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DISTINCTION ESSENTIELLE DES SÉMITES : LA LANGUE

mation. Mais, ici, à chaque idée élémentaire est affecté un radical de deux et presque toujours de trois lettres, qui ne sont que consonnantes, fixes, inaltérables. Les voyelles viennent comme après coup pour marquer les modifications de la pensée à l'intérieur de cette forme première. D'ailleurs, peu ou point de flexions, point d'associations, car l'emploi de quelques particules et pronoms agglutinés ne mérite pas cette qualification. Il serait impossible de comprendre que des hommes eussent passé de l'un à l'autre de ces procédés, où le travail instinctif de l'expression de la pensée par la parole est visiblement fait d'original, et pris à la base, des deux côtés (1).

Aucune langue ancienne n'a connu de distinction fondamentale entre les parties du discours. Cependant l'identité du nom et du verbe, la facilité même de traiter tous les termes de rapport comme des noms pouvant être sujets ou régimes, dans la proposition, et se modifier en conséquence, sont des propriétés beaucoup plus marquées dans l'hébreu. C'est ce que Spinoza observait déjà très philosophiquement, et ce qui portait ce philosophe à classer toutes les catégories grammaticales de la langue de sa nation sous la rubrique du nom, entendant par le nom tout mot qui exprime quelque chose tombant sous l'intellect : savoir, les choses proprement dites, leurs attributs, leurs modes, leurs relations ou actions (2). A cet égard l'hébreu est peut-être moins rapproché des langues aryennes qu'il ne l'est du chinois quoique différant essentiellement de cette dernière langue par les modifications qu'il admet dans les mots. Il rappelle également le système monosyllabique par l'extrême simplicité de ses constructions, et pourtant sa méthode de détermination par les voyelles, dans l'intérieur d'un radical de trois lettres, est aussi opposée au monosyllabisme qu'à la méthode des flexions.

Une différence entre les langues indo-européennes et l'hébreu, moins profonde sans doute que le mode de transformation des radicaux, mais inexplicable encore dans l'hypothèse d'une origine commune, est le parti pris qui se remarque en chacune de ces langues, dans ce qu'on appelle Vétat construit des noms. D'un côté, celui de deux noms en état de relation mutuelle, qui est regardé comme modifiant la signification de l'autre est celui dont la forme se modifie. Tel est le cas dans les langues classiques. Dans la langue hébraïque, c'est le contraire : le nom modificateur est celui qui garde sa forme, et c'est celle du nom dont le sens est modifié qui change.

(1) Voir Renan, Histoire générale et système comparé des langues sémitiques, p. 18, 93, 434, 444. Je cite ce bel ouvrage, où sont résumées les meilleures autorités, d'ailleurs toutes concordantes.

(2) Compendium grammaticés linguœ hebrseœ, ouvrage inachevé, p. 18, dans les Opéra posthuma, édit. 1677.

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