes, quand d’ailleurs elles ont été tracées par d’habiles géomètres? à celui qui fait la base de la découverte de M. Haüy, à ce principe
uiconsisteàreconnoitre pour chaque espèceunsystème propre de cristallisation , c’est-à-dire à rapporter à une forme simple et fondamentale, par des règles également simples et précises , toutes les modifications de forme d'une même espèce minérale.
C'est généralement à ce résultat important et essentiel que conduisent les recherches, les travaux et les découvertes particulières de MM. de Bournon, Weiss, Brewster, Wollaston, Neuman, Phillips, Beudant, Brochant, Mohs, Breithaupt , et de tous les savans cristallographes de nos jours, qui semblent s'être plus ou moins écartés de la premiére direction donnée par M. Haïüy. Mais on ne peut lui refuser l'honneur de leur avoir ouvert la carrière qu’ils ont parcourue avec tant d'éclat pour arriver, par des voies différentes, au but qu'il avoit atteint le premier.
M. Haüy, en créant la minéralogie géométrique, a muni son édifice de tout ce qui devoit le rendre solide, complet et même élégant ; il a senti que dans quelques cas la forme cristalline qui en est la base pouvoit ne pas suflire ; il l’a appuyée de caractères qui l’égalent presque par leur force et leur fixité : il a donné à ces caracteres, tirés des propriétés physiques les plus importantes, telles que la pesanteur, la réfraction, l'électricité, le magnétisme , une étendue etune précision presque inconnues avant lui; il a créé jusqu'aux instrumens propres à les faire ressortir, et même à les rendre très-sensibles, pour peu qu’ils existent dans les corps où on les cherche; si depuis quelque temps on a proposé des moyens encore plus exacts et des méthodes encore plus précises, n'oublions pas que les hommes de génie auxquels nous Les devons sont partis du point où M. Haüy les avoit amenés : quand on arrive prés
du but sans fatigue, il est facile de devancer celui qui vous y à porté, il est même nécessaire de le faire pour avoir une part de gloire qui vous soit propre.
Nous rapportons à la troisième école, à celle à laquelle nous avons donné le nom d’école chimique, non pas tous les minéralogistes qui ont eu égard'à la composition des miné- Taux , car il en est bien peu qui n’aient senti que les principes constituans d’un corps inorganique étoient ce qui en faisoit l'essence ; mais ceux qui ont attribué à cette considération le plus haut degré d'importance, le pas sur toutes les autres.
Je crois qu’on n’auroit jamais hésité à lui accorder cette prépondérance, si, dans l'application de ce principe , ilne s’étoit présenté deux difficultés considérables : la premiére , c’est de bien connoître la composition des minéraux, et cette condition semble si essentiellement liée à la méthode chimique, qu'on peut être étonné de me la voir réduire au simple rang de difficulté. Mais un des signes du progrés des connoissances est de douter : or, les différences nombreuses et remarquables, que présentent les analyses successives d’un même minéral nous ont appris combien il étoit difficile d’être certain d’avoir acquis la connoissance exacte de tous ses principes composans.
Mais, en admettant qu'aucun de ces principes n’ait échappé à la recherche des habiles chimistes de nes jours, il se présente une autre question et une autre difficulté : quels seront dans ces principes ceux qu'on regardera comme essentiels au minéral ; et parmi ceux-ci, quand on les aura reconnus, quel sera Celui qu'on considérera comme le plus important, et comme devant fixer la place du minéral dans la série des espèces P
Je ne fais qu’aborder ces difficultés : j'y reviendrai en exposant les principes et les divisions de la méthode que je suivrai.
Tant que ces difficultés n’ont pas été discutées, tant qu'on n’a pas pu dire qu’on les avoit surmontées ; Ou du moins considérablement affoiblies , il n’y a pas eu d’école chimique proprement dite; des minéralogistes ont pu avoir plus ou moins d’égard à la composition, fonder même leur classif-
cation sur cette considération ; mais ils ne lui ont jamais donné l'importance , la valeur, la prépondérance enfin qu’on lui a attribuée dans ces derniers temps.
Ainsi Cronstedt le premier, Vallérius ensuite , Karsten, Romé-de-Liste, Wernerlui-même , ont bien eu la prétention de subordonner leur classification à la considération de la composition; mais aucun d’eux n’a établi la distinction des espèces sur ce principe. M. Haüy l’a admise, mais comme secondaire ; Dolomieu l’a placée au premier rang. Nous avons cherché à lui reconnoitre la même valeur; mais nos principes étoient vacillans, nous les fondions sur la composition bien connue , et nous n'avions aucun moyen de reconnoître si les analyses donnoient réellement cette composition, ni de déterminer quelle importance avoit chacun des composans. C’est à M. Berzélius qu’on doit ces moyens, c’est lui qui est le fondateur de la véritable école chimique.
