‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 129 sur 243 · DIVINITÉ ET DOCTRINE DU SOMA · texte numérisé non relu

DIVINITÉ ET DOCTRINE DU SOMA

dénomination étrange et flatteuse de vache et de vache céleste, qui appartient à tout ce qui est bon et utile et, par exemple, au Sacrifice, à la Prière, à la Libation, aussi bien qu'au Rayon ou au Nuage.

Mais le plus souvent les nuées se prennent pour des météores malfaisants qui retiennent emprisonnés les rayons ou les ondes si ardemment désirés ici-bas. C'est Bala, c'est l'avare Pani, ce sont les enfants de Pani, c'est Souchna le desséchant, c'est surtout le noir Vritra, avec la troupe des Asouras, qui gardent au fond d'une caverne du ciel les vaches célestes injustement enfermées. Ahi, le Serpent -Berger, les fait paître. Mais Indra, le dieu puissant, fortifié par les libations de l'enivrant Soma que lui versent à toute heure les Angiras (patriarches sacrificateurs), Indra s'élance avec les impétueux Maroutas (les vents), foudroie les gardiens de la caverne, détruit les maisons des Asouras, terrasse Vritra et les autres ennemis et délivre les vaches. Le tableau se termine par la joie de la terre arrosée. On voit que les hommes ne sont inutiles ni au combat ni à la victoire, puisque, par leurs sacrifices, ils entretiennent la vigueur de leurs dieux. Et ceux-ci se réjouissent à l'égal des hommes, parce que, comme eux, ils se sont alarmés de l'invasion des puissances de l'obscurité.

J'ai nommé deux fois le Soma. C'est encore un mythe qui appelle l'attention. Ou plutôt c'est plus et mieux qu'un mythe, car on y voit l'imagination suivre d'abord sa marche ordinaire en personnifiant une liqueur sortie du filtre et du pressoir, puis conduire au ciel les vapeurs des libations faites dans le feu et les employer, par une sorte de physique ou de physiologie à l'antique, à poser le principe créateur et animateur du monde. Ce dieu-Liqueur (Indou, c'est son nom) doit sa naissance au sacrificateur qui le prépare et devient ainsi l'agent du salut universel. Dans un autre sens, il est le fils du Nuage et descend du ciel avec les Ondes ses sœurs, nourricières des plantes. Cueilli et fermenté, c'est dans le Mortier, sous le Pilon, que son existence commence avec un corps grossier (1). Mais bientôt il revêt un corps purifié et glorieux sur le filtre de laine où il laisse sa vieille dépouille. Alors il se joue dans le vase de bois et devient le courage des héros et la mort des ennemis.

C'est surtout mêlé avec les produits gras de la vache et versé en libation dans les flammes que Soma atteint sa haute personnalité

(1) Ce vin de l'Arye antique s'obtenait par la fermentation des tiges et des baies de VAsclepias acida ou Sareostemma vhninalis, mêlées à l'orge et convenablement humectées. On joignait au breuvage du miel et du beurre. Il paraît qu'on regardait VOndé même du Soma, VHumide, comme propre à nourrir le feu, indépendamment des corps gras qu'on y ajoutait (voy. le Riqvéda, passim).

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