TREMIERS ÉLÉMENTS DE RELIGION EN CHINE
officielle des Chinois dont le tableau si curieux nous est parvenu dans le Tcheou-li (Rites des Tcheou). Cet ouvrage nous transporte authentiquement aux premières années du xi'= siècle avant notre ère, comme le prouve, outre la tradition positive, une observation gnomonique qui y est rappoitée el que Laplace a contrôlée. Nous le prendrons pour base de ce qu'il est possible de savoir de la plus ancienne religion de la Chine. Non que les livres canoniques, les Kifi, ne remontent quelquefois, el surtout pour le fond, à une antiquité beaucoup plus reculée; mais leur rédaction relativement récente et les remaniements qu'ils ont dû subir de la part des Lettrés, ou du moins de Koun-fou-tseu qui les édita, les rendent d'un emploi moins sûr (1). Le seul de ces livres dont certaines figures d\e.r\i été supposées receler des dogmes métaphysiques, le Y-kin, les présente, si véritablement ils y sont, enveloppés dans des énigmes depuis longtemps impénétrables, et dont les interprètes ou commentateurs, énigmatiques euxmêmes quand ils sont anciens, ne remontent pas plus haut que la dynastie des Tcheou. Je reviendrai sur 1' Y-kifi à propos de la divination et des sorts.
Au reste, les notions générales de religion et de culte qui se tirent du Tcheou-li ne diffèrent point de celles que donne le Chou-kin, recueil vénéré des traditions les plus antiques, et ne s'éloignent pas davantage de ce qui est toujours demeuré la foi officielle et dominante de lu nation, et qu'on trouve enregistié dans le Li-ki, par exemple. On peut y voir avec pleine assurance la pensée première et constante d'un peuple chez qui, plus que chez tout autre, l'habitude fut tellement puissante, que les sentiments acquis de quelques familles descendues des montagnes se perpétuèrent à travers cent cinquante générations jusqu'à notre siècle. Sans doute des superstitions, d'origine étrangère en grande partie, s'implantèrent chez les classes inférieures ; d'un autre côté, des vues tout opposées à l'esprit chinois séduisirent des philosophes et des religieux solitaires, mais on vit toujours le vieil esprit chinois conserver son empire dans les régions
(l;Ces livres, au uoiubre Je cinq, uuiversellemeut révérés comme antiques et sag^s, uoa comme sacrés ou révélés, sont pour nous d'ime importance très inégale. Le plus ancien de tous, le Y-kin, serait d'un haut intérêt si l'on pouvait espérer le compt-endre jamais. Le Chou-kin, livre des aucienues annales, est un des plus vénérables monuments des auciens â;,'e3. Le Chi-kin, livre des vers, est un recueil de chants religieux et nationaux encore trop peu étudié. Le Li-ki, livre des rites, appartient en grande partie aux premiers siècles avant l'ère vulgaire (le Tcheou-li, quoique plus ancien, ayaut perdu sa valeur canonique par l'efl'et de la désuétude où beaucoup de ses proscriptions et ordonnances étaient tombées). Enfin, le Chouen-tsieou n'est qu'une collection des annales locales de Lou, rédigée par Kouù-fou-tseu, qui était originaire de ce petit royaume.