‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 1 sur 243 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ulnirodiiction à la philosophie analytique de l'histoire a déjà été publiée comme l'une des études philosophiques, la quatrième, auxquelles j'ai donné le titre (VEssais de critique générale. En la rééditant après plus de trente ans pour servir d'introduction réelle et très nécessaire à l'ouvrage terminé de la Philosophie analytique de lliistoire, que j'aurais voulu, si son étendue l'eût permis, appeler le Cinquième et le dernier de ces Essais, j'y joins de nombreux développements et des chapitres nouveaux, et j'en soumets toutes les parties à de continuelles corrections de détail. Les vues philosophiques restent sans modification. Les seules additions et corrections portant sur l'histoire, qu'il importe de mentionner, sont celles qui regardent les origines chalcléennes et qui intéressent encore d'autres questions liées à celle-là, par suite des découvertes survenues depuis la publication de mon livre, dans cette parlie de l'archéologie de la haute antiquité.

Je n'ai nullement la prétention d'être ce qui s'appelle au courant de la science, et mon travail perdrait toute la valeur que je voudrais qu'il eût le droit de réclamer, si je ne me renfermais partout dans un ordre de généralités tel, — je veux dire au fond et touchant les seules vues auxquelles j'attache de l'importance, — qu'il ne puisse être altéré par des erreurs partielles ou dérangé par la connaissance des faits nouveaux qu'apportent les explorations et les exégèses. Cela est si vrai que^ dans le cas oii les idées régnantes sur les ori-

ginus asiatiques des races aryennes viendraient à être révolutionnées p.ir certaine critique nouvelle qui change le sens des émigrations et prétend les conduire d'Occident en Orient, dans ce cas extrême, m« géographie, ma chronologie, mon histoire auraient à être amendées en bien des points que je n'ai pu éviter de fixer, pour n'être pas dans le vag-ue de l'espace et du temps, mais je crois que ma philosophie de l'histoire subsisterait tout entière. Les découvertes chaldéennes ne pouvaient, à plus forte raison, porter aucune atteinte à mes idées principales. Mais elles m'ont fourni un sujet de plus, de grand intérêt, à mettre en rapport et en accord avec ceux dont j'avais traité sans le connaître.

Il convient quej'insiste sur matotale absence de prétentions personnelles louchant les sujets spéciaux d'étude accessoires à la philosophie. Tout ce qui est érudition dans mon livre est matière d'emprunt. Je tâche de ne puiser qu'aux bonnes sources, et je laisse le mérite, s'il y en a, à qui veut le prendre. Je ne cite mes références que là où je les crois utiles pour l'information du lecteur. Autrement, mon livre aurait changé de nature et comporté un injmense développement. Soit qu'il s'agisse de religions, soit qu'il s'agisse de systèmes de philosophie, lorsque ceux-ci me viennent dans le cours de ma revue générale des idées humaines, je n'écris nullement l'histoire. Je relève les doctrines des philosophes et les croyances des peuples; j'étudie leurs liaisons et leurs suites dans ce qu'elles ont d'essentiel, pour les discuter, les mettre à leur place dans la vie et dans la pensée de l'humanité, et faire sortir d'un tableau général les inductions qui peuvent paraître les plus justifiées sur les origines et sur les destinées. La vérité philosophique elle-même, proprement dite, est partout impliquée pour moi dans les jugements que je porte et dans les conséquences que je lire. Je n'aurais pas compris qu'il put en être autrement.

Voilà ce que j'entends par la philosophie de l'histoire. Les idées des hommes, sous la double forme, foi et systèmes, sont les matériaux historiques de cette philosophie qui embrasse l'histoire de la philosophie et, si je l'ose dire, la philosophie de la philosophie avec celle de la religion. Les faits n'y entrent que pour la donnée empirique des temps, pour la succession des civilisations et des États, à mettre en

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rapport avec les stations et les révolutions de l'esprit. Hors do là, le fait n'est que l'accident, pour lequel il ne peut y avoir de philosophie. C'est parce que je n'essaie pas de composer avec les faits groupés imaginairement une série de termes à aboutissement forcé que ma philosophie analytique de l histoire ne ressemble pas à ce qui s'écrit le plus souvent sous le nom de philosophie de l'histoire, et quelquefois aujourd'hui de sociologie. Le plan de travail que je me suis fait ainsi ne pouvait convenir à aucun philosophe alLaché à l'un des dog-matismes qui se disputent le terrain des idées avec Tambition (ï organiser, comme chacun dit, les uns religieusement, les autres scientifiquement, toute connaissance et toute croyance. Seul, le criticisme, qui est une philosophie de la croyance rationnelle, se place au point de vue qui permet de classer et de juger les produits de l'intelligence et de la passion de l'homme appliqués dans le cours des siècles à pénétrer la vérité que fuit la certitude, afin de régler sa vie, de créer ses institutions, et de préparer ses fastes futurs conformément à ce qu'il pense et à ce qu'il croit ou espère de lui-même et de l'ordre du monde.

Perpignan, 15 mai 1896.

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