LES CULTES SÉMITIQUES
le procédé d'assimilation semble se réduire à des rapprochements futiles et à des calembours. On a des erreurs à craindre en assignant l'origine particulière de chaque fable, mais il faut maintenir l'exactitude de ce genre d'explications, d'autant plus admissible qu'elles paraissent plus grossières (1) . Parmi ces emprunts de la mythologie phénicienne, ceux qui sont faits aux légendes historiques des Hébreux sont des plus intéressants, et nous apprennent comment l'histoire et la demi-histoire deviennent tout à fait mythes. Au reste, les emprunts aussi sont quelquefois réciproques. Les Hébreux, dont le sens historique est toujours le plus marqué^ malgré le mélange inévitable du réel et du merveilleux, ont pu composer eux-mêmes des morceaux d'histoire purement formelle, en introduisant dans la fdière de leurs généalogies ordinaires, et pour les temps perdus, tels éléments de l'espèce de mythologie propre à leurs voisms. Par exemple, les personnages de la descendance jéhoviste d'Adam parKaïn,à commencer par cet auteur de la première ville, et Lémech, le premier polygame, et Jabal, père des hommes de la tente, et Joubal et Toubal-Kaïn, inventeurs de la musique et de la métallurgie, appartenaient selon toute apparence à la série des révélateurs d'aits des Sémites polythéistes. Au reste^ les légendes d'Adam et Eve et de Kaïn se distinguent par une forte couleur étrangère à ce qui fut ou devint l'esprit dominant des Hébreux.
J'ai exposé ce qu'il est possible de recueillir de plus général sur l'état religieux des Sémites polythéistes, en remontant aux éléments antiques autant que possible, et élaguant la multitude des petits faits et des rapprochements douteux, matièrede discussions interminables. Pour me résumer, j'y remarque : 1° des notions universelles de divinité, à la fois anthropomorphiques et abstraites, qui semblent exclure le symbolisme, qui le permettent par une voie et avec des procédés particuliers; 9° des déterminations divines, les unes célestes, les autres terrestres^ auxquelles se rattachent, d'un côté, la révélation des arts et des sciences et l'origine de la civilisation, et, de l'autre, cette espèce de destinée, ou fortune bonne ou mauvaise, admise dans l'astrologie; 3° un développement mythologique d'un caractère peutêtre plus intellectuel et plus héroïque, chez un peuple entreprenant tel que les Phéniciens; 4° un effort spéculatif qui se traduit par la composition des cosmogonies, dont je traiterai ailleurs; 5» la tendance à renfermer l'idée générale de Dieu et du monde dans une certaine Nature, principalement femelle, mais active par ses attributs, qui engendre toutes choses et aussi qui les dévore. Cette conception,
(1) Id., loc. cit., p. 269.