TEMDANCR DE KANT A L'ÉVOLUTION
spécifiques à l'état de manifestation actuelle ou possibilité d'exercice. Ils n'en possèdent pas moins avant leur naissance, et déjà clans l'œuf, les dons psychiques (pour parler expressément de ceux-là) qui doivent, de génération en génération, les caractériser tous. L'homme possède de la même façon, c'est-à-dire dans lœuf fécondé, au sein de sa mère, les dons psychiques spéciaux d'où dépendent les arts désignés par le philosophe, et il les possède héréditairement, et innés, et c'est par l'expérience que nous le savons, par l'expérience qui ne nous montre nulle part la transmission d'un art autrement que sous condition d'exercice graduel des facultés innées qui permettent de l'acquérir.
La singulière méprise de Kant sur les modes réels d'innéité et d'hérédité n'admet qu'une seule explication, c'est qu'au fond C3 n'est pas Vhomme qu'il chargeait d'acquérir ces arts de la parole et de la pensée, de la stature droite aussi, qu'il disait acquis, mais bien \''a7iimal à l'état de pur instinct et de guerre naturelle avec ses semblables, en voie de devenir homme par une suite de modifications accumulées capables à la fin de constituer des qualités spécifiques, tant physiques que morales. En un mot, l'hypothèse évolutioniste existait dans sa pensée, au moins ici à l'état latent; il entrait sans le vouloir dans une de ces conjectures, qu'il disait lui-même être peu susceptibles de s'élever à la probabilité, sur l'emploi du long espace de temps qu'il supposait, dans l'histoire naturelle de l'homme, avoir précédé l'œuvre de la réflexion. Seule, cette hypothèse était compatible avec la donnée supposée d'un homme à l'état de pur instinct, et propageant sa race sans sortir de cet état, durant une longue suite de générations ; car un tel homme est et reste un pur animal, à tout autre point de vue que celui du transformisme de l'espèce, puisqu'il n'apporte point en naissant la disposition individuelle, héréditaire, au développement de la réflexion. Ce point de vue, ne manquons pas d'en faire la remarque, est celui d'une transformation continue, et non pas d'une descendance animale qu'on admettrait en supposant un changement brusque d'espèce, une révolution produite dans le germe, et de nature à en modifier et élever les puissances.
C'est donc l'évolutionisme proprement dit, dont l'esprit caractéristique consiste à envisager tous les êtres comme les produits du développement continu d'une substance.
Au reste nous savons que, dans un ouvrage postérieur de quatre ans aux Conjectures, à savoir dans la Critique du jugement, Kant a montré, vers ce système de l'évolution universelle, des tendances cette fois plus nettement accusées et dont Hœckel a pu se servir pour appuyer sur une grande autorité philosophique l'idée générale
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d'une histoire naturelle des êtres, telle que lui-même la comprenait après Lamarck et Darwin; et il faut bien avouer, comme nous avons trouvé déjà d'autres occasions d'en faire la remarque, qu'il y avait à côté de Kant le créateur du criticisme, un Kant mélaphysicien, de qui les doctrines avaient plus d'analogie, quoiqu'il se soit abstenu d'en tirer les conséquences, avec le panthéisme et l'émanatisme qu'avec les postulats de la raison pratique. Mais nous reviendrons ailleurs sur cette importante question avec tous les développements nécessaires.