DÉFINITION DE LA. SOLIDARITÉ SOCIALE
différence, dil-il, c'est qu'Adam était dans l'état d'innocence et que nous sommes enclins au mal. L'assimilation n'est pas juste, si Ton veut par là nier toute hérédité ; et la diff'érence n'est pas admissible dans le système de Kant ; car aucune distinction n'y est possible entre Adam et ses descendants, à l'égard du mal qui n'est pas encore fait. Nous avons vu, en effet, que l'homme en général apporte, selon Kant, un penchant inné au mal^ sans lequel l'usage vicieux du libre arbitre ne s'explique point; en cela Adam a donc déjà cessé d'être innocent quand il exerce sa liberté sous des conditions de temps; et, d'un autre côté, l'espèce d'innocence qui lui appartient, en tant que libre et juste encore, ne convient pas moins à tout homme vivant à une époque quelconque. Cette dernière proposition résulte formellement du passage suivant :
« Toute action vicieuse, du moment qu'on en cherche l'origine rationnelle, doit être considérée comme accomplie par un homme sortant immédiatement de l'état d'innocence. En effet, quelle qu'ait été sa conduite antérieure, et quels que puissent être les agents physiques, en lui ou hors de lui, qui l'aient influencé, son actiont n'en est pas moins libre ; elle n'a été déterminée par aucune de ces causes, et peut et doit conséquemment être déclarée, malgré tout, un exercice primitif du libre arbitre» (ch. iv, trad. Trullard). Ceci nous ramène à la loi générale de solidarité, dont Kant ne tient pas compte dans la question du mal. Et je ferai observer d'abord, pour n'y pas revenir, l'affectation que met le philosophe à caractériser comme agents physiques les mobiles internes ou externes qui interviennent dans l'exercice de la liberté. Sont-ce pourtant des agents physiques, ces motifs étrangers au devoir, mais puisés si souvent dans nos fins lés plus nobles, dans nos affections les plus désintéressées, quelquefois dans la raison même ? Et ces influences morales qui ressortent des milieux humains qui nous précèdent ou nous environnent : l'exemple, la coutume, l'honneur (faux ouvrai), et enfin la loi positive? La solidarité dans le mal, non moins que dans le bien, est morale aussi bien que physique.
J'appelle solidarité sociale, car il est temps de définir un mot dont il est facile d'abuser, le lien résultant de l'ensemble de ces mobiles d'un acte libre qui se rattachent aux actes antérieurs répétés et habituels dans une société donnée, et aux maximes autorisées, et aux institutions et coutumes dont l'expérience et la répétition mêmes sont les sources. Il y a aussi une solidarité personnelle, ou de la personne avec elle-même, qui comporte une définition analogue : il suffit de substituer les actes antécédents de cette personne et les habitudes ou engagements qui en procèdent, aux actions anciennes ou