‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 206 sur 243 · ASTAROTH ET ADONAÏ · texte numérisé non relu

ASTAROTH ET ADONAÏ

la Phénicie avait opéré une heureuse transformation du concept sémitique commun, le Bel céleste, BaaI-Chammon, qui paraît en être la racine. Ceci d'ailleurs n'empêcha point le culte ancien d'exister et de se perpétuer, sous les noms de Baal ou de Moloch, dans les villes et colonies phéniciennes, et cela jusqu'aux derniers temps de Carthage, relevée sous les empereurs romains.

Une autre production mythique, ou, à parler plus exactement, symbolique, appartient principalement aux Sémites des rivages et des îles de la Méditerranée, dès la haute antiquité, quoique certains dieux solaires chaldéo-babyloniens en offrent aussi des exemples : je veux parler d'Adonis et d'Astarté, de leur culte, répandu plus tard en Gi èce et dans le monde romain. La religion d'Attys et de Cybèle, analogue à celle-ci, se trouve anciennement dans une autre partie de l'Asie occidentale, chez les Aryens de Phrygie, sans doute fort mêlés d'éléments sémitiques. L'Egypte, à dater d'une époque difficile à fixer, développe dans le même sens la donnée symbolique d'Osiris et d'Isis. Que cette double personnification divine descende en Asie des vieilles divinités de Babylone, Bel et Mylitta, c'est possible; en tous cas, elle s'inspire du même esprit, c'est-à-dire de cette imagination qui cherche dans le monde une puissance fécondante, un développement dans une matrice, et un rapport entre ces deux principes. L'idée babylonienne était peut-être la plus simple et la plus grossière, de même que la plus ancienne, le travail sacerdotal ne s'y étant que médiocrement appliqué, ou s'élant frayé d'autres voies, sous l'influence des cultes planétaires. La Phrygie et la Phénicie, moins pénétrées par la spéculation astrologique, s'appliquèrent au vieux symbole, et ces races moins courbées lui donnèrent une forme plus dégagée, plus riante, celle-là même que les Grecs empruntèrent et qui fut déshonorée par les folies orgiastiques des prêtres de la Grande Déesse. L'Egypte, enfin, dont la religion nous a paru assez peu mythologique de sa nature, dut composer son mythe d'Osiris à l'imitation des Phéniciens : j'entends le mythe développé, l'histoire du Dieu démembré et réparé. Les symboles solaires sont spontanés dans une contrée où le culte du soleil est de toute antiquité. D'ailleurs l'importance de ce culte, la grandeur du personnage d'Osiris, ses incarnations, le dogme de l'immortalité donnèrent à l'ensemble de la construction égyptienne une profondeur et une portée que n'avaient peut-être pas les cultes d'Attys et d'Adonis.

Je n'ai point à m'arrêler à des mythes connus et dont le menu détail est dénué d'intérêt philosophique. Le fond commun qui les porte est un Dieu jeune et beau, né au printemps, mort à l'automne de quelque blessure, ou poursuivi par un ennemi. Une Déesse, amante, épouse, sœur ou mère du Dieu, pleure sa perte. Il ressuscite,

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