Jusques là les spécifications fondées sur les caractères géométriques avoient été assez bien d'accord avec celles qui résultoient de l'analyse chimique , les dissidences étoient rares ; mais si on doit admettre les conséquences que les chimistes Les plus profonds tirent de leurs analyses, ces dissidences deviennent plus nombreuses; elles n’ont eu lieu d’abord, il est vrai, que pour séparer en plusieurs espèces des minéraux qui ont une forme commune, tels que le grenat, latourmaline , le mica, etc. Elles semblent maintenant aller plus loin en attribuant la même forme , et ce sont des formes très-particulières, à des minéraux dans lesquels on peut remplacer, comme à volonté, un des composans, celui qu'on appelle la base, par un autre.
M. Haüy avoit dit: Tout minéral qui a une forme propre, Bifférente du cube ou de l’octaèdre régulier, est une espèce distincte, et sa composition doit confirmer cette distinction.
Les chimistes disent : Tout minéral composé de principes soit différens, soit unis dans des proportions différentes et définies, est une espèce distincte, quelle que soit sa forme.
Nous sommes disposés à dire comme eux, mais nous y mettons une restriction : il faut que la composition de ce minéral soit parfaitement déterminée, parfaitement constante , admise par tous les chimistes, comme l’est celle du sel marin, de la
94 | chaux carbonatée limpide, du mercure sulfuré cristallisé, du. plomb sulfaté, etc., etc. Il nous faut cette condition pour que la considération de la composition l'emporte sur celle de la forme, lorsque d’ailleurs ces propriétés essentielles des minéraux ne sont pas d'accord pour distinguer une espèce.
Or, jusqu’à présent cette dissidence dans les résultats proclamés par ces deux principes, n’a porté que sur des espèces dans lesquelles la composition chimique ne peut étre regardée comme parfaitement déterminée; l’Ecole chimique n’a done pu encore nous sommer de tenir l'engagement que nous avons pris de lui donner la préférence sur l'Ecole géométrique, quand son langage seroit aussi clair que celui de la seconde est précis. Nous n’aurons donc aucun changement notable à apporter dans les spécifications minéralogiques établies par l'illustre fondateur de la minéralogie scientifique.
Mais si le principe cristallographique le dispute avec assez de succés aux principes chimiques pour la détermination des espèces, il lui cède tout l'avantage lorsqu'il s'agit de grouper les espéces en genres et en ordres : personne ne le lui conteste; on varie seulement sur celui des principes que l’on regarde comme prépondérant, et par conséquent comme propre à établir les divisions fondamentales. Quelques minéralogistes n’en admettent aucun exclusivement; d’autres, en trés- petit nombre, et très-récemment, proposent les acides, d’autres enfin choisissent les bases : c’est ce qu’a fait M. Berzélius; c’est aussi ce qu'ont fait, et depuis long-temps, M. Haüy, et tous les minéralogistes qui ont pris en considération la composition des minéraux, ainsi qu'on le verra plus bas.
$. III. Classification adoptée. — Détermination des genres, etc.
L'espèce, ce premier degré ou point de départ de toute classification, étant définie avec une précision assez remarquable, et qu’on peut regarder comme une prérogative du règne inorganique , il faut essayer de réunir les espèces minérales en groupes, auxquels on donne les noms de genre, d'ordre et de classe, etquoique cesabstractions, d'unordre plus élevé, soientcependantmoinsimportantes que celle qui établit l'espèce, il faut s’efforcer de les fonder sur des propriétés à
peu près du même ordre que celles qu'on a prises pour établir l'espèce , c’est-à-dire surdes analogies chimiques.
Dans l'espèce, l'analogie chimique des minéraux qui la composent doit être complète, quelles quesoient les différences extérieures, et même les différences physiques que présentent ces minéraux. Les principes essentiels sont les mêmes réunis dans les mêmes proportions.
Le premier degré d'association ou de groupement des espèces, le plus important, et presque le seul encore importans après elle, c’est le genre.
On convient maintenant, assez généralement, qu’on doit réunir sous le nom de genre les espèces dans lesquelles un des composans ou principe essentiel est le même. Ce point d’analogie étant admis, ils’agit de savoir lequel des principes composans on choisira de préférence pour principe commun.
Depuis que ie galvanisme et la pile voltaïique ont fait découvrir que tous les corps de la nature pouvoient être partagés en deux classes , dans leur rapport avec le fluide électrique, on a reconnu également que tous les composés étoient susceptibles de se diviser en deux parties, dont l’une se rangeoit dans la classe des élémens négalifs, et jouoit, dans ces composés, le rôle d’acide , et l’autre dans celle des élemens posilifs, et étoit reconnu et désigné sousle nom de base.
Ainsi, le principe que l’on appeloit base dans un composé, qui étoit plutôt senti que défini, qu’on ne pouvoit par conséquent nettement déterminer, peut être caractérisé maintenant d’une manière claire et précise, au moyen des décompositions électro-chimiques. La base dans un composé est, comme on le sait, l'élément positif de ce composé, celui qui paroit au pôle négatif de la pile, et les oxides de cet élément. Presque toutes les substances désignées anciennement comme bases, mais, comme nous venons de le dire, plutôt empiriquement quescientifiquement , se trouvent être en effet de véritables bases dans l’acception rigoureuse de ce mot, tels sont la chaux, les alkalis, ia plupart des métaux, etc. L'autre élément, ou l'élément négatif, celui qui paroit au pôle positif de la pile, est alors désigné, et d’une manière aussi précise, par le nom d'acide, ou du moins comme corps qui joue dans le composé le rôle d’un acide.
