ARISTOCRATIE ET DÉMOCRATIE
hautes visées religieuses, à demi helléniques, à demi orientales, laissaient apercevoir le dogmatisme et le monachisme au fond de ses mystères. La Grèce elle-même, dans ce même temps, obéissait à des tendances démocratiques de plus en plus prononcées, qui ne faisaient, il est vrai, que développer son esprit propre, dont j'ai rendu compte, mais son esprit un moment menacé par une loi historique des sociétés.
En vertu de cette loi, à laquelle tant de faits, et partout, rendent témoignage, la liberté primitive des membres égaux d'une petite nation, presque d'une famille, ne se soutient pas sans d'extrêmes efforts et de grands mérites au moment où les idées et les sentiments s'individualisent et se multiplient, où les relations dé la vie se compliquent, où la propriété territoriale et le capital s'accumulent dans les mêmes mains, où les villes se peuplent de multitudes en proie aux passions et à la recherche des moyens d'existence. Alors, en effet, se produisent ces phénomènes sociaux que le nom d'anarchie résume dans les moments critiques, et dont le remède ordinaire est le gouvernement tantôt d'un tyran qui s'appuie sur la plèbe, tantôt d'une aristocratie qui renverse le despote et fait, à son tour, les concessions indispensables. L'éternelle gloire et l'éternel exemple de Rome et d'Athènes sont de n'avoir employé le pouvoir d'un seul qu'aux moindres doses et d'avoir eu longtemps des aristocraties capables de comprendre les sacrifices nécessaires au bien public et de s'y résoudre. On n'en pourrait dire autant d'aucun autre peuple de l'antiquité. On ne le pourrait dire peut-être d'aucun peuple moderne, n'étaient les leçons laissées par les anciens.
L'esprit aristocratique fut représenté en Grèce par la race dorienne. Il donna à cette race la ténacité, la supériorité dans les conseils, l'organisation exclusivement militaire qui devinrent un jour si fatales à la démocratie athénienne. Il lui inspira, au temps de ses établissements, des institutions communistes fondées sur le plus dur servage des travailleurs. Les philosophes, épris de l'idée de l'unité sociale, eurent depuis lors les yeux constamment fixés sur la vieille politique de la Crète et de Sparte, et il est certain que l'un d'entre eux, et des plus anciens, voulut fonder un État analogue, à Crotone^ dans la Grande-Grèce, en l'appuyant sur le dogme des transmigrations et sur un vaste symbolisme où s'alliaient la religion et les mathématiques. Remarquons que l'époque florissante de la civilisation étrusque embrasse les temps de l'antiquité Cretoise, des institutions de Lycurgue, et des législations aristocratiques de plusieurs colonies grecques de l'Italie méridionale, et s'étend jusqu'à la fondation avortée de Pythagore. Nous sommes conduits, non point à