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CHAPITRE XVII

La poésie et la morale des Grecs. — Esprit d'Homère.

Continuons à suivre ie génie original du peuple grec, et insistons sur cette identité de nature de l'Homme et du Dieu, qui est la doctrine génératrice du culte des Héros. Nous voyons le Dieu, nature physique essentiellement différente de l'Homme, à ce qu'il semble, se poser comme une personne ; la personne vivre et se développer humainement, par un obscurcissement graduel de son essence naturelle et divine ; les exploits et les mérites de l'Homme reconstituer le Dieu, qui paraît alors n'être qu'un homme idéalisé; eniin, l'apothéose de l'âme victorieuse, et de l'âme seule, fermer le cercle ouvert par la personnification divine d'un phénomène. Or les croyances ne parcourent pas une telle carrière sans donner au génie humain et au mérite humain un encouragement immense. Tout homme se sent porter en lui-même un Dieu en puissance; et d'ailleurs il descend aussi d'un Dieu, puisque toute race a son ancêtre mythique ou légendaire. De là viennent ces sentiments du droit et de l'égalité, sources de tant de vertus et de nobles productions, mobiles indispensables de la véritable vie civile et des progrès de la société. Sans douteune autre espèce de religion et de piété exige d'autres adorations. Mais le peuple qui subordonne à un concept public aussi fier les sentiments de piété plus douce et plus intime peut gagner du côté de la vertu au delà de ce qu'il perd du côté de Y amour. La preuve en a été donnée par l'extrême éloignement de leur propre idéal dans lequel ont vécu et vivent des nations qui ont reçu le haut renseignement d'une religion supérieure.

Je n'aurais pas tout dit sur le caractère grec, si je ne mentionnais maintenant une singulière absence d'exclusivisme et de fanatisme dans la foi. Ces esprits si pénétrés du sentiment du divin, respectueux pour les Dieux et les cultes étrangers (voyez Hérodote, par exemple), et cependant très capables d'enthousiasme et fortement attachés à leurs divinités civiles ou mystagogiques, avec cela imbus de superstitions sans nombre, ont toujours fait une part plus grande à l'imagination qu'à la passion dans leurs produits religieux. Les poètes ont

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