Ces élémens étant assez nettement définis par ce moyen qui abien aussi quelques anomalies, qui présente bien aussi quelques circonstances embarrassantes, il ne s’agit plus que de savoir lequel de ces deux élémenson prendra pour principe commun deréunion desespècesen genres : on doit choisir celui qui,outre cetté analogie fondamentale, laisse subsister entre les espèces qui composent les genres, les ressemblances les plus nombreuses ou les plus importantes.
Il y a des motifs puissans pour l’un et pour l’autre principe. L'élément négatif ou l'acide, établit entre les espèces groupées d’après lui des analogies chimiques assez nombreuses. Ainsi tous les carbonatesse décomposent avec effervescence, méme à froid; les sulfates sont décomposables par le.charbon; tous les phosphates, par la double action du charbon et de l'acide sulfurique; tous les fluates donnent, par l'acide sulfurique, un gaz corrodant le verre, et les muriates, un gaz acide d’une odeur particulière. Tous les sulfures, les arseniures et les arseniates, etc., peuvent manifester des propriétés comraunes essentielles, et assez faciles à développer; deux circonstances qu'il est assez rare de trouver réunies. Une autre particularité du plus grand poids pour les minéralogistes, c'est l’analogie de forme qu’on peut remarquer entre les composés qui ont le même acide, analogie qui vient d’être développée avec autant d’exactitude que de profondeur dans ces derniers temps, par M. Mitscherlich , analogie qui feroit marcher presque de front les genres établis sur les acides, et les genres établis par les
formes.
Aïnsi, en reprenant les mêmes exemples que nous venons
de citer, les carbonates de chaux, de baryte, de strontiane, de magnésie, de fer, de plomb, dérivent de deux formes, ou d’un rhomboïde, différent dans chaque espèce ou d'un octaèdre rectangulaire; les sulfates de chaux, de baryte, de strontiane, de magnésie, decuivre, de fer, dérivent d’un prisme obliquangle droit ou oblique.
Une recherche plus profonde, dans laquelle nous ne pourrions entrer sans sortir entièrement de notre sujet, fera probablement ressortir beaucoup d’autres analogies. Nous savons que M. Beudant a établi une classification sur ce principe, et
nous devons attendre la publication de ce travail pour en apprécier complètement la valeur.
Néanmoins nous devons indiquer les anomalies, et les difficultés au moins apparentes que son application a présentées, et qui nous ont empêchés jusqu'a présent de l’adopter. Si, d'une part, on parvient arapprocher, par la considération des acides, un certain nombre de minéraux qui ont des propriétés, et même des propriétés importantes communes, on en rapproche aussi un nombre non moins grand qui n’ont, ou du moins, qui ne présentent encore entre eux aucune analogie remarquable. Dans l'énumération que nous venons de donner comme exemple, nous avons déjà rassemblé presque tous les corps qui offrent des rapports remarquables; parmi ceux qui restent, et ils sont en bien plus grand nombreque ceux quenousavons cités, ontrouve peu de groupes composés de plus de deux ou trois espèces.
Ainsi, on trouvedes formes, non seulementsemblables, mais absolument identiques dans des minéraux de nature complétement différente. Tels sont le cube, qui appartient également à deux ou troissulfures, au sel marin, au borate de magnésie, à l’arséuiate de fer, etc.; l’octaèdre régulier que présentent le diamant , le fluate de chaux, le spinelle, la plupart des métaux, les oxidules de cuivre et de fer , etc.
Le rhomboïde est commun,ilest vrai, à presque tousles carbonates, mais on le trouve aussi dans le quarzoulesilicium oxidé, la tourmaline, la chabasie, le corindon ou l’aluminium oxidé, le fer oxidé, etc. D’une autre part, iln'y a aucune analogie, ni de forme , ni de propriété entre les silicates, les sulfures, les muriates, etc.; il n’y en a aucune entre les oxides métalliques, quoiqu'il y en aitunesi grande entre les métaux. Ces exemples suffisent pour faire voir que malgré les rapprochemens séduisans qu'offre au premier aspect la classification par les acides, elle est susceptible de nombreuses anomalies, tantôt en séparant des corps qui se ressemblent chimiquement et physiquement, telles que les combinaisons à base de cuivre, de baryte, de plomb, tantôt en réunissant des corps qui n’ont aucun rapport ni de forme, nide dureté, ni de pesanteur, ni de couleur, ni de transparence, tels que les sulfures, les oxides, les silicates , les borates, etc.
