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ORIGINE DES IDÉES DE LA MAÏA ET DE LA MAGIE INDIENNE

drames divins, des légendes commençantes et des essais de cosmogonie. Les dieux tendent à vivre humainement dans des habitations, avec une famille, avec des sujets. Une mythologie analogue à celle de la Grèce est en voie de se produire, mais qui en dilTérera bientôt profondément, grâce à l'introduction de nouveaux dieux plus élevés que les anciens, et à l'esprit mystique et ascétique qui présidera à leur conception. Mais on a tort de croire, comme on le fait en général, que l'anthropomorphisme disparut des religions de l'Inde. Nous verrons, au contraire, que toute manifestation divine continua à s'y résumer dans un homme, et cela dès l'origine des êtres. Brahma, Vichnou sont des hommes véritables qui ne diffèrent de leurs semblables que par le pouvoir qu'ils ont de prendre ou de former à volonté des corps. Ceci est tellement vrai que les dieux supérieurs sont présentés souvent comme ne devant leur élévation qu'aux austérités prolongées dont ils ont été et dont ils sont capables^ et que les dieux inférieurs peuvent à cet égard être surpassés par des mortels, qui prennent alors leur place. Tout le génie de Tlnde aboutit à cette conception, comme aussi à traiter d'illusions et de magie les corps et la nature entière.

C'est même encore un produit de ranlhropomorphisme, que toute cette doctrine indienne de la magie divine. J'ai dit qu'à l'idée du phénomène naturel humanisé avait succédé celle de V homme développé en phénomènes naturels. Or deux cas peuvent se présenter dans la manière dont l'esprit s'attache sérieusement à ce point de vue. Il peut arriver que la moralité d'un peuple le porte à comprendre la production et le développement du monde comme une application des vertus d'ordre et de sagesse, non moins que de puissance, qui résident dans l'i/omme initial céleste, auteur des phénomènes; alors ridée immorale de la magie est exclue par les notions de plan, de règle immuable et d'éternelle sécurité. Je n'ai pas besoin de nommer les nations qui entendirent ainsi la création et la conservation de l'univers, ou, du moins,, qui firent de cette part de magie dont elles ne surent pas se défendre un lot des puissances infernales. Mais un peuple corrompu peut prendre un autre chemin et faire entrer, dans son concept du pouvoir générateur des phénomènes, cet élément de caprice que comporte la volonté appliquée aux passions humaines. Le phénomène naturel, dont la constance, on le sait, ne ressort complètement que des efforts prolongés de la science, doit alors participer de l'arbitraire humain où il prend naissance. Et la magie est le vrai nom de l'opération par laquelle ce phénomène émane de cet arbitraire joint à un pouvoir supérieur(l). L'homme, avec les facultés dont il dis-

(1) Je sais que la magie arriva et devait arriver partout à se forger des

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pose, produit des efl'ets qui paraissent très surprenants quand l'habitude n'en simule pas l'intelligence : ce môme pouvoir amplitié et exalté, il peut l'appliquer au dieu, particulièrement à celui qui étend ses créations sur la scène du monde, et en faire sortir cette scène elle-même, et ses acteurs, et les corps qui sont leurs costumes. Tout cela, dira-t-on, est bien idéaliste. Mais cet idéalisme remonte incontestablement à la haute antiquité dans l'Inde.

Déjà dans les hymnes on voit Indra luttera l'aide d'une magie supérieure contre la magie des Asouras qui assemblent les nuages où ils retiennent captives les Eaux^ les Vaches célestes. Les météores se trouvent donc être des prestiges exercés par une puissance divine, c'està-dire humaine, mais amplifiée. Que cette manière de voir se généralise, et la nature elle-même, la nature entière deviendra la Maïa des temps postérieurs, et nous tenons l'origine de la croyance aux ensomatoses, aux métamorphoses, à tous les jeux de la divinité et aux imitations qu'il sera donné d'en faire aux ascètes suffisamment mortifiés par la pénitence et divinisés par l'extase. Enfin nous devons comprendre quelle perturbation intellectuelle et morale se lie à de telles doctrines. Elles sont un principe véritable d'aliénation mentale pour des hommes qui ont perdu la naïveté primitive, qui sont môme passés à l'état contraire, et apportent une subtilité extrême à l'agencement de leurs idées. L'illusion et la magie sont si bien ce qui les impressionne, au spectacle du monde, et, avec cela, le sentiment religieux les pousse à tel point à s'extravaser de la vie présente, qui n'a aucun prix à leurs yeux, qu'ils en viennent à perdre totalement le sens critique et le sens historique. On a souvent fait cette remarque que les Indiens ont aboli, autant qu'il a tenu à eux, toute succession et toute chronologie; mais elle est plus vraie qu'il n'est possible de l'exprimer. C'est un peuple d'aliénés qui supprime le temps, l'espace, confond tout, et ne regarde ni aux contradictions ni aux anachronismes, parce que pour lui tout coïncide, tout est identique. On trouve dans les Pouranas des exemples étourdissants du doublement des personnes et de leur présence en plusieurs lieux ou sous plusieurs conditions incompatibles.

