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LES PLUS ANCIENS DIEUX. DIEUX LOCAUX ET DIEUX GÉNÉRAUX

de ceux qui penchaient vers cette manière de voir. Les dieux, leurs noms, leur histoire, exprimaient-ils des vérités symboliques? on trouvait, pour en identifier tels ou tels, des ressources toutes prêtes dans le vague de la pensée et la flexibilité des mots, non moins que dans les rencontres naturelles des procédés de l'allégorie et de la fable chez les difl'érentes nations. Or le sacerdoce égyptien avait fini par symboliser sa théologie, le plus qu'il avait pu, pendant que le peuple était laissé, comme toujours, se plaire aux manifestations les plus matérielles,

Ce n'est pas qu'il ne pût entrer du symbole aussi dans les conceptions primitives, mais plus naïf alors et plus franchement mêlé de réalisme grossier. La preuve en est l'adoration des animaux, étroitement liée à celle des dieux, et qui resta jusqu'à la fin une forme essentielle de la religion populaire. Quand on voit les divinités les plus élevées, d'un côté, sans doute, mises en rapport avec les grands objets de la nature et avec l'inévitable idée de l'origine des choses, mais, de l'autre, personnifiées dans un animal reproducteur, il devient sensible que les Égyptiens étaient avant tout frappés du phénomène de la fécondation, et que, levant les yeux au ciel pour y chercher ce qu'ils devaient bénir et adorer, ils les ramenaient aussitôt vers la terre où s'offraient à eux des sujets plus immédiats d'étonnement, de reconnaissance et de latrie : les moyens sacrés de la perpétuation de la vie. Une fois l'esprit maîtrisé, exalté, par la contemplation de ce grand phénomène, l'histoire même du ciel se modèle sur les faits générateurs de l'existence terrestre. Les dieux apparaissent comme des puissances fécondantes. Produisant d'autres dieux avant de donner naissance à la vie commune par la coordination des éléments, ils ont leurs familles, leurs dynasties. Et lorsque se pose le problème du premier commencement, on peut le résoudre par un symbole violent (qui n'est pourtant qu'une forme concrète de nos dogmes abstraits si vantés et si triturés de la Cause nécessaire et de la Cause de soi-même); on peut dire que le plus ancien des dieux est, de sa nature, double, à la fois Père et Fils; ou encore qu'il est le mari de sa mère. Ici nous tenons à la fois une idée simple et populaire, intelligible autant que peut affecter de l'être ce qui échappe à l'intelligence, et le symbole fondamental de la spéculation théologique dans les sanctuaires de l'Egypte.

Il n'est guère possible de remonter aux formes originaires du grand nombre des dieux égyptiens. Liés les uns aux autres par des mythes moins anciens qu'eux, on n'est même pas encore arrivé à se reconnaître au milieu de leurs rapports multiples, de leurs attributs croisés, de leurs synonymies, réelles ou apparentes, et des prétentions rivales que les plus importants eurent de bonne heure à la primauté

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absolue. On voit clairement, toutefois, que le soleil, le ciel, la puissance constructive, la force génératrice, le génie inventeur des arts, le pouvoir de commander et celui de faire le bien s'offrirent tout d'abord à l'adoration, et que ce dernier sentiment fut le mobile de l'esprit religieux chez les Égyptiens; on voit qu'ils personnifièrent la notion divine sous des formes grossières, formes anthropomorphiques, formes animales, et il est permis de présumer pourtant qu'ils ne descendirent jamais jusqu'au fétichisme en attribuant l'influence et la puissance aux vertus internes des objets les plus prochains et les plus sensibles. L'idée de l'incarnation, idée fort naturelle quand la croyance aux âmes et à leurs pérégrinations existe déjà, leur servit à combiner l'existence de dieux cosmiques avec la divinité des êtres plus palpables qu'ils adoraient. Tout indique, en effet, queles voyages des âmes, les métempsychoses et les incarnations, toutes imaginations qui s'enchaînent aisément, appartinrent à la plus ancienne foi. Chercher dans le fétichisme pur le commencement de la religion égyptienne, c'est donc moins suivre une indication de l'histoire ou des monuments que substituer à l'histoire une hypothèse et un système, celui de la bassesse primitive de l'homme. Les critiques qui prennent ce parti ne songent pas qu'il est plus difficile de tirer cette source, à la longue, une croyance de quelque élévation que de comprendre que des hommes, organisés moralement comme nous, aient débuté par des idées autres que les plus basses.

Les monuments des dynasties memphites, les plus anciennes jusqu'ici de l'Egypte monumentale, nous font connaître ses dieux les plus authentiquement primitifs. Mais même avant ceux dont les noms sont gravés sur les premiers monuments connus, il faut nommer le dieu auquel Hérodote nous dit qu'un temple fut dédié par Mena, le premier roi, et dont l'antiquité souveraine semble bien confirmée par ce fait que les prêtres de Memphis lui gardèrent toujours la première place dans leur théogonie. C'est le dieu Ptah, dieu Feu, et dieu Épervier, travailleur, constructeur, mesureur, plus propre que tout autre, en efTet, à patronner la dynastie qui inaugura la puissance organisatrice sur le sol égyptien. Les Grecs l'assimilèrent à leur Héphaistos, mais son rang est tout autrement élevé comme premier générateur et père du Soleil.

Ce dernier, le dieu Ra (Phré, avec l'article), ne fut peut-être qu'une forme de la même divinité, originairement solaire, et généralisée peu à peu. Son nom paraît dès le dixième Pharaon (avant l'an 4000) comme nom additionnel de beaucoup de noms royaux ; le titre même du Pharaon en est un composé. L'Épervier, symbole de la force qui plane ou se précipite, est un des éléments de la représen-

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