Nousne dissimulerons pas que la seconde méthode de classe-
ment, celle qui prend pour principe commun la base ou l'élément positif, ne soit aussi sujette à de grandes divergences, etne force à des réunions presque artificielles, c'est-à-dire dans lesquelles il n’y a quelquefois de commun qu’une petite quantité d'unesubstance qui paroît plutôtaccessoire à lacombinaison que fondamentale, tandis que touteslespropriétéstantphysiquesque chimiques et cristallographiques sont différentes, Mais comme ces anomalies ne paroïssent ni plus nombreuses, ni d'une plus grande valeur que dans la classification par les acides, il nous a semblé que les motifs en faveur de cette dernière classification, n'étant pas encore assez puissans pour nous faire abandonner le principe le plus suivi, le principe d’après lequel la nomenclature minéralogique est en partie établie, le principe enfin qui permet de laisser dans le même genre les minéraïs du même métal, par conséquent de ne pas rompre un des rapports les plus apparens, souvent des mieux fondés et des plus naturels du règne minéral; il nous a semblé, dis-je, que nous devions donner ou plutôt conserver la préférence à ce principe de classification déjà proposé et mis en pratique par M. Berzélius. L'autorité des deux savans de ce siècle qui sous deux points de vue différens, la chimie et la cristallographie, et par conséquent dans des directions aussi trés-différentes, ont fait faire à la minéralogie scientifique des progrès immenses, nous à paru ajouter un grand poids aux motifs de cette préférence, et quoiqu'une pareille raison ne puisse pas être mise en avant, si on avoit des objections très-puissantes et tirées de la nature des choses à lui opposer, nous ne pouvons cependant nous défendre d'appuyer notre choix de l'autorité de MM. Berzélius et Haïüy qui ont admis les bases comme principe de classification.
Nous pourrions même dire que ce système de classification estun des premiers systèmes réellement scientifiques, qui ait été proposé, et que celui qu’on admet actuellement ne fait pour ainsi dire que le perfectionner, en l'établissant sur des règles plus précises et plus générales que celles qu'on avoit voulu suivre autrefois. Les minéralogistes qui ont fait faire de véritables progrès à la science, qui l’ont envisagée d'une autre manière que les collecteurs et que les artisans, ont tous proposé un système chimique fondé sur les bases, plusou moins
parfait. Il suffit de jeter les yeux sur les méthodes minéralogiques de Cronstedt, de Wallérius , de Romé-de-Lisle , de Bergman, de Deborn, de Karsten, de Werner lui-même, pour s’en convaincre, et pour voir qu’ils ont voulu classer les minéraux chimiquement, qu’ils ont voulu prendre les bases pour principes de leur classification, que quand ces bases étoient faciles à déterminer, évidentes pour ainsi dire comme dans les métaux, ils s’en sont peu écartés, et que les grandes divergences ont eu lieu dans la classe des pierres, où les bases sont difficiles à déterminer, même encore actuellement.
D'aprés la définition que nous avons donnée avec M. Berzélius, de ce que l’on doit entendre par base dans un composé, définition que nousavouons être quelquefois artificielle, c’est-a-dire plutôt fondée sur une sorte de convention quesur la véritable identité de nature des corps qui portent ce nom, il est des élémens qui jouent tantôt le rôle de base, tantôt celui d’acide,suivant qu’ilssont combinés avec des élémens plus ou moinsélectro-positifs qu’eux ; ainsi l’alumine combinée avec la silice est base, combinée avec la magnésie ou avec la chaux, elle joue le rôle d'acide. Ces cas sont assez rares; ceux dans lesquels deux et même trois bases sont combinées avec un seul acide, paroissent plus communs, et obligent à une spécification tout-à-fait artificielle, c’est-a-dire à placer à côté les uns des autres des minéraux composés de trois ou quatre principes qui n’ont entre eux de commun que de renfermer une petite quantité d’un principe dont la puissance , comme base où électro-positive, est supérieure à celle des autres composans; ainsi le felspath et la mésotype ne sont séparés du genre Alumineux, et placés dans les genres Potasse et Soude, que parce que l’un contient environ 15 pour 100 de potasse, et autre environ 15 pour1oodesoude;l’apophyllite etle felspath n’ont de commun entre eux que la petite quantité de potasse (14 à 15 pour 100), que chacun d'eux renferme. Sans ce point de ressemblance , l’un seroit placé parmi les minéraux à base de chaux, et l’autre parmi les minéraux à base d’alumine. C’est probablement dans cette partie du système qu'il y aura des perfectionnemens notables à apporter. Jusqu'à présent on place le corps qui est ainsi composé dans le genre auquel ïl
semble appartenir par celle de ses bases, qui est le plus électro-positive.
“Nous ne croyons pas nécessaire de développer davantage, ni d'appuyer d'exemples plus nombreux ces premiers principes de la formation des genres dans la méthode que nous avons adoptée. On trouvera ces développemens dans l'ouvrage que M. Berzélius a publié en françois lors de son séjour à Paris en 1819,sous le titre de Nouveau Système de Minéralogie, et le tableau des espèces et des genres que nous allons présenter, fournira tous les exemples nécessaires à l'application de ces principes.
