CHAPITRE XXV
Unité, divisions et caractères des Sémites.
Si les caractères physiologiques étaient les seuls que l'on put consulter pour discerner des races et séparer des origines, on n'aurait jamais songé à regarder la famille sémitique comme essentiellement différente de la famille aryenne : et en effet les deux familles ont été longtemps confondues sous le nom, d'ailleurs impropre, de race caucasienne. Quand on a recours aux caractères intellectuels et moraux, la question fait un pas ; car les Sémites, envisagés en corps de nations, offrent de tout temps des qualités tant positives que négatives qui tranchent fortement sur celles des Aryens. Mais ceci ne suffirait pas, le Sémite, pris individuellement, développant au besoin les mêmes aptitudes que l'Aryen, et l'Aryen les mêmes que le Sémite, et les différences les plus marquées des peuples en ce genre pouvant avoir leurs origines à plus ou moins de distance d'un berceau commun.
Mais lorsque la diversité profonde des langues vient se joindre à celle des caractères moraux, il n'est plus permis d'hésiter ; on doit déclarer ceux-ci primitifs, j'entends originaux ou dus à l'action que chaque race exerce dès l'origine sur ses propres dons natifs. Une nation peut dans certains cas perdre son idiome et parler comme l'étranger, mais elle ne saurait développer son langage, une fois trouvé, en sens contraire du génie qui le fait être. Il n'existe pas d'exemples d'un peuple qui ait changé la grammaire de sa langue traditionnelle ; et même, dans l'ordre de la spontanéité, cela ne se conçoit point.
Entre le système grammatical commun aux langues aryennes et celui des langues sémitiques, il y a incompatibilité. Là, les radicaux monosyllabiques sont des mots pleins, où l'élément de la voix s'unit à celui de l'articulation ; ces mots subissent des flexions et se composent entre eux pour exprimer des rapports et des idées complexes ; le son et même l'articulation caractéristique d'un radical sont loin d'être invariables avec le temps ; souvent ils se modifient, d'une famille à une autre famille, et suivent des lois régulières de transfor-