LOI DE SOLIDARITÉ NATURELLE
jour : lo lempérament, la santé, les dispositions profondes de l'organisme, et, déplus, les instruments, les capitaux acquis au travail et à l'habileté, d'une part, se modifient du fait de chacun de nous, et, de l'autre, se transmettent modifiés aux générations successives. Morales, nous voyons les modifications physiques, dès qu'elles sont bien caractérisées et constantes, entraîner des dispositions intellectuelles et passionnelles. Nous voyons aussi, réciproquement, les fonctions de l'entendement et de la passion, en s'altérant par l'exercice et se fixant par les habitudes, déterminer des modifications physiques, qui, légères ou profondes (celles-ci plus graves peut-être que nous ne pouvons les surprendre), ont incessamment peur effet de corrompre ou de réparer la nature, ou de la détruire ou de la créer, et, avec elle et ses forces vitales, les phénomènes supérieurs qui conviennent à ses divers états. Enfin, tout ce qui est ou devient physique est par là même susceptible de transmission héréditaire, quoique nous ne sachions clairement ni suivant quelles lois ni entre quelles limites. Il en résulte que le bien et le mal laissent en héritage un penchant à faire le bien ou à faire le mal .
Ceci concerne la solidarité dans l'ordre de la famille. Nous la prendrons tout à l'heure dans l'ordre social. Mais remarquons que la liberté n'en est pas atteinte, hors les cas extrêmes, le cas d'aliénation mentale par exemple. La naissance et la propagation d'un penchant, sa tendance à se tourner en habitude de certains actes, constituent des forces que la liberté morale doit quelquefois vaincre, qu'elle subit souvent, mais qui ne l'annihilent point.
Maintenant remontons aux premières familles de l'humanité, et demandons-nous si le premier travail accompli par la liberté sur des natures humaines vierges n'a pas dû leur imprimer des traces profondes, qui, de génération en génération, alTaiblies ou renforcées par les œuvres de chacun dans chaque filière, sont descendues jusqu'à nous et composent la partie native de nos caractères? Une induction simple et inévitable nous oblige à l'affirmer. Est- il besoin d'ajouter que ce grand fait de la solidarité naturelle n'a rien de commum avec la transmission de l'imputabilité des fautes? Loin de là, nos penchants innés, sans nous justifier dans le mal, nous excusent souvent, et, dans le bien, nous méritent le triomphe, puisque alors nous les avons vaincus.
Kant semble ignorer la loi de la solidarité, dont il ne prononce même pas le nom. Il continue son interprétation de la Genèse, pour remarquer que nous avons tous péché en Adam, en ce sens que nous péchons tous les jours comme lui, en subordonnant la Loi morale à l'égoïsme et aux impulsions de la sensibilité. Il y a cependant une