Les genres étant établis sur ces bases, il faut, pour les grouper en ordres et en classes, classer ces bases, afin de rapprocher les genres dont les bases ont des propriétés communes. IL nous a semblé qu’on ne pouvoit hésiter qu'entre deux méthodes de classification des bases proposées, l’une par M. Ampére, et l’autre par M. Berzélius.
La méthode de classification de M, Ampère est fondée sur les analogies chimiques que ce physicien regarde comme les plus importantes (1). Elle établit entreles corps qui en sont l’objet, des rapports souvent trés-naturels , mais dont l’importanceest sujettea discussion. Cetteméthode n’est pasencore assez généralement admise, parce qu’il règne dans ce mode de classification beaucoup d'incertitude, par conséquent un peu d’arbitraire, et par conséquent aussi de nombreux motifs pour être modifié par chacun des chimistes qui voudra en faire usage , et à plus forteraison par les minéralogistes qui voudronts’enservir. Les divisions sont généralement fondées sur la réunion de plusieurs propriétés, ce qui est un des signes de la méthode naturelle , et non pas sur un seul caractère, prérogative des méthodes artificielles.
Les ordres réunissent des genres ou bases qui montrent en effet entre elles des propriétés nombreuses très-remar-
eu) Voyez le tableau présentant les caractères des classes et des ordres des corps simples, d’après la méthodé &e M. Ampère, au mot Corrs, tom. X,p. 332, et le développement des principes qui l'ont dirigé, Ann. de Chin. et de Physique, tom. I, pag. 1 et 373;tet tom. II, pag. 295 et 105.
quables, et souvent importantes ; mais les expressions qui caractérisent ces réunions , et surtout celle des ordres en
classes, ne nous paroïssent pas toujours présenter des propriétés réellement fondamentales, c’est-à-dire de ces pro-
priétés qui semblent inséparables de l'essence du corps auquelelles s'appliquent, sanslesquelles on ne pourroit admettre
son existence, ou plutôt son individualité : tel est pour les gazolites le caractère tiré de la permanence des gaz qu'ils forment entre eux, pour les autres classes le degré plus ou moins grand de fusibilité, qui n’est réellement qu’une pro-. priété relative ; telle est dans la série des ordres la séparation des argyrides et des chrysides , etc., par des corps qui nous semblent avoir avec eux des analogies bien moinsimportantes que celles qui devoient faire rapprocher ces deux ordres,'et si la considération de faire des gaz permanens avec le comtévt de l'air, a sufli pour faire réunir dans une même classe les corps qui les possèdent : comment celle de présenter un éclat
métallique, une solidité, une densité, et surtout une-inaltérabilité par l'air, par l’eau , par beaucoup d'acides, etc. , que
possèdent également les argyrides et les chrysides, n’a-t-elle pu avoir assez de poids pour faire rapprocher ces corps, et pour empêcher de les tenir éloignés par les ordres des téphra-
lides, des calcides, etc., dont les.métaux, appréciés. comme
altérables par tous Les corps oxygénés, etc., offrent des pro-
priétés essentielles si différentes de celles des. argyrides,
auprès desquels ils sont placés? Cela ne tient-il pas à la définition artificielle , et par conséquent peu fondamentale des
leucolyteset des chroïcolytes ?
C’est pour motiver et presque excuser la préférence que nous donnons à une classification déduite de principes qui paroissent beaucoup plus artificiels, que nous nous sommes permis les observations précédentes, Nous l’avons fait avec d'autant plus de confiance que les principes sur lesquels nous avons fondé ces observations, sont parfaitement d'accord avec ceux que M. Orsted a mis en avant pour établir la classitication chimique des corps simples ét composés, qu'il a proposés il y a une vingtaine d'années.
M. Berzélius a suivi dans la classification des bases le même principe que dans celle des espèces. Il les a rangées d'apres
léurs propriétésélectro-chimiques:iln’y a pas d'arbitraire dans cette classification ; maiselleest fondée sur un principeunique, et par cela même elle peut forcer à rompre des rapports naturels. Cependant ce cas s’est présenté plus rarement qu'on n'auroit pu s’y attendre, ce qui prouve que ce principe unique est d’une grande importance ; nous avons cru pouvoir en rendre l'application encore plus naturelle en apportant , tant dans la définition des caractères que dans le placement des genres, quelques modifications.
. Ainsi, cédant pour ainsi dire à une habitude qui n’a pasété prise sur de vaines apparences, nous n'avons pas voulu couper en deux la série des anciennes suhstances terreuses par l’introduction de la classe des anciens métaux au milieu d’elles, et, empruntant aux illustres savans que nous venons de nommer, ce qui nous a paru dans leur méthode de plus convenable à notre manière de voir,nous avons pris pour caractères des classes les analogies chimiques à la manière de M. Ampère, et pour caractères des ordres dans la troisième classe les propriétés électro-chimiques , comme l’a fait M. Berzélius. Quant aux ordres des deux premières classes, nous n’y attachons aucune importance , et nous devons même dire que ceux de la seconde classe paroïssent fondés sur des propriétés relatives qui pourroient bien être artificielles.
