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EXTÉRIORITÉ DES ARYENS ET DES SÉMITES

races plus anciennes, que ces peuples eux-mêmes ont trouvées et exterminées sur la terre de leurs établissements, comme leurs traditions le rapportent. Je laisse également de côté, à l'extrême Orient, la civilisation et le monosyllabisme chinois, qui restèrent en dehors du point de vue des nations de l'Asie occidentale el moyenne et de l'Afrique, et n'avaient point eu de relation originelle avec elles. Et je ne parle pas non plus des langues polysyllabiques agglutinantes, ni de la langue de ces ïouraniens dont l'intervention dans les civilisations de l'Asie est un sujet d'études et de découvertes plus récentes (1). Mais même dans la sphère où je me resserre ici, il y a trois éléments qu'il n'est pas permis de confondre, à quelque obscure époque et à quelques peuples primitifs qu'on veuille remonter. Je les ai déjà fait connaître en partie dans leurs sources, et j'ose dire que la diversité des dispositions morales et religieuses des hommes des trois séries, la diversité des premiers fruits qu'ils ont tirés de la réflexion et de la liberté, appliquées à leurs caractères natifs et à leurs milieux, n'éclatent pas moins que la spontanéité variée des langages.

Les trois éléments sont l'aryen^ le sémitique et le chamitique. J'ai contesté la distinction de l'élément kouschite, ou céphène, ainsi qu'on le nomme quelquefois. Tout ce qu'il est possible d'admettre, en fait de rapport de Semel de Cham, c'est une très ancienne communication, une action et une réaction entre les Sémites et les nations monosyllabistes africaines. Celles-ci, sous l'influence des premiers, auraient, non pas changé de grammaire, ce qui est impossible, mais adopté peu à peu une grammaire imparfaite qui leur manquait. La même cause expliquerait des ressemblances d'une autre nature entre la langue de l'Egypte et les langues sémitiques, dont elle s'éloigne radicalement d'ailleurs (2). Cette division ternaire est confirmée d'une manière précieuse par la plus ancienne tradition ethnologique conservée chez les Sémites; car on peut donner ce nom à la légende de Sem, Cham et Japhet, toute légende qu'elle est, et tout incomplète qu'elle reste après le dépouillement de la fable.

A l'égard des rapports d'origine entre Sémites et Aryens, j'ai discuté et rejeté leur prétendue tradition commune, touchant un séjour primitif paradisiaque. Mais l'irréductibilité des langues est l'argument par excellence, et j'ai tâché de le présenter dans sa force.

Toutefois le critique le plus savant et le plus indépendant ne se soustrait pas lui-même sans peine à deux causes d'hésitation : l'une est l'exemple donné par l'école allemande, restée encore si théologique

(1) Voyez, pour la question de l'ethuiquc chaldéeu le plus aucien, le c. xxix ci-dessous.

(2) Renan, op. cit., p. 79-90.

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jusque dans ses grandes hardiesses; l'autre est le préjugé de l'unité en toutes choses, préjugé qui domine cette même école et ne la domine pas seul, mais se lie aux sentiments panthéistes, substitués de notre temps à la doctrine monothéiste pure de l'âge précédent. L'auteur français dont il faut ici louer l'œuvre exégétique accomplie dans notre pays, abandonne la thèse dogmatique de l'ancienne érudition, mais non sans en conserver des points importants qui permettraient de la reconstruire. Ainsi il nie résolument que des hommes de même origine et de même langage soient arrivés jamais, en se séparant, à composer leurs modes de parler sur des types grammaticaux mutuellement incompatibles ; il nie que des rapprochements de lettres, faits au hasard, aient la moindre valeur scientifique pour identifier des langues; il nie, de plus, que des peuples à idiomes hétérogènes puissent être supposés avoir vécu ensemble, fils des mêmes pères, à une époque anté-verbale, ou seulement anté- grammaticale; et, en effet, cette hypothèse est vaine. Mais ensuite il se laisse toucher par la ressemblance physique et intellectuelle des deux races (aryenne et sémitique) ; il attribue à la communauté de leurs mythes de bonheur perdu et de séjour paradisiaque une antiquité démesurée, dont leurs communications historiques rendent la supposition inutile. Ajoutons que la similitude entre ces mythes, des deux parts, n'est pas assez exacte pour n'être pas suffisamment explicable par l'existence d'une pente naturelle de l'esprit de l'homme sur de certains sujets, vers de certaines croyances.

Mais comment concevoir une fraternité dont on a renversé les arguments positifs, et supprimé les moyens? « Je me représente, dit le critique jusque-là si résolu, l'apparition des langues sémitiques et celle des langues ariennes comme deux apparitions distinctes, quoique parallèles, en ce sens que deux fractions d'une même race, séparées immédiatement après leur naissance, les auraient produites sous l'empire de causes analogues, suivant des données psychologiques presque semblables, et peut-être avec une certaine conscience réciproque de leur œuvre. » — «L'humanité comme l'individu ne saurait se souvenir sans la parole, et si les traditions communes admises par MM. Ewald et Lassen ont quelque réalité, il faut reconnaître que le commerce des deux races se prolongea au delà des premiers jours de leur existence. On pourrait comparer ces relations primitives à celle de deux jumeaux qui auraient grandi à une petite distance l'un de l'autre, puis se seraient séparés tout à fait vers l'âge de quatre ou cinq ans. En se reirouvant dans leur âge mûr, ils seraient comme étrangers entre eux, et ne porteraient guère d'autres signes de parenté que des analogies imperceptibles dans le langage, quelques idées communes, telles que le souvenir de certaines localités, et par

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