CHAPITRE XI
Religions locales de lÉgypte.
II n'est pas douteux que les plus anciens cultes de PÉgypie n'aient été des religions locales. Chaque nome conserva longtemps ou, pour mieux dire, toujours sa divinité patronale et sa préférence fanatique pour tels animaux divinisés à l'exclusion des autres. Seulement, les cultes des villes les plus considérables, comme Thèbes, Memphis, Sais, arrivèrent à s'attirer la dévotion du peuple entier. D'autre part, le sacerdoce dut travailler de bonne heure à réduire en un système unique la matière rebelle d'une mythologie très variée, abondante en contradictions et en doubles emplois. Les prêtres parvinrent au moins, par des concessions mutuelles, à établir dans l'opinion le caractère universel des dieux topiques de la région du Nil ; la superstition les y aida; et les plus instruits, les plus puissants d'entre eux, ceux qui dirigeaient les sanctuaires des capitales, donnèrent nécessairement aux divinités de leurs propres temples les rôles les plus importants dans la théologie spéculative, sitôt qu'elle se développa, A cet effet, ils durent spiritualiser les notions qu'on en avait eues d'abord et les rendre presque toutes symboliques.
L'Egypte avait conduit sa religion à ce point, et depuis longtemps, quand les premiers voyageurs grecs la visitèrent et entreprirent de lui demander l'origine et la clef de leurs propres traditions religieuses, qu'ils savaient être moins anciennes, et dont ils ne pouvaient pas se rendre compte. Combien la Grèce se trompa, nous le savons aujourd'hui. Mais les prêtres égyptiens, en contribuant à induire le monde grec en erreur par les identifications trop accommodantes, qui marquèrent les premiers pas du syncrétisme universel du monde antique, ne firent que tenter, soit calcul de leur part, soit illusion et orgueil, la continuation à l'extérieur du système de rapprochements qui leur avait réussi sur le fond intérieur des croyances de leur pays. Analogie de noms, analogie de symboles, tout servit de moyens pour conclure à une identité qui devait paraître a priori vraisemblable. Les dieux avaient-ils existé individuellement et charnellement? il était facile d'arranger leurs parentés et leurs voyages à la satisfaction