La définition que nous avons donnée des classes, telles que nous les proposons, fait assez bien ressortir l’analogie des corps qui y sont renfermés, les différences des classes qu'ils composent, elle indiquesuffisammentlesmotifsdeschangemens que nous nous sommes permis, et des rapprochemens qui en sont résultés.
Le tableau des principales espèces qui suivra ce premier chapitre, présentera l'application de ces principes en même temps qu’il exposera les propriétés que nous considérons comme caractérisant essentiellement chaque espèce et l’ordre dans lequel nous avons cru devoir ranger ces espèces. Il fera connoître aussi le système de nomenclature linnéenne , c’est-àdire de noms univoques que nous avons cru devoir choisir pour désigner d’une manière fixe chaque espèce, et les noms significatifs dont nous les faisons suivre plutôt comme phrases caractéristiques que comme véritables noms.
Ce tableau présente dans l'ordre scientifique qui nous a semblé le plus convenable, les espèces disséminées par l'ordre alphabétique, et donne les moyens de les rapprocher, d'en étudier, si on le désire, les propriétés et l’histoire méthodiquement, et de rappeler celles qui ont été omises , soit par oubli, soit parce qu’elles n’étoient encore ni connues ni établies au moment où l’ordre alphabétique les appeloit.
$. 3. De la Nomenclature.
J'ai peu de chose à ajouter à ce que j'ai dit en 1808 sur les principes à suivre dans la nomenclature des corps qui composent le règne minéral. Les principes que j'ai posés alors, loin d'avoir été infirmés par l'expérience ou l'usage, ont au contraire été renforcés par le temps, et les inconvéniens d'une nomenclature significative, c’est-à-dire de noms qui aient la prétention d'exprimer la nature des corps, sont devenus tellement sensibles depuis que cette nature est mieux connue , que beaucoup de minéralogistes se sont décidés à y renoncer.
Ces noms, comme je le pressentois dés-lors, sont devenus des définitions, ce ne sont plus des noms, mais des phrases caractéristiques à la manière de celies dont se servoient les anciens naturalistes, et notamment les botanistes , pour désigner les différentes espèces des genres. Cette méthode a été remplacée avec un avantage et un succès non contestés par la nomenclature binôme de Linnæus: vouloir donner aux minéraux des noms significatifs , ce seroit vouloir abandonner cette simple et commode nomenclature, pour revenir aux phrases des anciens naturalistes.
Les phrases en minéralogie ont cependant un avantage, c'est celui d'exprimer briévement et clairement ce que l’on regarde comme la composition essentielle de l'espèce; mais, pour qu'elles aient réellement cet avantage, il faut, en abandonnant la prétention de les employer comme des noms, pouvoir leur donner comme phrase caractéristique toute l'étendue nécessaire; or en adoptantles principes que je vaisexposer, on aura alors atteint ce que je regarde comme la perfection dans l'art de désigner les corps, c'est-a-dire de Jes faire con-
noître sans équivoques et d’une manière commode pour la mémoire et le discours.
1.” Les genres en minéralogie, et en général dans le classement des corps dans lesquels la considération de la composition l'emporte de beaucoup sur les autres, sont presque toujours artificiels et arbitraires. Ils ont peu d'importance , et par conséquent ce n’est point à ces abstractions de peu d’usage qu'il faut appliquer le nom essentiel et univoque; c’est l'espèce qui est en minéralogie l’abstraction dominante et usuelle; c’est donc à elle qu’il faut appliquer le nom univoque et d'usage ; celui qui, associé à des épithètes, doit désigner les diverses modifications de cette abstraction.
Mais c’est précisément parce qu’il est susceptible d’étrejoint avec les expressions de ces modifications extrémement variées et de valeur très-différente, qu'il doit être le plus simple possible , c’est-à-dire univoque.
Sion adontecette première règle, etla pratique fait promptementconnoitre qu’il n’estguère possible de ne point l'admettre-: on verra bientôt également, en jetant les yeux sur une série d’espéces minérales, qu’il n’est pas possible de trouver desnoms univoques qui expriment clairement , convenablement | exactement Et complètement en quoi une espèce différe d'une autre.
Sera-ce uniquement par la forme? mais quel nom désignera avec les qualités précédentes toutes les sortes de rhomboïdes de prismes, d’octaèdres, etc., qui se présentent dans la série des espèces?
Sera-ce uniquement par la composition ? Je demanderai également quel nom pourra exprimer convenablement, exactement et complètement les différences quantitatives ou de saturation qui distinguent tous ces minérais composés de chaux, d’alumine, de silice et de fer.
