DISTRIBUTION DES RACES HUMAINES AU POINT DE VUE SÉMITIQUE
père de Prométhée. Il faut plutôt croire qu'une heureuse rencontre a favorisé le jeu de mots étymologique que le génie hébreu a cherché, en voulant assigner le rapport du caractère et du nom^ conformément à sa pente ordinaire [Genèse, ix, 27). L'idée caractéristique de ï expansion est, au reste, d'autant plus justifiable que, s'appliquant aux Aryens, elle aurait enveloppé la race touranienne à laquelle le document ethnico-géographique n'a pas fait une place distincte (4).
Cette vue est confirmée par le résultat d'études mythologiques, qui placent vers l'orient de l'Asie Mineure, au sud du Caucase, la plus ancienne élaborai-ion des mythes relatifs à Japhet. Or le dixième chapitre de la Genèse symbolise, dans les fils de ce pabnarche, des peuples qui appartiennent en partie à cette contrée, quoique l'exacte détermination n'en soit pas toujours facile aujourd'hui. Les Grecs ou Ioniens s'y reconnaissent sous le nom de Javan. On peut, enfin, regarder comme démontré que l'Asie Mineure, à peu près entière, a appartenu dans l'antiquité à des peuples aryens, et que ceux de cette même race qui sont passés en Europe ont longé de côté ou d'autre les rives de la mer Noire et par conséquent peuvent avoir séjourné ou s'être succédé à des intervalles plus ou moins longs aux frontières septentrionales du monde sémitique. Toutes ces considérations m'engagent à conclure :
1° Que Japhet a personnifié pour les Hébreux, non seulement la région de leur horizon, mais encore plusieurs races dont l'une a fourni le nom du fils envahissant de Noah. Des Aryens et des Touraniens ont dû ainsi être confondus, en une commune opposition au sémitisme civilisé, impérialiste, odieux aux Sémites nomades.
2° Que les traditions orales, sur lesquelles s'est formée la légende ethnographique, peuvent remonter à une époque très ancienne et même antérieure à la descente des Abramides en Egypte, à quelque époque au surplus qu'elles aient été écrites et que le contenu ait pu en être retouché.
3° Que la bénédiction donnée à Japhet, l'approbation singulière accordée à sa force expansive, jusque sous les tentes de Sem [Genèse, IX, 27), et l'admission à la qualité de Sémites de quelques peuples appartenant probablement à d'autres races, expriment la préférence que l'Hébreu témoigna de temps immémorial à celles-ci, comparées, soit à ses frères désavoués, soit à l'Egypte, à laquelle il rattacha ces
(1) Le document compte Madài et Magog parmi les fils de Japhet; or le premier de ces noms répond à une contrée (la Médie) qui est maintenant reconnue pour avoir été de langue touranienne dans la haute antiquité, et le second désigne les peuples septentrionaux, tant aryens que touraniens probablement, que les anciens ont appelés des Sci/lhes et dont les iacursions étaient redoutées dans toute l'Asie méridionale.