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Par frottement violent, choc ou fracture

L’odeur est moins manifeste, et le caractère peut avoir, suivant les cas, une valeur trés-différente.

Il est encore de première valeur lorsqu'il sert à développer, dans les corps, l'odeur qui leur est propre, ou qui est celle d’un de leurs composans, alors ce moyen et ses résultats rentrent tout-à-fait dans le cas de l'odeur dégagée par la chaleur : telle est l’action du choc sur l’arsenic et sur les combinaisons de ce métal avec d’autres, sur les sulfures, etc.

Mais l’odeur n’est plus que l'indice d'un corps étranger interposé, lorsqu’elle n’aaucuneanalogieavec cellequi pourroit être propre aux Corps choqués ou frottés; telles sont les odeurs d'hydrogène sulfuré , de bitume, répandues dans cescirconstances par des quarz, des barytes sulfatées, des calcaires, etc.

5.” La troisième sorte ou classe d'odeur inanifestée par quelques minéraux, n’est qu’une propriété fugace, dont la cause , la nature et l'importance sont encore indéterminées : c’est celle qu’on appelle odeur argileuse, et qui se dégage par le contact de l'humidité, soit de l’haleine, soit de toute autre source, de certaines matières sèches, poreuses et d'apparence argileuse, mais qui se dégage aussi des minéraux qui n’ont rien de ce qu’on appelle argileux; tels sont certains minérais de fer oxidé terreux, la pinite , etc.

Elle n’est pas due à l'argile, car l'alumine pure, le kaolin, ete. ne la manifestent pas, et plusieurs minéraux non argileux la dégagent. Il paroîtroit que le fer oxidé terreux à quelque in-

fluence sur la production de cette odeur, puisque la plupart des minéraux qui la répandent renferment du fer à cet état. Enfin cette odeur se manifeste d'une manière trés-frappante, lors des premières gouttes de pluie qui tombent après quelques jours de sécheresse.

On doit reconnoitre, d’après ce que nous venons d’exposer , quelles sont dans les minéraux les odeurs qui peuvent être considérées comme caractères distinctifs, et quelles sont celles qui ne sont que de simples propriétés de circonstance.

$. 2. Action du calorique.

L'action du calorique sur les minéraux offre trois considérations très-différentes, et des caractères d’une valeur aussi très-différente , suivant que ce corps agit sur les masses ou aggrégats d'individus, ou sur les individus minéralogiques eux-mêmes.

Dans le premier cas, le calorique se borne à désunir lesindividus minéralogiques, à les écarter plus ou moins sans les altérer. Le calorique n’agit doncici que sur les aggrégations, sur les masses, et pointsur les individus ou moléculesintégrantes. C’est le cas de ce qu'on appelle la fusion et volatilisation simples dans lesquelles le corps , après avoir été fondu ou volatilisé, reste toujours le même. Mais comme cette désunion s'opère à des degrés de température différens, suivant la nature des individus minéralogiques , elle pourroit déja servir à distinguer les espèces , sans néanmoinsles faire connoître, sion avoit des moyens exacts d'évaluer le moment précis de la fusion, et la température à laquelle elle a lieu ; non seulement on ne possède pas ces moyens, mais on voit qu'ils seroient peu eflicaces, difliciles à employer et beaucoup moins satisfaisans que ceux qui résultent de la seconde considération, et surtout du troisième genre d’action chimique. Cette fusion ou volatilisation simple des minéraux, quoique liée à l'essence de ces corps, comine tous les caractères chimiques , ne peut donner que des caractères pour ainsi dire grossiers, et peu propres à la véritable distinction des espèces. C’est cependant un des premiers caractères chimiques qu’on ait mis en usage pour former des ordresct des classes en divisant les minéraux en fusibles et infusibles, en fixes et volatils. Ainsi, à l’aide de

ce caractère , on arrivera à distinguer le bismuth si fusible; des métaux qui lui ressemblent, le quarz et lesilex infusibles du verre et du pétrosilex plus ou moins aisément fusibles, l'oxide rouge et fixe de plomb, de l’oxide rouge ou du sulfure rouge et volatil de mercure. Mais, à l'exception de ces cas où le caractère est amené à prononcer d'une manière absolue entre deux seuls termes, il est tout-a-fait insuflisant dans l’état actuel de la science, et nous ne nous y arréterons pas davantage.

