‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 145 sur 243 · ZEUS ET THÉOS · texte numérisé non relu

ZEUS ET THÉOS

profonde du mythe. Si c'est elle qu'il faut préférer, on a le droit d'y voir la figure d'un rédempteur de l'humanité, se dégageant peu à peu de la religion physique de la divine flamme enfermée dans un morceau de Lois. D'un côté, les inductions tirées du mouvement rotatoire, générateur du feu, peuvent n'être pas sans rapport avec l'imagination du char du soleil, aux essieux enflammés; de l'autre, l'idée du feu céleste personnifié, descendu sur la terre, éteint, prisonnier dans les corps opaques, mais se ranimant et animant tout, providence des mortels, se rapproche sourdement de ce dogme de la rédemption auquel la mythologie fraya tant de chemins différents.

Quoi qu'il en soit de l'histoire et de la forme primitive d'un mythe particulier, on ne peut guère douter de l'origine védique et du sens fondamental de la grande divinité commune des nations gréco-italiques. Le Zeus et Zeus-pater des Grecs, le Deus, Diespiter, Jupiter des Latins, le Tina des Étrusques, descendent en ligne directe du grand Dèva que l'Arye elle-même appelait déjà quelquefois Diauspitar. Le radical Dlv désigne le concept du Lumineux, qui était le fond de cette religion fondamentale du Dieu par excellence. Aussi les attrihuts de Zeus, ou Deus, sont éminemment ceux d'Indra, le premier Dèva des anciens Aryens : il lance la foudre et gouverne les météores, donne la pluie et le jour, chasse les puissances des ténèbres. Mais ce n'était pas tout pour les Grecs de nommer ainsi le Dieu dominateur, et de le nommer conformément à la tradition. Il fallait aussi qu'ils se formassent l'idée générale de Dieu, c'est-à-dire qu'ils construisissent la forme attributive du nom. Ici, selon M. L. Ménard, à l'opinion de qui je me range, parce qu'il la motive philologiquement avec beaucoup de force, les Grecs s'élevèrent à un bien autre concept. Ils empruntèrent les mots 6£6; et OsTs; (qu'il faut alors distinguer de Zs'jç et de Aïoç, ainsi que du Deus latin et de ses dérivés), ils les tirèrent, dis-je, de ce radical important de leur propre langue (8éw, Ttôf/iJ/.) d'oîi nous avons nous-même pris le mot thèse et ses composés, et qui exprimait tout ce qui concerne la position, Tordre, l'établissement, la loi, la justice. Si les choses ne se passèrent pas exactement ainsi,, on peut croire du moins que la ressemblance des mots favorisa la formation d'une idée parle moyen d'un de ces calembours, qui sont loin d'être toujours futiles dans le fond, et auxquels les mythographes nous ont appris à attribuer l'origine de bien des légendes. C'est encore de cette manière que les idées de Dieu et de Vie (Zsjç, Z-^v) purent se rapprocher. Les Dieux furent donc représentés comme des législateurs cosmiques et des distributeurs de vie.

Ni cette notion générale de la divinité, ni même l'attribut capital de Zeus ou Deus, le Jour, le règne dans l'éther, ne s'imposent uni-

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