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LE MYTHE EN GÉNÉRAL ET CHEZ LES ÉGYPTIENS

le puissant système, origine de la doctrine manichéenne. Rien ici ne dépasse la conception naturelle et populaire de la lutte inhérente aux phénomènes de la vie, mais représentée avec les éléments et les couleurs propres de la nature égyptienne. Quand nous aborderons, avec des documents authentiques, le développement cosmique et moral de la lutte des deux principes, telle que l'Egypte l'entendit, nous serons en face d'une création religieuse autrement réelle et frappante que les lieux communs symboliques que nous venons d'indiquer; et nous ne trouverons rien cependant qui rappelle les dogmes persans ou manichéens.

Ces symboles peuvent représenter une partie de l'œuvre de l'imagination religieuse en Égyple; leurs nombreuses variantes, qui déroutent les mythologues, peuvent ne la représenter pas moins. Des fictions de ce genre, sur les mêmes divinités et sur d'autres encore, ont été conservées ou perdues pour nous, au hasard des livres qui surnagèrent au naufrage de la civilisation ancienne. Les unes étaient authentiques et d'âges divers, peut-être déjà variables et confuses pour un même âge; d'autres sans doute furent altérées, transformées ou même construites de toutes pièces par les curieux de religion qui s'abattirent sur l'Egypte pendant huit cents ans, du roi Psamétik à l'empereur Hadrien; en sorte que, pour mille raisons, nos interprétations rétrospectives ne se font pas en claire et dislincte lumière. Mais nous devrions nous bien persuader que notre tendance familière à composer, de tous les débris mythologiques d'un peuple, une mythologie cohérente et une sorte de doctrine unique nous paraîtrait souvent d'autant plus illusoire que nous posséderions plus sûrement et plus complètement tout ce que ce peuple a rêvé, tout ce que ses savants s'efforçaient déjà vainement de mettre en ordre à mesure que le leur livrait l'improvisation de la foi des ignorants ou des prêtres eux-mêmes. Peut-être un jour l'accumulation des papyrus de l'Egypte et leur lecture plus facile nous révéleront des divergences, des contradictions et des hérésies là où le simplisme de notre critique s'attache à construire l'unité.

S'il en est ainsi, l'important est de se pénétrer de l'esprit moteur de chaque religion, d'en distinguer, d'en rechercher les époques, en subordonnant l'étude minutieuse et souvent inextricable des mythes à la détermination des notions plus générales de divinité et de culte, d'àme et de destinée. Néanmoins, la pensée créatrice des mythologies est d'un grand intérêt, même pour nous qui ne saurions prétendre en exposer les produits, si brièvement que ce fût, dans la multiplicité que leur donne nécessairement le polythéisme. Cette pensée, nous avons à nous demander ici ce qu'elle fut pour l'Egypte. Or, à con-

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