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CHAPITRE XIX

De l'esprit religieux et politique des races italiques.

Je n'avais pas dessein de m'arrèter sur celles des branches de la famille aryenne dont les produits religieux anciens nous sont à la fois le moins connus, ont le moindre intérêt par eux-mêmes, et se sont fait la moindre place dans le cours commun des idées des nations européennes. Si maintenant j'y touche en passant, c'est pour obtenir d'une manière plus complète un résultat qui me tient à cœur; pour montrer quelles difTérences d'esprit et de caractère éclatent entre des peuples qui descendent certainement des mêmes ancêtres : comment les uns sont entraînés par la passion de la guerre dans un état de barbarie relative, d'où, par le fait, ils ne sont pas sortis de leur propre mouvement (Celtes, Germains, Slaves), tandis que les autres ont conçu et appliqué dans une forte mesure les principes politiques de lajuslice (Grecs et Italiotes); commentceux-ci, en possession de leurs consciences, ont fondé le droit social; comment ceux-là l'ont manqué en se livrant sans bornes à l'égoïsme des passions individuelles. Ailleurs, nous en verrons d'autres arrivera l'oblitération de sentiments moraux dont ils avaient eu leur part dans les libres origines que nous leur connaissons (Indiens, Mèdes et Persans). La critique peut affirmer aujourd'hui qu'elle n'ignore rien des grands traits de l'histoire morale des Aryens. Les conclusions nettes et assurées qui en ressortent s'établissent en contradiction formelle d'une prétendue philosophie de l'histoire, toute construite sur l'ignorance des faits, à l'aide de généralités vagues que relèvent les Heux communs du fatalisme.

Je traiterai plus tard les questions générales du développement religieux et social des peuples, je ne dis pas de Vhumanité, si ce n'est dans le sens de ce mot qui est l'expression universelle de V Homme. Cette humanité-là se retrouve partout dans les individus et dans les peuples, mais on ne saurait lui assigner une loi constante, indépendante et séparable des lois mobiles, souvent opposées, qu'elle s'est faites dans les divers groupes entre lesquels elle s'est distribuée. Je tâcherai de démêler ce que l'analyse permet d'apercevoir de plus général

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pour le passé et ce qu'elle admet de possibilités ou d'espérances pour l'avenir.

Il faut doncqueje continue le tableau historique que j'ai entrepris. Je ne saurais y consacrer que peu de pages à des nations dont la vie morale n'est devenue vraiment intéressante que depuis qu'elles ont reçu l'éducation de Rome et de la Grèce, ensuite la pression des traditions sémitiques, descendu es d'une source différente. Ce préambule n'a pour but que d'expliquer pourquoi je ne passe pas encore plus brièvement sur l'enfance de ces tribus, c'était alors leur nom, qui semblent appelées de nos jours à régner sur le globe.

Mais le juste dédain de l'historien philosophe ne doit pas s'étendre jusqu'aux races italiques. Tout lui donne à penser que leurs débuts sociaux et religieux sur leur terre d'adoption mériteraient, par une forte originalité et par une rectitude morale étonnante en des points essentiels, sa plus haute attention. L'insuffisance des renseignements l'oblige seule à être bref, d'autant mieux que les données demeurées trop incertaines doivent être écartées, pour tirer de ce que l'on ne conteste plus des conclusions générales non suspectes.

