‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 135 sur 243 · FUSION DE L'ANTnROPOMORPnTSME ET DU PANTHÉISME · texte numérisé non relu

FUSION DE L'ANTnROPOMORPnTSME ET DU PANTHÉISME

laquelle répondent tous ces dieux. Les mêmes hymnes, où l'idée cosmogonique se fait jour par ces tentatives diversement dirigées, parfois la renversent et en sapent la base. C'est quand ils donnent à Manou et aux Angiras, les patriarches prêtres, le rang de cause et la paternité sur le Feu et sur la Libation. En effet, le premier ancêtre Manou a donné naissance au premier Feu, et tous les jours le sacrificateur appelle à la vie ce Dieu pour le sacrifice. Ce trait curieux de mythologie n'est qu'un signe entre beaucoup d'autres de la tendance, devenue générale à un certain moment, à transporter le type humain à la place initiale dans l'évolution du monde. Nous verrons comment il fut possible de suivre cette pensée sans abandonner le panthéisme, ou plutôt en le conduisant du même coup à son extrémité logique. Déjà ce que nous avons dit de l'idée de magie nous en fait pressentir le moyen. Mais pour finir ce chapitre et marquer la transition de la mythologie aryenne au brahmanisme indien, je ne veux plus qu'indiquer le personnage autour duquel se forma le dogme à la fois anthropomorphique et panthéiste.

Ce ne fut point un personnage historique. Non qu'il en manquât de cette espèce au temps dont nous parlons. Au contraire, ces tribus, qui, après leur établissement dans l'Inde et leur passage de la religion libre à la religion dogmatique, arrivèrent à ne plus se connaître ni ancêtres à proportions humaines ni littérature rapportée à des temps distincts, conservaient, à l'époque patriarcale et au plus fort de la production des mythes physiques, la tradition et les noms des auteurs de leurs hymnes sacrés, noms qui étaient d'ailleurs ceux de leurs familles encore florissantes. Quoique la postérité, à laquelle ils furent transmis avec les hymnes, n'ait point tardé à les envelopper dans le tissu de ses légendes extravagantes, il n'y a nul motif aujourd'hui de les traiter de fabuleux. Ces hommes des anciennes familles étaient donc bien des hommes véritables aux yeux des Aryens. Si quelquesuns, en petit nombre, ont été apothéoses, comme il le paraît, ils ont pris alors une forme analogue aux autres divinités védiques et une place parmi elles, et leurs mythes sont des mélanges du naturalisme ordinaire avec des traits humains et historiques reconnaissables. Cette exception à l'esprit habituel du liigvéda, où l'évhémérisme trouve si peu d'éléments à sa convenance, n'était pas de nature, on le voit, à fournir à la tendance religieuse nouvelle le personnage que nous lui cherchons.

Mais il y avait un ancêtre, le premier de tous, que cette qualité rendait propre à poser le commencement du monde, en même temps que le commencement de l'humanité, du moment que le type humain obtenait dans l'esprit religieux la prééminence sur les notions physiques. Cet ancêtre est Manou, que nous ne pouvons regarder pour-

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