‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 201 sur 243 · MORALE DES PATRIARCHES 48S · texte numérisé non relu

MORALE DES PATRIARCHES 48S

restera pour toutes les croyances qui en dériveront. Et la réversibilité n'est pas des mérites seulement; elle est aussi des fautes et entraîne l'application à des races entières du châtiment dû à certains de leurs membres, et surtout à leurs princes et à leurs ancêtres. Ainsi l'on voit les Philistins punis de la faute d'Abimélek et les Égyptiens de celle de Pharaon (xx, 17-18^ et xu, 17). On se tromperait beaucoup si l'on croyait devoir rattacher ce concept moral (immoral, comme nous le jugeons aujourd'hui) au dogme de la condamnation de l'espèce humaine à cause de la désobéissance d'Adam, dans la cosmogonie jéhoviste. Le dogme, tardif en son sens moralement inadmissible, vient au contraire du concept. Le concept vient d'une généralisation abusive de la solidarité naturelle, fait d'observation, et de l'insuffisance de l'idée du juste, dont le principe, c'est-à-dire la conscience personnelle exclusivement responsable, est obscurci. La racine de l'erreur est dans les faits et dans les passions à la fois. Le fait est l'extrême resserrement du lien familial et social, d'où résulte le spectacle démoralisant du partage de la responsabilité indépendamment des actes et des mérites. La passion est celle qui donne pour compagnes à la justice la haine et l'amour : l'homme qui se peint Élohim ou Jéhovah à son image lui attribue sa propre impulsion à affliger ou à favoriser de toute sa puissance ceux que la communauté du sang lie à ses ennemis ou à ses amis.

Un autre vice capital de la moralité des Hébreux est cet absolutisme divin devant lequel ils font taire leur conscience, alors même qu'ils en entendent les plus distinctement la voix énergique. L'obéissance sans réserve el sans examen, comme dans la légende du sacrifice d'Isaac, est une exagération violente du principe d'autorité, qui tendrait, si elle devenait commune et si la nature n'y résistait pas, à détruire la notion propre du devoir en la confondant avec la volonté divine manifestée, c'est-à-dire à supprimer une autonomie sans laquelle la conscience n'est rien. Le mérite ne dépendrait plus alors de la conformité des actes avec une moralité dont le principe serait évanoui, mais seulement de cette foi qui fut imputée à justice à Abraham, dans la vision de Mamré (xv, 6). Quoique le précepte formel de la foi ne soit pas habituellement énoncé dans les fragments du caractère le plus antique, il me parait trop lié avec l'exclusivisme religieux et avec la croyance en un dieu tout-puissant, auquel les nations circonvoisines opposaient tant de rivaux, pour que j'hésite à le rapporter à l'ancienne religion hébraïque.

Au leste, si la foi porte avec elle un danger de démoralisation et de fanatisme inhumain, comme ne l'ont prouvé que trop le catholicisme et l'islamisme, descendus de la même source, il faut avouer aussi qu'elle est une exigence légitime de la religion, excès à part. Le

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