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membres symbolisent des forces et des idées, et ne laissent pas d'être pleinement anthropomorphes; des âmes on ne peut plus séparées et concrétées, voyageant dans l'espace et de corps en corps; des épreuves, des jugements, des résurrections; des luttes cosmiques entre le bien et le mal, la lumière et les ténèbres; des sacrifices volontaires, et étendus jusqu'à la divinité; des cérémonies expiatoires; des corps sacerdotaux et une diététique savante; enfin, l'adoration des dieux, et surtout de ceux du feu et de la lumière, et de ceux que leur bonté porte à s'incarner sur la terre, adoration ardente et dont nul autre peuple n'a approché. Cette religion est originale. Elle a des caractères distinctifs dont il est, le plus souvent encore, impossible d'assigner l'origine, quoiqu'on ne doive pas les supposer tous établis sans gradation et sans variations. Mais une antiquité médiocre, en Egypte, surpasse de bien des siècles l'antiquité la plus élevée des autres nations.
Si la l'on cherche ailleurs dans le monde les idées religieuses elles grandes coutumes de l'Egypte, ou bien on ne les retrouve en aucun autre lieu, ou, comme pour la doctrine des transmigrations, et pour celle des émanations divines, on les voit résulter, plus tardivement, de l'élaboration proprè d'une autre race, de génie diffèrent, et se rattacher à un autre système. FA si, posant à priori ce faux principe, qu3 toutes les races ont dû partir des mêmes points de l'entendement, obéir aux mêmes tendances et suivre les mêmes voie primitives, on veut, par exemple, expliquer les origines religieuses de la Chine et de l'Egypte par le développement de l'esprit mythologique, ainsi qu'on explique maintenant celles des nations indo-européennes, on se trouve hors d'état de rendre compte •le propriétés ayant valeur de caractères, et qui se seraient introduites dans des religions premièrement semblables. Il faudrait pouvoir indiquer le commencement de chaque divergence; mais, loin de là, plus l'étude approfondit les croyances, et permet de remonter haut dans la série des âges, plus on voit se marquera certains égards l'originalité de chaque grande nation; plus aussi les communications entre les anciens peuples deviennent douteuses, en dehors de celles qu'on peut rigoureusement prouver. L'ancien pontaux-ànes de la philosophie de l'histoire, qui conduisait les écoliers de l'Inde à l'Egypte, de l'Egypte à la Grèce, de la Grèce à Rome, entraîne dans sa ruine tous les systèmes fondés sur l'hypothèse d'une évolution unique de l'esprit humain.
L'esprit mythologique, dont l'application franche, résolue et longtemps persévérante caractérise les diverses branches de la famille aryenne, ou indo-européenno, ne consiste pas proprement dans l'aptitude à créer des symboles. Cette aptitude coniujune à tous les liom-
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mes, et qui reste pour eux d'un si grand usage dans toutes les fonctions intellectuelles, au service desquelles l'imagination la met, a été et a dû être surtout développée chez les races antiques les moins capables de généralisation formelle et d'abstraction. Le symbole, c'est-à-dire l'affectation d'un objet sensible et matériel à la signification et à l'expression d'une idée morale ou rationnelle, a servi à constituer le langage, puis l'écriture, et à formuler des concepts perlant sur l'homme et sur l'univers, à poser des objets en réalité asbtraits et généraux de la pensée, en même temps que de croyance et de culte, et, de cette manière, à aborder des notions obscures et complexes sans franchir ouvertement la sphère de l'imagination. La Chine et l'Egypte ont trouvé dans le symbolisme ainsi pratiqué, bien que très diversement, un puissant moyen de manifestation de l'esprit spéculatif et de la religion.
Ce n'est pas assez non plus, pour produire ce que j'appelle strictement la mythologie, d'attacher au symbole l'idée d'une existence personnelle. Cette illusion, les Égyptiens se la sont faite à l'égard d'un certain nombre de concepts (non pas précisément les Chinois, qui plaçaient leur anthropomorphisme dans la fiction des Esprits). Les Sémites polythéistes ont évidemment suivi la même pente. C'est ainsi que la vertu génératrice mâle et femelle, la fécondation, la construction, les actions et les influences, la puissance en général, ou sous tels et têts attributs, et beaucoup de notions de tout ordre ont pu avoir leurs symboles, et en même temps se présenter à l'imagination, tantôt commeréaliséesdanscertains grands êtres naturels, tantôt, si cela ne se pouvait point ou ne semblait pas suffire, dans certaines personnes supérieures invisibles. De là doivent naître des productions mythiques assez semblables à celles des Aryens, lorsqu'il arrive (ju'un symbole se lie à d'autres, et que les rapports entre les idées, entre les êtres divins qui correspondent aux idées, prennent cette forme symbolique particulière et complexe qui consiste en ce qu'une série de faits physiques est posée parallèlement à une série de faits moraux et à des aventures de personnes. Toutefois je ne saurais confondre ces mythes partiels avec le plein développement si constant et si suivi de l'esprit indo-européen dans la personnification universelle des phénomènes.
