‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 150 sur 243 · LES DIEUX HÉROS : HÈRAKLÈS, DIONYSOS · texte numérisé non relu

LES DIEUX HÉROS : HÈRAKLÈS, DIONYSOS

appartient à la mythologie védique. Le fils d'une mère foudroyée, l'être dithyrambe, c'est-à-dire deux fois né, né sur la terre, né dans le ciel, est visiblement cet Agni-Soma dont la naissance mortelle se fait violemment au sein d'une substance terrestre embrasée, mais dont la production accomplie a lieu dans le séjour divin. Indra porte Soma dans sa cuisse, comme Zeus porte Dionysos. Le nom de Dionysos, en tant que Feu, peut s'expliquer par l'association des idées de jour et de nuit (Diou^ Nysa), si nous nous rappelons la double existence, latente et obscure, extérieure et brillante d'Agni. Le nom de Bacchos, s'il vient de bliakcha, signifie sacrifice et nourriture sacrée . Il n'est pas jusqu'au nom du vin (ccvoç, vinum) qui ne se rattache à Soma par l'épithète de Vinas, le bien-aimé, donnée à ce Dieu ; et l'on sait que Bacchos est souvent chez les poètes la propre personnification du vin, (Voir Langlois, Mémoire sur Soma.)

Ainsi le mythe et le culte de Dionysos étaient ceux de la Liqueur exhilarante dont l'espèce changeait seule avec les régions, mais dont les propriétés extraordinaires, les attributs divins, les rapports avec le Feu céleste ou terrestre et avec la Libation et l'Oblation restaient les mêmes partout et inspiraient des conceptions semblables. L'anthropomorphisme rapprocha graduellement de l'humanité le personnage du mythe et, le tournant en pure légende, le lia tantôt aux ancêtres des tribus grecques, tantôt aux personnages similaires des peuples voisins, tantôt peut-être aux propagateurs fanatiques, mais ceux-ci réels et historiques du culte orgiastique de l'ivresse.

Après l'expédition d'Alexandre on imagina aisément un Bacchos indien qui aurait anciennement parcouru la terre en conquérant pacifique; mais il ne paraît pas invraisemblable qu'il ait existé une origine plus sérieuse de ces traditions constantes de l'antiquité qui nous présentent la religion du plus jeune des dieux comme propagée à travers mille excès et mille folies dans l'Asie Mineure et dans la Grèce, ici non sans résistance. L'époque de ce mouvement religieux est postérieure sans doute au temps d'Hésiode et d'Homère^ car ces poètes ne connaissent rien de l'orgie. Sor^'point de départ peut être la Thrace ou la Macédoine. Mais pourquoi les extravagances des sivaïtes de l'Inde, vers le vin° siècle avant notre ère, n'auraient-elles pas aussi rayonné au loin, sauf à s'affaiblir et à se particulariser, quant à la doctrine, à mesure qu'elles gagnaient du pays, et jusqu'à ne plus représenter que la tendance à l'exaltation de l'àme obtenue par des moyens physiques et le principe supposé divin des aliénations mentales temporaires ?

Quoi qu'il en soit, les peuples grecs eurent la force d'absorber et de transformer ce culte de perdition, La figure de Dionysos s'hellénisa, tout en conservant quelque chose de la mollesse orientale. L'or

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gie même arriva, dans l'art, et, par conséquent, visa, dans la réalité, à un certain caractère de noblesse et de beauté. Dionysos devenu tout à fait grec fut le dieu de Nysa, quoiqu'on ne pût dire de laquelle des villes de ce nom, et sa légende se diversifia à l'infini selon que chaque localité avait des motifs de l'interpréter en la tirant à soi. Mais ce qu'on pourrait appeler l'âme primitive du mythe dionysiaque n'expira pas dans ces tiraillements. Les idées mystiques de sacrifice, de martyre et de rédemption, celles de royauté céleste, terrestre, infernale, contenues dans les mythes aryens du Feu sous les noms d'Agni-Soma et de Yama, traversèrent les âges et furent enfin recueillies dans les mystères, où nous les retrouverons.

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