Nous avons défini l'anthropomorphisme qui succéda au naturalisme primitif des Aryens, et ce sujet nous a conduit à démêler les éléments psychologiques de l'idée de magie dans l'Inde. Ce serait anticiper sur les doctrines que de rechercher maintenant l'origine de l'ascétisme, si étranger aux chantres du liigvéda et si caractéristique

règles, des lois, et à se poser eu scieuce. Dans la magie supérieure de la création, les Indiens introduisirent aussi des idées systématiques, des périodes. Je ne crois pas moins que le premier fonds de la magie de l'Inde est dans l'attribution faite à l'essence humaine idéalisée de produire arbitrairement toutes sortes de formes et d'apparences naturelles.

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de la morale et des cultes indiens, ou celle de la caste sacerdotale dans laquelle cet esprit ascétique se développa. Mais il esl une autre tendance, destinée à prendre une importance non moins extraordinaire, et qui appartient déjà au poète aryen : je veux parler de l'idée panthéislique, ou de la disposition de l'esprit à couronner l'édifice du polythéisme par une divinité considérée comme substance unique des autres dieux et substance du monde.

Sans s'appuyer sur des passages isolés, quoique très curieux, tels que celui qui mentionne l'existence d'un Dieu qui est le tout des dieux, on peut dire que partout, dans les hymnes du Bigvéda, l'idée de l'unité première et totale cherche à se fixer et n'hésite qu'à faire déchoir certaines divinités pour en introniser une seule. En un mot, il y a plusieurs prétendants qui, s'ils n'avaient des rivaux, obtiendraient sans difficulté l'empire dont ils ont déjà tous les titres. Ainsi, Soma allume le feu des aurores, porle les mondes, veille à la naissance des dieux, développe la magie de la nature et crée le ciel et la terre. Agni reçoit les mêmes emplois dans d'autres textes et figure comme grand constructeur et essence universelle. Varouna, qui, plus tard, doit descendre du titre d'Océan céleste à celui de Mer des Indes, Varouna est le Maître des eaux, elles-mêmes Mères des êtres et Compagnes du Soleil, si ce n'est antérieures à lui. Souvent on l'oppose à Mitra, soleil diurne, et alors il personnifie, comme soleil nocturne, l'essence mystérieuse delà lumière invisible etde la fécondation cachée. Le principe lumineux, dont l'Aryen se sépare toujours difficilement, et le principe humide, cause de vie, de sanlé, d'immortalité^ se combinent pour porter Varouna à l'un de ces rôles que les premiers philo'îophes grecs, en vertu d'une pensée analogue et d'observations identiques, donnèrent successivement à l'Eau, à l'Air et au Feu.

Ailleurs, les hymnes rapportent simplement au couple primitif, Terre et Ciel, les notions de préexistence et d'action suprême, et c'est encore une idée qui se retrouvera dans la mythologie grecque. Mais on peut citer une autre conception propre aux Aryens, et peut-être la plus marquée du caractère panthéiste : c'est la déesse Aditi, déesse père et mère, identique avec tout ce qu'elle engendre et peut engendrer, et dont Varouna, Mitra, Sourya (le soleil) et Indra sont les enfants. Nulle autre divinité ne semblait mieux faite pour assumer le concept du tout du monde, si son nom, qui s'étend parfois de l'idée de Nature à celles de Sainteté etde Sacrifice, doit de plus être regardé comme exprimant l'Indivision (par opposition à Diti, la Division, mère des malfaisants Dètyas).

Mais l'anthropomorphisme triompha de la spéculation physique à

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