LA NOTION DE LOI CHEZ LES ARYENS
tant comme appartenant à l'histoire; car rien n'en spécifie la donnée; et son concept répond trop bien à l'idée naturelle et même inévitable que les Aryens devaient avoir d'un premier auteur de leur race, pour qu'il soit nécessaire d'admettre qu'ils en avaient gardé la tradition réelle. Le nom de Manou désigne l'homme en général, et le désigne par sa qualité d'homme qui pense (rad. Man, d'où aussi Manas, le sentiment du moi, la conscience de la philosophie indienne). Il pouvait, par conséquent, servir à merveille de centre de formation à une doctrine cosmogonique, fondée sur l'existence primitive et le développement de l'homme devenu monde. Et de fait^ Manou eut un emploi très considérable dans cette doctrine; mais le premier rôle fut donné à une autre notion, de forme moins historique, plus mystique, et qui s'anthropomorphisa avec d'autant plus de facilité qu'elle représentait les intérêts d'une caste naissante.
Aux anciens Richis, c'est-à-dire, selon l'étymologie, aux Voyants, poètes et sacrificateurs de tribus, avaient succédé sans révolution, et par le fait de l'hérédité naturelle de la fonction prophétique dans quelques familles, ces brahmanes fameux pour lesquels la religion fut une profession. Les traditions elles cérémonies étaient dans leurs mains ; ils les conservaient et ils allaient les transformant. Or, le nom adopté par ces pères du dogme signifiait la prière, le rite, le sacrifice, et s'étendait, dans un sens physique, à l'idée de production; dans un sens moral, à celle d'élévation et de sainteté. Ils durent le préférer à tout autre pour symboliser et anthropomorpbiser à la fois la notion de l'origine et de l'essence des êtres, celle de la révélation divine et de la religion. C'est ainsi que Brahma devint, dans une acception panthéiste^ le premier Homme-Dieu d'un culte destiné à passer par différentes adorations, sous différents noms, sans abandonner l'œuvre d'une mythologie populaire de plus en plus éloignée de l'ancien sens phénoméniste, et toute vouée aux pires superstitions, pendant que le travail métaphysique accompli sur les mêmes données préparerait rappaiilion d'une loi nouvelle où, l'idée de l'homme prenant le pas sur l'idée de Dieu et de la vie universelle envisagée sous l'aspect du mal, le bien et le salut seraient placés dans une opération humaine capable de conduire au néant de la vie. Triste fin de l'esprit optimiste de la primitive Arye, qui voyait dans l'univers tant de dieux bienveillants occupés au maintien d'une loi dont le but est le bonheur des hommes, et combattant la puissance toujours renaissante mais toujours vaincue des ténèbres.
La notion de la loi du monde sous l'empire des anciens dieux védiques est d'autant plus intéressante à analyser qu'elle contraste avec l'idée de l'ordre universel et de la destinée des êtres, telle qu'elle