Le second cas est celui où le calorique agit sur l'individu minéralogique, l’altère, le détruit, et séparant , en partie au moins, ses principes constituans, donne les moyens de les reconnoître , à l’aide des caractères qui leur sont propres, et qu'il leur fait manifester. Ainsi, dans les sulfures de fer, de plomb, etc., le calorique, dégageant le soufre , en fait reconnoiître la présence; dans les combinaisons arsenicales, ilagit de la même manière sur l’arseuic, Les résultats sont clairs et précis; mais les cas où ils se présentent ainsi sont trés-bornés, parce qu'il faut qu'il y ait un des composans qui soit volatil et facilement reconnoissable par le caractère de l'odeur.

Dans le troisième cas, le calorique détruit les individus minéralogiques; mais comme tous leurs principes sont fixes , ils restent en présence , et souvent alors ils se combinent d’une autre manière pour former d’autres individus et une autre espèce. C’est un cas très-commun dans les minéraux pierreux ; or comme ces nouveaux minéraux sont encore plus difficiles à reconnoitre que ceux qui les ont produits par leur destruction, cette action du calorique est plus embarrassante qu’utile pour la détermination des espèces, et nous n’en ferons mention que pour engager à l’éviter, ou à en faire peu d'usage. Ainsi il n’y a pas de doute que des grenats , des staurotides, des diallages, des mésotypes, des lazulites, des minérais de fer oxidé, de cuivre pyriteux, d'argent rouge, ne soient différens après avoir été fondus de ce qu'ils étoient avant cette opération, et que les résultats ne puissent rien, ou presque rien nous apprendre pour reconnoître les minéraux.

Nous devons maintenant, etavant de quitter ce sujet, faire connoître les instrumens et les procédés qu'on peut employer pour obtenir, comme caractères, les résultats que donne l’ac-

r tn

tion du calorique sur les minéraux , ces instrumens devant servir également à l’action Babe du calorique et des réactifs que nous allons examiner dans le paragraphe suivant.

Si le minéralogiste ne devoit pas borner ses vues à tirer de l'action du calorique sur les minéraux, des caractères faciles à observer, mais tranchés et propres à les faire reconnoître, il devroit emprunter à la chimie les moyens qu'elle enseigne, et il n’auroit besoin d'aucun instrument particulier; mais il doit agir en petit, sans embarras, et cependant avec une grande puissance. L'instrument qui remplit fort bien ces conditions est emprunté de l’art du metteur-en-œuvre, et porte le nom de chalumeau.

Cet instrument, bien fait, bien dirigé, accompagné de toutes les circonstances favorables à sa plus puissante action, peut communiquer à un petit fragment de minéral une chaleur trés-forte, au moins égale au 160° du pyromètre de Wedgwood, et laisser apprécier facilement toutes les sortes d’altérations qu’a éprouvées le fragment soumis à son action.

Depuis l’époque où Swab , Bergman et Gahn ont employé le chalumeau ou tube de fer recourbé , dont se servent les bijoutiers pour opérer la soudure d’objets délicats, jusqu’à l’époque actuelle, cet instrument a été, de la part des minéralogistes , l'objet d’une multitude de recherches, de modifications , de combinaisons dans ses diverses parties; près de trente personnes s’en sont occupées; plus de vingt écrits, dont quelques uns très-volumineux, ont été publiés sur ce sujet; et s'il falloit présenter ici l’histoire détaillée et complète de cet instrument, nous aurions presque un volume à écrire. Nous nous bornerons donc à indiquer ses principales variations et les trois ou quatre sortes de chalumeaux entre lesquels on peut choisir.

