‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 226 sur 243 · RÉCAPITULATION. LES PROCÉDÉS AUTRES QUE MYTHOLOGIQUES 5S · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION. LES PROCÉDÉS AUTRES QUE MYTHOLOGIQUES 5S

jamais entrée. Le pneumatisme de cette nation est aussi important et plus travaillé, quoique tout autre que le pneumatisme de la Chine. Enfin les Sémites à tendance monothéiste, les plus exclusifs des hommes dans leurs voies, n'ont pas tellement épuisé leurs forces dans l'établissement du plus abstrait et du plus puissant concept de la divinité comme cause personnelle, qu'ils n'aient aussi composé des légendes, et imaginé ou imité des symboles. Et les peuples de cette race, à l'exception d'un seul, ont multiplié les dieux autant qu'ils ont conçu d'attributs souverains, et, tout en leur prêtant la personnalité de lafaçon la moins équivoque, ils ont cherché pour eux des sièges dans les corps célestes. Ils leur ont également attaché des vertus et des propriétés dont l'idée leur était suggérée par des symboles. Tous les éléments de croyance appartiennent à l'homme en puissance, et il en est peu qu'il ne manifeste partout à quelque degré.

On voit clairement par la philologie que les races sémitiques se sont représenté Dieu sous les notions générales d'élévation, de souveraineté et de gouvernement. Jamais caractère ne fut si tranché, ni si certainement ancien, ni si opposé à l'esprit mythologique proprement dit, en dépit des sexes des dieux et des déesses, et de leurs générations à l'image des familles humaines. Un anthropomorphisme franc et résolu est au fond, et non pas à demi voilé par ces phénomènes naturels que la réflexion est tôt ou tard obligée de séparer de l'essence personnelle. Les idées de causalité et d'influence y dominent au lieu de celles de qualité et de substance, et la nature s'y trouve fortement subordonnée à la volonté, au moins originairement; car on ne saurait voir qu'un produit de savante élaboration dans l'idéemère des cosmogonies matérialistes, dans cette substance (assimilée p\'incipalement à l'eau) qui, par une sorte de fermentation, engendre tous les êtres, et à laquelle l'imagination transformiste et évolutioniste finit par prêter une puissance qui dispense de celle des dieux et serait au besoin capable de les produire eux-mêmes.

De même que l'étude du langage, étroitement liée à celle de la mythologie, nous en apporte l'intelligence, de même le point de départ commun des Sémites est établi par le sens incontesté des mots à l'aide desquels ils ont de tout temps exprimé le divin. Mais, de ce point, deux directions étaient possibles et ont été suivies. Dans l'une, l'anthropomorphisme s'est énergiquement maintenu, en excluant de la divinité tout attribut capable de la faire confondre avec la nature; et de là l'unité de plus en plus affirmée, de là l'incompréhensibilité avouée du pouvoir créateur et de l'être premier et essentiel, repré- .senté par les fonctions intellectuelles et morales de Ihomme agrandies, sans aucun sujet matériel où il fût possible de les attacher.

584 RÉCAPTTULATfON. LES PROCÉDÉS AUTRES QUE MYTnOLOGTOnES

Dans l'autre direction, on a défini des attributs et supposé des sujets, tantôt naturels, tantôt symboliques, de la puissance souveraine. Ils ont pu être, ils ont été divers; on les a séparés, et, au lieu du monothéisme, c'est le polythéisme qui s'est produit. Mais les dieux n'ont pas été pour cela ceux de la mythologie aryenne, quoique les uns et les autres aient dû aboutir dans la suite à des données religieuses analogues.

Lorsque l'adage Nomina numina, si souvent applicable aux dieux des Aryens, s'est vérifié chez les Sémites, ce n'a pas été pour nommer dieu chaque phénomène, dont la langue fournissait un signe générique; mais ce sont les variantes d'un petit nombre d'idées comme celles de force ou d'élévation, les attributions et les applications qui s'en faisaient, qui ont déterminé la constitution populaire d'une divinité détachée du tronc commun.

Quand l'imagination s'est adressée à la nature en lui demandant ou les premiers attributs de la puissance, ou des sujets qui puissent les porter, au lieu de diviniser les phénomènes à la fois généralisés et personnifiés^ elle a pris les grands corps.de Varmée céleste, et les a constitués en maîtres et régents de l'univers.

Quand le Feu s'est offert aussi comme une force divine, on ne pouvait point trouver un siège fixe et une réalisation matérielle unique et constante pour ce phénomène dans le monde, encore qu'il fût aisé de l'imaginer comme une sorte d'élément. Le culte de cet élément a dû ainsi être à demi matériel, à demi symbolique, se rapporter à des corps célestes, se généraliser en se liant à l'idée d'une cause souveraine de production et de destruction de la vie, ou s'attacher éminemment, ici au soleil, là à un astre supposé le principe générateur de tous les autres, situé dans une sphère reculée. Cette observation est une clef pour expliquer l'identification continuelle de tant de divinités sémitiques, les Baal et les Moloch.

Quand l'effort fait pour atteindre l'idée de la causalité divine aélé gouverné par l'image de la génération animale, des symboles grossiers se sont sans peine otïerts au culte. Par-dessus ces symboles, il fallait en outre imaginer une existence cosmique qui leur fût congruente. La lumière primitive et le feu constructeur ne se prêtant pas à la représentation de la nature sous cet aspect^ on a simplement personnifié le Générateur et la Matrice universelle. Celle-ci est devenue la plus importante des deux figures, en revêtant au besoin les attributs mâles, exclusivement propres à l'expression de la puissance. L'imagination a mêlé, séparé ou interverti les sexes, en divers modes exprimés symboliquement, ou même racontés en forme de mythes. D'ailleurs la Grande-Déesse, malgré l'universalité du concept de Nature, qu'elle exprimait, n'a pas laissé do recevoir des affectations terrestres

Page 1