Il est très certain que l'écriture a eu par rapport au langage, en Chine, en Egypte, chez les Chaldéens, je n'ose dire une primauté naturelle, mais au moins une supériorité manifeste et prolongée, eu tout ce qui est de culture intellectuelle et morale. L'écriture primitive est éminemment le symbolisme, et les symboles qui s'y emploient pouvant se prendre directement dans la nature, les rapports exprimés ne s'entendent pas immédiatement et nécessairement comme des
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rapports de personnes entre elles. Il n'en est pas de même du langage appliqué par des peuples très vifs et très intelligents à la représentation de tout ce qu'ils découvrent et croient comprendre dans le monde, et lorsque l'enchaînement qu'ils établissent entre les parties de la parole ne se borne pas à la juxtaposition presque toute simple des mots à lier par la pensée, mais consiste à prêter à un ou à plusieurs de ceux-ci, constamment, dans chaque phrase, des rôles anthropomorphiques, et appelle les autres à signifier des qualités, des actions et des relations de ces personne ges.
La force de l'habitude, une sorte de distraction, la substitution mentale de nos abstractions habituelles aux objets véritablement exprimés par nous dans le discours, nous empêchent d'observer combien ce mode de parler est mythologique. Il est la mythologie môme, à le considérer strictement. Entre tous les peuples, les Aryens sont sans conteste (et plus éminemment encore dans l'antiquité) ceux qui ont apporté le plus de logique, d'énergie et de richesse à constituer le langage dans cette forme. L'esprit mythologique n'a donc été chez eux que la foi spontanée en la parole, en la grammaire comme ils la construisaient. Tout phénomène naturel observé et introduit dans la parole, toute idée plus ou moins générale et susceptible d'expression a pu ainsi devenir une personne; les rapports entre les phénomènes, entre les idées, ont été énoncés, décrits comme des rapports entre les personnes, c'est-à-dire comme des faits de la vie humaine, des aventures. De là, ce qu'il serait bon de se restreindre à nommer des mythes; et de là l'extension immense, on pourrait aussi bien dire l'universalité de ce genre de compositions, chez les races qui en ont eu vraiment le génie. Les caractères de généralité, de nécessité, de puissance, de grandeur, de beauté, sans exclure les attributs d'intelligence et enfin de moralité qui pouvaient s'y joindre, expliquent et déterminent l'idée du divin attachée aux personnages mythiques;, tant de la nature que de la pensée. Toutefois la généralité du concept suffit, et presque toute idée personnifiée par le langage est un dieu possible. Les universaux réalisés se sont toujours prêtés à devenir des dieux. Les plus intéressants, les plus élevés des concepts ou des phénomènes envisagés mythiquement ont formé les dieux les plus communs et les plus durables, mais la mythologie aryenne montre qu'il n'a pas plus existé de limites à la méthode de divinisation qu'à la fantaisie. Tout ce qui n'était pas absolument particulier, individuel, tout ce qui, par suite, intéressait tant soit peu constamment la vie et les passions, soit en bien, soit en mal, a pris au besoin la forme divine en se personnifiant. Seulement, les races se sont distinguées les unes des autres par leurs tendances à multiplier de préférence ou les concepts naturalistes ou les concepts
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moraux de la divinité; plus encore, postérieurement, par la nature et l'importance morale des types qu'elles ont maintenus et adorés, au milieu de la désuétude et de l'oubli où tombaient la plupart de leurs anciennes créations.
Ces concepts primitifs qui s'érigeaient en personnes et en dieux^, et qu i alliaient une sorte d'existence psychique propre avec l'identification soit aux phénomènes de la nature, soit aux notions de l'entendement, subirent deux sortes de transformations, l'une religieuse et l'autre philosophique. C'est dans celle-ci qu'ils s'altérèrent le moins. La philosophie réaliste, la doctrine des universaux, des entités, commencée bien avant Platon et encore si fortement représentée de nos jours, est un produit aussi aryen que la mythologie. Elle est née du même esprit, qu'elle a continué sous un mode en apparence rationnel. On peut donner raison à demi sur ce point au sy&ième positiviste de la philosophie de l'histoire, qui nous montre l'esprit humain passant de la phase théologique à la phase métaphysique. Seulement, ce passage veut être expliqué, défini et mis à sa place, au lieu de s'énoncer en termes vagues, absolus, comme une loi de l'humanité tout entière et portant sur quelque théologie que ce soit. D'autres théologies sont venues, n'ont pas cédé la place à la métaphysique, et n'ont pas disparu. La métaphysique dont il est question est d'ailleurs aussi ancienne pour les indo-Européens que l'est la première tentative qu'ils ont faite pour organiser leurs concepts. Elle n'exigeait pas l'abandon de leur théologie; elle pouvait même la confirmer; et encore maintenant la plupart de nos philosophes devraient montrer plus d'ouverture d'esprit à l'endroit de la méthode mythologique. Il est bien certain que les modernes qui accordent à des universaux, tels que l'Idée, ou la Volonté ou la Force, ou aux forces générales de la nature, ou aux lois du monde, une existence réelle, à part de la conscience et des êtres définis, de leurs propriétés et rapports constituants, de leurs actions et représentations, n'ont rien à reprocher aux hommes primitifs de la race au dire de laquelle La Lumière ou tel autre fait général était une substance séparée, appelée divine, appelée Dieu. Mais ces hommes ne cherchaient pas le réel hors d'une essence personnelle supposée, ni même, tout d'abord, cette essence hors du phénomène où elle apparaît. Sans doute, ils avaient encore peu réfléchi. De combien sont-ils plus avancés, ceux qui maintenant réfléchissent beaucoup , et n'arrivent qu'à énoncer {flatu vocis) des réalités à part tout à la fois des personnes et des choses, sans qu'ils en aient dans la pensée d'autres types possibles que les choses ou les personnes?
La transformation religieuse de l'esprit fut plus profonde, et aboutit à rendre la mythologie en quelque sorte étrangère aux descen-