Ce qui est hors de doute, avant tout, c'est que les populations italiques étaient d'origine ou tout ou presque tout aryenne, et en grande partie pélasgique, celtique pour une autre part. Leurs mythologies, celle des Étrusques eux-mêmes quand on la réduit à ses premiers éléments, sont du genre aryen et ne rappellent ni l'Egypte ni les Sémites. Leurs langues, dont le latin littéraire est une provenance, appartiennent à une même famille. Il n'y a de difficultés que pour l'étrusque, langue à peu près perdue. Tous les doutes un peu graves portent sur le peuple qui la parlait. On ne tombe d'accord ni de son ethnique, ni de la source de ses institutions sacerdotales et de sa science hiératique, en supposant qu'il la faille chercher hors de luimême. Mais, quoi qu'il en soit, il résulte de faits h istoriques avérés que l'Étrurie et ses diverses colonies italiennes, après un temps d'expansion considérable au nord et au sud de la péninsule, de dOOO à 800 ans environ avant l'ère vulgaire, se trouvaient, d'une part, pressées par les Celtes^ à l'humeur indisciplinable et conquérante, de l'autre, entourées de peuplades qui partageaient ou respectaient leurs principales croyances, imitaient à l'occasion leurs rites religieux et se pliaient moins à leur civilisation, toute de servage et de privilèges.

Dans le cours du viiF siècle, Rome fut fondée par une troupe d'hommes déclassés ou à l'état de protestation et de guerre contre les aristocraties environnantes. Telle est du moins la tradition. Qu'on l'adopte, qu'on la rejette, il est certain qu'une tribu sans illustration imposa peu à peu sa prépondérance et son nom aux groupes latins,

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sabelliens, étrusques, qui, à la suite de plusieurs autres, s'étaient disputé et partagé le petit territoire des sept ou huit collines. Sitôt que cette ville nouvelle se trouva être quelque chose, elle eut aussi son aristocratie, à cause du pouvoir de la coutume et par l'effet de la loi d'accroissement autour d'un noyau primitif formé de quelques familles. Elle dut faire alors à l'Étrurie de nombreux emprunts d'institutions et de rites, et c'est ce que constatent, par exemple, les traditions historiquessur le roi Servius Tullius, plus sérieuses que la légende de Numa, ce législateur nommé d'une personnification de la loi (Nomos) (1). Mais le caractère des Ramnes ou Romains (auxquels on doit joindre ici sans doute un autre groupe établi ou transplanté sur les collines), ce caractère plus marqué chez eux que dans aucune autre tribu italiote, et qui fut un des grands éléments de leurs destinées, consista en ce que la Plèbe fît un effort énergique et constant pour s'élever au niveau des privilèges politiques et religieux, ajoutons et de la vertu militaire et civile des familles patriciennes; tandis que celles-ci se distinguèrent non moins constamment par une haine ardente du gouvernement despotique.

Le commencement du vi*' siècle nous montre l'Étrurie expulsée de la plupart de ses établissements des rives du Pô par une invasion celtique. La fin nous conduit à la révolution romaine, à l'expulsion des rois, que les Étrusques tentent inutilement de restaurer, et à l'organisation de ce pouvoir consulaire, presque aussitôt amendé ou complété par la dictature et le tribunat, institutions uniques, merveilleuses, qui assurèrent à un peuple capable de les appliquer correctement une longue suite de progrès et de grandeurs.

Le siècle suivant continue l'affaiblissement du principe étrusque. Les tribus Samnites ramènent à une liberté sauvage, mais que Rome organisera en les absorbant, non sans peine, la région de la Campanie auparavant dominée par des colonies étruriennes. Ces mouvements d'affranchissement n'étaient pas d'ailleurs des faits isolés. Dans une autre partie de l'Italie, où des populations de sang grec s'étaient depuis ongtemps fait place, l'aristocratie subissait de graves échecs quand elle tentait de se constituer en sacerdoces dominateurs. C'est ainsi que fut renversé à Crotone le célèbre institut pythagorique dont les

(1) Voir le travail substantiel de M. A. Maury, Revue gerynanique, t. XVII, p. 480. — J'admettrais volontiers pourtant, comme un fond liistorique du règne de Numa, l'existence d'une période d'organisation qui aurait succédé, sous l'influence sabine, au gouvernement tout militaire des premiers temps. 11 ne me paraît pas impossible que la mémoire d'un législateur réel ait servi de centre à la composition légendaire. Mais nombre de traits des institutions attribuées à Numa portent l'empreinte d'idées bien postérieures et même de l'esprit de système.

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