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LA NOTIOX DE LOI CHEZ LES ARYENS

3° Vidée religieuse ancienne : Elle a pour principe l'attribution des phénomènes de tous genres à des volontés et passions divines expresses, motivées par les intérêts des hommes, qu'elles peuvent servir ou contrarier, et par les actes de ces derniers concernant leurs propres rapports à la divinité. Ce n'est pas que l'opinion de la fixité de bien des liaisons composant l'ordre du monde ne s'impose (leur caractère mécanique beaucoup moins, nous l'avons vu) ; mais, même dans ce cas, l'établissement souverain de cet ordre, sa conservation sont considérés comme des actes formels et actuels des dieux qui ont le pouvoir d'y déroger, et qui, disposant continuellement de la partie muable des phénomènes, la dirigeant en vue de certains intérêts, luttant quelquefois contre des dieux leurs adversaires, peuvent être armés en leur bonne volonté ou désarmés dans leur colère par la vertu de certains actes qui sont du ressort humain.

4° Le dualisme matériel : Le visible, l'éclatant antagonisme des effets des forces naturelles, quand elles sont considérées dans leur rapport avec les intérêts humains auxquels elles sont, partout et continuellement, tantôt favorables et tantôt nuisibles, porte infailliblement à partager la puissance divine entre des volontés et dss passions contraires, l'esprit qui regarde la divinité comme restée en possession des lois de la nature, et libre d'en diriger journellement le jeu flottant dans une partie considérable des phénomènes et, à la rigueur, dans tous, ou en certaines circonstances. Ce dualisme peut s'appeler matériel, tant que la division des forces divines conserve un caractère essentiellement naturaliste, c'est-à-dire tant que l'anthropomorphisme universel ne se sépare pas décidément de la signification physique, dans les phénomèmes, et ne revêt pas le sens moral de la volonté droite et bienveillante, d'un côté, et perverse de l'autre. C'est le cas du monde aryen, antérieurement à une révolution des sentiments moraux, qui fit sortir de ce berceau, au moins en partie, comme nous le verrons, la religion iranienne.

5° Le dualisme moral : Ce dernier peut surtout réclamer, et on lui attribue d'ordinaire exclusivement le nom de dualisme, tant le dualisme matériel était affaibli par la disposition d'esprit optimiste de ses sectateurs aryens, toujours en adoration devant les grands phénomènes de la lumière et de la vie, et répandus en actions de grâces sur l'œuvre des puissances bienfaisantes qui établissent la loi et qui la font triompher des agents de ténèbres, constamment révoltés, mais constamment vaincus. Ajoutons ceci d'essentiel : que l'attention de ces hommes admiratifs et reconnaissants, émerveillés du don de la vie, grands enfants à l'état d'innocence relative, étrangers à l'expérience des populations agglomérées, et des grands États et des grandes guerres, ne s'était pas encore assez détournée sur l'homme

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lui-même et sur son éloig-nement de l'idéal moral. Le vrai dualisme ne peut commencer qu'avec un jugement pessimiste de la conduite humaine, lequel est la suite des épreuves chez les âmes nobles et, se projetant pour ainsi dire sur le spectacle de l'univers, en fait apercevoir, avec un sentiment nouveau, la face sombre de mal physique, en correspondance avec le mal moral. Alors l'idée de celui-ci se généralise et s'étend à la cause des conditions mauvaises de l'existence humaine.

La notion aryenne de loi est donc celle d'un ordre essentiellement bienveillant de l'univers. Elle s'exprime par différents termes qui se ramènent à des radicaux signifiant constitution, adaptation et conservation des choses. Le plus important est le mot rita qui peut avoir ce sens, ou celui d'une marche régulière, comme le cours du soleil, par exemple, sans qu'on doive en aucun cas exclure l'idée d'une personne supérieure qui engendre, établit, dirige, cette idée étant naturellement inséparable, au point de vue primitif et religieux, de celle de l'établissement ou de la direction. Il faut tenir compte du double aspect pour satisfaire à l'ensemble des locutions, telles que garder, observer, ou violer, transgresser le rita, et puis voie du rita, roue, char, chevaux, cocher?, du rita, séjour, matrice, nombril du rita, etc. Les personnifications mythiques, lAurore, les Eaux, sont diles fidèles au rita; le Soleil en est la face brillante, les ténèbres lui sont ennemies ; et ailleurs cette même Aurore est appelée la mère du rita. Mais la Nuit reçoit la même qualification, le posl hoc en langage mythologique entraînant facilement le -propter hoc, qui est ici la maternité. Enfin le Ciel et la Terre sont aussi les mères de la loi : ce n'est que le progrès en généralisation de la même idée.

Il ne faudrait pas croire que l'idée formelle d'une volonté divine ne vient jamais remplacer, dans la notion de loi, la génération mythologique. On trouve dans le Rigvéda des passages où le rita est assimilé aux prescriptions émanées d'un souverain. Les Adityas et surtout Varouna sont alors présentés comme les auteurs ou les soutiens de la loi, les protecteurs de ceux qui l'observent. Toutefois, ce n'est point de préceptes moraux, mais bien toujours des phénomènes naturels qu'il est question, à ce point de vue de la loi comme législative : différence capitale à l'avantage de la conception hellénique de la loi.

Le rôle d'Indra, relativement à la loi, est particulier dans Tancienne mythologie védique, ce qui tient à sa qualité de dieu exclusivement voué à la lutte contre les influences malfaisantes, et d'ailleurs étranger aux conceptions d'ordre universel ou cosmique, dans lesquelles l'esprit est forcé de faire entrer les éléments perturbateurs aussi bien que les actions favorables aux intérêts humains^ quand les uns et les

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