En supposant qu'on trouve des noms univoques capables d'exprimer, avec les conditions requises, de semblables qualités, les minéralogistes, suivant l'importance qu'ilsaitribueront à ces qualités et à leurs variations, admettront ou rejetteront ces noms; et si, pour les rendre agréables à tous les minéralogistes, on veut leur faire exprimer la réunion de ces qualités fondamentales, il estimpossible qu’on ne les transforme pas en phrases, et en phrases souvent très-longues.
Nous convenons qu'il est quelques corps dont la composition essentielle est cependant assez simple pour être exprimée par deux mots; mais ces corps sont rares, et vouloir adopter pour ceux-ci un principe de nomenclature, différent de celui qu’on suit pour lesautres, c'estjeter danscette partie de lascienceune bigarrure désagréable, et introduire un exemple dangereux.
2° Il nous paroît donc convenable de donner a toutes les espèces des noms univoques, insignifians; or Comme ellesenont déjà presque toutes , il suffit de les leur laisser; etcomme elles en'ont souvent plus d’un, on n’a rien autre chose à faire que de choisir celui qui a le plus titre à cette préférence. Or le premier de tous lestitres, celui qui l’emportera toujours sur les autres, c’est d’être le plus généralement admis. À son défaut on doit choisir le nom qui est le plus sonore, le moins susceptible d'être critiqué, et par conséquent d’être changé. Or, plus il sera insignifiant, plus il sera à l'abri de cet accident. On n'a qu’à jeter un coup d'œil sur la liste des espèces, on verra que celles qui ont éprouvé le moins de variations dans leur nomenclature, sont aussi celles dont les noms n’expriment rien, tels que quarz, topaze, talc, prehnite, borax, tourmaline, nitre, mica, etc., tandis que disputant sur la signification des mots cyanite , sommite, iolithe, rubis , thallite, zéolithe, on les a successivement remplacés par ceux de sappare, nepheline, dicroïte, spinelle, stralite ou arendalite , mésotype, qu'on à critiqués à leur tour, et qu'on a voulu remplacer par les mots ou autrement significatifs ou insignifians de disthène, de cordierite , d'épidote, etc.
Ainsi je donnerai aux espèces des noms univoques, et je
choisirai toujours les plus généralement admis. J’en ferai trèspeu; je n’en ferois même aucun si tousles minéraux portoient des noms qui pussent entrer dans le système général de nomenclature que je viens de présenter, et que j'ai cru devoir adopter, car je crois nuisible à lascience de changer les noms, à plus forte raison de les changer sans motifs puissans et sans aucune autorité pour le faire; c’est une réserve rare dans ce moment. On croit avoir fait quelque chose quand on a donné un nom à une substance, et cette profusion de noms, appliquée à la même substance , est un abus nuisible à la science, en ce qu’elle en rend l'étude aussi pénible que fastidieuse.
” Plusieurs causes ont introduit dans la minéralogie ce fléau de la mémoire, etont jeté des entraves à l'avancement de cette science.
Tantôt, et c’est un des cas les plus er les noms sont donnés par ignorance. Un voyageur pressé de décrire ce qu’il a trouvé, un possesseur de collections qui veut se hâter de faire connoître ce qu’il ne connoît pas, trouvent des minéraux d’un aspect nouveau pour eux; ils en décrivent, avec des détails minutieux, les couleurs, la texture, la dureté, même quelquefois la forme apparente, toutes choses pour lesquelles il ne faut avoir que des yeux, et posséder la terminologie de la science, et sans savoir ni quelle estla composition essentielle de ce minéral, ni quelle est la forme primitive qui lui appartient : ils en font une espèce , et lui imposent un nom, et c’est ordinairement celui du lieu où on l’atrouvé, ou bien, ce qui est bien pire, celui d’un minéralogiste célèbre pourlequelil falloit réserver une véritable espèce; car souvent ces minéraux, si rapidement et si légèrement décrits, ne sont que des variétés d’une espèce connue. Le nombre des mots qui ont été introduits dans la science de cette manière est prodigieux, Nous pouvons citer comme exemples des espèces nominales que nous devons à cette cause, la rhétizite qui est un disthène , la moroxite qui estun phosphorite, les tarandite, gurofian, carinthin, mussite, zoysite, crocalite, égeran, fassaïte, botryolite, lherzolite, koupholite, pargasite, etc. qui ne sont que des variétés méconnues de minéraux connus. Il est des cas où l'ignorance est beaucoup plus excusable, c’est lorsque le minéral se présente avec des caractères trèsdistincts, mais alors le nom n’est pas tout-à-faitsurabondant, et il reste comme nom de variété principale.
Tantôt la nomenclature est changée dans le but de rendre les noms plus exacts, plus parfaits.
