PDEMIERS ÉLÉMENTS DE RELIGION EN CHINE
au siège de l'autorité souveraine. Mais cette autorité devait être en grande partie nominale à l'égard des intérêts les plus prochains des colons. La masse du peuple continuait el continua encore sous la troisième dynastie l'œuvre des défrichements et des conquêtes pacifiques. C'est dire qu'elle demeurait morale, et que le gouvernement paternel des chefs des grandes familles se conformait dans une certaine mesure à ces principes d'équité et d'ordre général dont le souvenir, devenu plus tard un idéal et rappelé sans cesse aux empereurs, fit de Koun-fou-tseu et des Lettrés, ses disciples, les adversaires déclarés de la grande centralisation politique.
La troisième dynastie, celle des Tcheou, arriva à l'empire par l'effet d'une réaction semblable à celle qui avait amené la deuxième, et au profit d'une famille que la fondation d'un nouveau royaume dans la vallée de la Weï avait rendue prépondérante. Ce fut la guerre qui décida de la souveraineté. Il est remarquable que les reproches les plus graves adressés aux princes déchus dénotent chez eux une politique ou, pour mieux dire, des passions qui auraient tendu à constituer la Chine comme l'avait été l'Egypte à une époque plus reculée. En effet, les moralistes annalistes qui composèrent les plus anciens livres de la Chine signalent à l'indignation publique l'arbitraire impérial, le mépris des cérémonies ou rites, cette garantie essentielle des peuples, la transmission héréditaire des fonctions, la construction des monuments fastueux, les débauches de cour et les cruautés, enfin même, chez l'un des derniers Chafis, des pratiques fétichistes et idolatriques, ridicules et basses^ qui contrastaient avec la sage tenue du culte national. Le parti de la moralité triompha avec les Tcheou, et, plus tard, malgré les entreprises des empereurs à différentes époques, le respect traditionnel du bon sens, le sentiment profond de Vordre du ciel et de la terre ne cessèrent de former une opinion publique invincible. Les devoirs universellement attribués aux gouvernants ne purent jamais devenir tout à fait une lettre morte, parce que des rites invariables en consacraient la mémoire, et souvent l'observation. Seulement il arriva que la conception patriarcale de l'État, et une théorie morale où le droit ne paraissait point comme la contre-partie du devoir, conduisirent le peuple chinois à une décadence d'un genre particulier et très triste, à l'époque où d'autres notions lui eussent été nécessaires. C'est ce que nous aurons occasion d'expliquer ailleurs.
Les Tcheou, maîtres du pouvoir central (1), travaillèrent à cette organisation savante et minutieuse de l'administration et de la vie
(1) Voir, sur cette révolution, la fin de la 3« partie du Cliou-kin el le commeucernent de la 4». Voir aussi le cliapitre xvui de cette dernière partie.