DTEUX SPÉCIAUX, DIEUX LOCAUX
richesses souterraines, et que la mort enrichit sans cesse; et c'est sous ce dernier nom surtout que Aïdès fut connu de la mythologie latine;
Une Pallas-Alhènè, personnification de l'air et de Teau supérieure et céleste, élevée graduellement de l'essence physique des plus suhtils éléments à l'idée de l'esprit dans la science et dans l'art, de l'intelligence et de la raison dans la conduite de la vie, du courage raisonnable dans l'âme du héros, enfin de la Sagesse même dans la personne de Zeus, qui se créa cette fille sans mère;
Un Ares, type tout contraire du courage, ou plutôt de la force brutale; mais ce démon violent et sans frein qui anime les hommes à la destruction et au carnage, ce dieu du Fer est aussi le soc divinisé de la charrue, qui prépare la moisson en déchirant la terre; et les langues confirment une attribution d'ailleurs certaine et dont la valeur psychologique est des plus intéressantes (àpoijv, araré) ;
Un Phoîbos Apollon, fils de Lèto la Nuit, symbole des rayons bienfaisants du soleil, et une Artémis, sa sœur, qui rassemble ce que l'imagination peut rêver d'utile ou de charmant dans la lumière de la lune. La Grèce eut d'autres dieux solaires qu'Apollon; lui seul se modela progressivement pour devenir le digne inspirateur du sanctuaire amphictyonique de Delphes. Ce Dieu, dont la victoire sur le serpent Python nous reporte aux concepts de la mythologie la plus antique, puisqu'elle rappelle la lutte d'Indra contre les Asouras, en symbolisant le combat des rayons solaires avec les torrents et les marais, fils du déluge, et les vapeurs malfaisantes des vallées, ce Dieu héros, devin et médecin se trouva à la fin le représentant accompli de la grâce et de la beauté, unies à tout ce que les dons et l'étude de l'art, la rectitude de la vie et la volonté de la justice réalisent de perfections dans la personne humaine ;
Un Hermès, qui n'est d'abord que le crépuscule personnifié, et qui devient le symbole de tout ce qui est passage, échange ou intermédiaire, depuis le commerce et le vol jusqu'aux bornes des terres, à la conduite des âmes, aux messages de Zeus et à la parole elle-même (1).
Cette énumération de quelques points saillants d'une mythologie aux traits innombrables ne doit pourtant pas nous faire oublier le caractère sanglant de certaines divinités, c'est-à-dire de leur concept et de leur culte en certains lieux : ainsi l'Artémis taurique, et ces sacrifices dont le plus fameux motiva un jour le non moins fameux jugement de l'école épicurienne : Relligio peperit scelerosa atque impiafacta. La Grèce connut donc, elle aussi, les produits religieux de la barbarie, de la férocité et de la peur. Mais ses cultes se dépouillè-
(1) Voir L. Ménard, De sacra poesi Grœcorum, p. 36.