Le chalumeau du minéralogiste est essentiellement un tuyau ou tube percé d’une ouverture trés-déliée par laquelle de l’air fortement chassé traverse la flamme d’une lumière quelconque, et en dirige un jet délié, mais vif, sur le minéral qui est présenté à cette action.

Suivant qu'on emploie l'air atmosphérique chassé des poumons saus aucun appareil, ou différens gaz reufermés dans

des réservoirs, el poussés par différens moyens sur le corps à examiner , On a le chalumeau simple, ou le chalumeau composé. C’est du premier seul que nous allons nous occuper, parce que c’est le seul qu’on puisse considérer comme agent minéralogique.

On distingue dans l'appareil du chalumeau simple trois parties principales :

A. Le tube, ou chalumeau proprement dit.

B. Le corps en combustion, qui doit donner la chaleur.

C. Le support qui doit porter ou renfermer le fragment à examiner.

A. Le tube ou chalumeau proprement dif.

Il faut qu'il remplisse les conditions suivantes:

1.° Qu'il soit assez long pour que l’observateur ne soit point incommodé par la chaleur de la flamme, ni par celle qu’elle communique au chalumeau; mais qu'il ne soit pas trop long de manière à rendre les moindres mouvemens trop sensibles, et à écarter trop l’objet de l'œil de l’opérateur; 19 à 22 centimètres (7 à 8 p.) paroissent être la dimension la plus convenable.

2.° Que l’ajutage ait une direction commode, ou qu’au moins il puisse la prendre, et en cela les ajutages mobiles ont un grand avantage. Il doit avoir environ 4 centimètres.

3.° Que le trou soit trés-fin, percé dans l’axe du cône qui forme la cavité de l’ajutage, d’une matiere inaltérable par le feu , et susceptible d’être facilement nettoyé.

4° Qu'il y ait un réservoir suffisant pour retenir l’eau qui se dégage des poumons dans l’insufflation, de manière à ce qu'elle ne puisse pas pénétrer dans la cavité de l'ajutage, quelque direction qu’on donne à l'instrument.

6. Qu'il ne puisse laisser passer l'air par aucune fissure, ni par aucun point de réunion, et que ces points de réunion des diverses parties soient toujours exactement clos, lors même que ces parties ont été usées par le frottement.

6. Enfin il faut qu'ilsoit simple, léger et d’un transport commode, qu'il ne communique rien de malsain ou de désagréable dans la bouche de l'opérateur.

Parmi tous les chalumeaux qui ont été proposés , trois nous

semblent pouvoir se disputer la préférence, et être offerts aux observateurs qui choisiront celui qui convient le mieux à leur usage particulier.

” Le chalumeau de Gahn, représenté planche I, fig. 1. Il n’a d'autre inconvénient que d’être un peu volumineux, un peu lourd , et d’avoir un ajutage fixe.

Le chalumeau de Voigt, fig. 2 : l’'ajutage est mobile et peut prendre sur la tige l’inclinaison appropriée à la position et aux mouvemens les plus commodes à l'opérateur ; maisilest susceptible de laisser passer l'air par le point de rotation de l’ajutage sur le réservoir.

En faisant cette partie conique , et l’ajustant exactement à frottement, on pourroit éviter cet inconvénient.

Le chalumeau de Wollaston, fig. 3. Instrument réduit à sa plus grande simplicité, comme le sont tous ceux dont se sert cet homme d’un génie si remarquable par l’application qu'il sait en faire aux plus hautes conceptions de la physique , comme aux plus minutieux procédés des arts mécaniques. Les trois pieces À s’ajustent à frottement, se séparent aisément, se servent d’étuis B, tiennent par conséquent le moins de place possible.

Le seul inconvénient qu'il présente , c'est de manquer d’un réservoir d’eau; mais le prolongement de l'extrémité étroite de la seconde partie peut être porté jusqu’au degré propre à remplir l'office de réservoir.