Si c’est aux naturalistes peu exercés ou à ceux qui attachent peu d'importance à la subordination des caractères, et à la détermination précise des espèces que l’on doit l’abondante émission desespèces nominales que nous venons designaler, c'est au contraire souvent aux maitres de la science, à ceux qui veulent la perfectionner dans toutesses parties, que l’on doit les noms nouveaux introduits comme étant meilleurs que les anciens:
tantôt ils tirent leur origine de ce qu'on n’a pas trouvé queles premiers noms eussent une signification exacte. Tels sont les changemens de sappare en disthène , de grenatite en staurotide, de smaragdite en diallage, de leucite en amphigène, de thallite en épidote, etc. Tantôt ils résultent de l’uniformité qu'on a voulu introduire dans la nomenclature, soit sous le rapport de la langue à y employer, soit sous celui de la composition générale des noms. Telles sont les causes des changemens de fettstein en éléolithe, de pechstein en retinite, etc. Nous nous rendrons coupables de quelques innovations de ce genre, si toutefois celles-ci doivent aussi être regardées comme une faute, Car, pour diminuer autant qu'il est possible le nombre des noms significatifs, nous donnerons les noms univoques de brucite , de giobertite, de boracite, de karsteniteaux magnésies hydratée, carbonatée et boratée, à la chaux sulfatée sans eau, etc. , et encore ces deux derniers ne viennent-ils pas de nous, mais de savans d’une plus grande autorité.
Les motifs que nous venons d'exposer sont les causes principales de la multiplication des noms; on pourroit en ajouter quelques autres bien moins excusables, car, dans certains cas, ces changemens sont dus à la seule volonté des maîtres de la science, qui usent un peu trop arbitrairement de la prépondérance qu'ils doivent à leurs utiles travaux. Quelquefois aussi des minéralogistes qui n’ont encore acquis aucune autorité par des travaux remarquables, veulent agir comme les. maîtres, et se permettent de changer les noms : ils étayent ordinairement ce changement du nom de quelquessavans, auxquels ils dédient une espèce qu'un autre a découverte, qu’un autre a décrite géométriquement, qu’un autre a analysée, etc., enfin qu’il a réellement fait connoître, et que lui seul avoit le droit de nommer. Comme notre intention est seulement de blämer le principe, nous nous abstenons ici de donner des exemples.
En excluant les désignations significatives comme noms, nous sommes loin de les exclure tout-a-fait des tableaux et du système de minéralogie. Nouscroyons au contraire les douer de plus d’exactitude et de plus d’utilité en les employant comme phrase caractéristique , car nous pouvons alors leur donner tout le développement que cette exactitude exige ; les modifier
et les changer sans inconvénient, suivant les progrès que la science fera, et les changemens que ces progrès apporteront à la connoïssance des espèces. Le nom, au contraire, restera fixe, il désignera toujours et sans équivoque par son inämovibilité, le corps dont on a voulu parler, et, comme il n'exprime rien, il n’exprimera jamais d’erreur, ce qui arrive à presque tous les noms significatifs au bout d’un certain temps.
- J'ai souvent préféré des noms substantifs aux noms adjectifs pour nommer les variétés, etImême les variétés de couleur. J'y trouve l'avantage de consacrer des noms friviaur généralement adoptés ; de permettre d'employer ces noms dans le courant du discours, sans être obligé de joindre perpétuellement deux mots; de ne point spécifier d’une manière très-précise, comme le feroient des noms adjectifs, la composition, la dureté, la texture ou les couleurs qui peuvent varier même dans une variété, sans cependant que cette variété change de valeur ou de rang.
Je dirai donc quarz améthyste au lieu de quarz violet; quarz sinople au lieu de quarz rouge, car il y a du quarz rouge qui n’est pas du sinople.
Je dirai cuivre malachite au lieu de cuivre carbonaté vert; cuivre azuré , au lieu de cuivre carbonaté bleu , etc.
La plupart des noms d’espèces, dont je me servirai, sont empruntés d'Haüy, auquel la minéralogie est redevable de la détermination précise des espèces qu’on peut établir dans cette science. Les noms des sous-espèces, des variétés, des sousvariétés, sont ceux que Werner ou ses élèves ont donnés souvent comme noms-d’espèce. Je trouve dans cette marche l’avantage d'employer et de faire concorder les deux nomenclatures le plus généralement adoptées, de multiplier les noms simples, et de rendre par ce moyen les descriptions géologiques plus courtes, plus faciles et plus claires.
On verra l'application de ces principes dans le tableau des espèces minérales que nous allons donner (Voyez le tableau dont le commencement est à la page ci-contre) à la suite de cet article, et qui complète tout ce qui est relatif à la première considération, à celle qui constitue la minéralogiescientifique.
TABLEAU MÉTHODIQUE ET CARACTÉRISTIQUE | 40 DES PRINCIPALES ESPÈCES MINÉRALES.
La 1 sb
Les corps inorganiques qui entrent dans la composition de la cr oûte extérieure de la terre peuvent ètre d'abord séparés en DEUX SÉRIES.
La PREMIÈRE SÉRIE renferme tous les corps inorganiques naturels homogènes ou d’apparence homogène. Ce sont les mwéraux simpres et les ROGuES HOMOGÈNES.
La-DEUXIÈME SÉRIE renferme les masses minérales résultant de l'association en proportions à peu près déterminables des minéraux simples. Ce sont les rocues
ÉonPOSKES OU HÆÉTÉROGÈNES.