Ces instrumens peuvent être faits en cuivre jaune, ou en argent, en totalité ou en partie; il faut avoir toujours un petit bout mobile en platine, qui a l'avantage précieux de pouvoir être nettoyé, c’est-a-dire dégagé de la suie, ou des ordures qui obstruent son ouverture , en le portant, au moyen du chalumeau lui-même, à l’état incandescent.

Le chalumeau simple n’a d’autre support que la bouche et la main gauche, et d'autressoufflets que les muscles des joues. Lorsqu'on a acquis l'habitude de souffler dans cet instrument, on parvient et sans beaucoup de peine, à y entretenir un jet d'air continu, en remplissant sa bouche d’air, et respirant pour en introduire de nouveau dans les poumons, tandis que les muscles buccinateurs chassent celui qui est comme emmagasiné dans la bouche.

B. Le corps en combustion.

L'objet qu'on se propose est, comme nous l'avons dit, de projeter sur le corps soumis à l’épreuve du feu , un jet de flamme , ayant une trés-grande intensité de chaleur.

Il faut pour cela :

1.” Que la flamme soit suffisamment large, qu'elle soit la plus pure possible, c’est-a-dire exempte, autant qu'on le peut, de fumée extérieure.

2. Qu'elle soit toujours à la même hauteur, et non susceptible d’être altérée , diminuée d’intensité, etc., par l'action de l’air du chalumeau.

Une lampe, alimentée de bonne huile, ayant une méêche plate d’une dimension convenable, une lampe qui soit susceptible de se placer à la hauteur et dans la position la plus convenable à l'observateur , dont le diamètre n’écarte pas trop la tige du chalumeau, de celle du support, est le foyer de combustion le plus convenable : chacun peut la faire faire comme il le préfère, quant à la forme, aux dimensions, etc. Nous donnons ici, pl. I, fig. 1, celle qui nous a paru la plus commode.

Au défaut d’une lampe , on peut seservir d’une chandelle, mais on en devine aisément tous les inconvéniens , sans qu'il soit nécessaire de les détailler.

Une bougie à grossemèche peut suppléer à l'une età l’autre, mais elle a plusieurs des inconvéniens de la chandelle ; la flamme d’une bougie ordinaire est trop maigre, et par conséquent trop foible.

La flamme d’une mèche de lampe, de chandelle ou de bougie présente plusieurs parties distinguées par leur teinte. En nous bornant aux principales, on y remarque: Le centre (e), un espace conique et obscur; c’est, comme l'a fait voir M. Davy par sa manière de couper les flammes, un espace sans combustion, mais rempli du gaz qui se dégage de la mèche, et qui, étant abrité du contact de l’air par ses couches extérieures en combustion, n’est pas encore allumé. L'extérieur (f), ou la flamme proprement dite, qui est d’un blanc d'autant plus éclatant, qu'il s’approche davantage de la pointe de la flamme,

c’est aussi la partie où la combustion est la plus complète , et le degré de chaleur le plus intense.

En projetant sur la flamme, le jet d'air qui sort du chalumeau, on augmente considérablement son intensité, parce qu'on allume pour ainsi dire le gaz enveloppé par la flamme extérieure, et parce qu’on dirige sur l’objet soumis à l’action de cette haute température et la partie brillante de l’extrémité de la flamme, et le nouveau feu produit par l’inflammation du gazintérieur,

Suivant qu'on plonge cet objet dans la pointe la plus déliée de la flamme, partie où la combustion est la plus complète et la la chaleur la plus forte, ou dans le milieu du fuseau que forme la flamme , et qui est la partie la plus brillante , on oxide dansle premier cas, et on désoxide dans lesecond le corpsainsi chauffé, si c’est unesubstance métallique susceptible de ces modifications. La pratique dirigée par ce principe instruira, beaucoup mieux qu’une plus longue description, sur la position où il faut mettre le métal qu’on veut oxider ou réduire; on doit s'exercer sur l’étain pour acquérir cette pratique.

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