RÉCAPITULATION. ÉTAT ACTUEL DES DIVERS PROCÉDÉS
d'un autre qui s'était appelé Créature (Kaïn) ? Cette absurdité surprenante était réservée à ces interprètes évhéméristes des vieilles rosmogonies, qui ont imaginé, par exemple, que Ciel et Terre avaient été en leur temps un très bel homme et une très belle femme, dont les contemporaiiis avaient transféré les noms au ciel et à la terre en les apothéosant ! Suivant le même beau système. Lumière, Feu et Flamme étaient les noms des premiers qui s'avisèrent de faire du feu en frottant des morceaux de bois; Chasseur et Pêcheur inventèrent la chasse et la pêche; des géants nommés Liban et Antiliban passérent leurs noms à des montagnes, etc., etc. On lit tout cela dans les fragments conservés de Sanchoniathon, ou de Philon de Byblos, son traducteur. Et au milieu de cette suite de générations qui s'ouvre par le Chaos et le Souffle — Le Souffle qui s'unit d'amour à ses propres éléments et fut dans le limon le principe de toutes choses, sans avoir, ajoute-t-on, connaissance de ce qu'il engendra, — on rencontre avec étonnement « un certain Elioun, dit Ypsistos, le Très Haut, » qui naquit aux environs de Byblos, épousa une nommée Bérouth, fut le père de Ciel et de Terre, ces deux enfants magnifiques et reçut les honneurs divins après avoir été dévoré par les bêtes féroces. L'ancien évliémérisme est, on le voit, une grossière caricature du procédé, pris à la lettre, qui fait du nom d''un attribut ou d'une œuvre le nom d'une personne.
Il est intéreressant d'examiner ce qui subsiste encore, dans les croyances publiques ou particulières, de tant de déterminations de la divinité introduites chez les diverses races, aux époques primaires de leurs religions. Si nous considérons l'espèce humaine et toutes les parties du globe, nous trouvons que tout ou presque tout ce que la plus haute antiquité a imaginé et cru, s'imagine et se croit encore, malgré les développements, les transformations et les échanges opérés dans l'histoire de chaque doctrine. Si nous n'avons égard qu'à cette humanité relativement placée sous l'empire de la raison, et à Inffuelle le nom même d'humanité doit son sens le plus élevé, en parcourant l'échelle des esprits qui la composent, nous constatons tantôt la forte tradition, tantôt du moins des traces notables de tout ce qui fut essayé primitivement pour définir Dieu : pneumatisme physique ou spiritualiste, naturisme allant au panthéisme, symbolisme plus ou moins reconnaissable, polythéisme des essences générales, monothéisme avec ou sans personnalité morale. Presque tout ce qui est philosophie manifeste une tendance marquée vers le panthéisme : c'est la forme que prend fatalement la visée à l'absolu ; et tout ce qui est religion se caractérise par un anthropomorphisme plus ou moins déclaré. L'homme divinisé par sa vie, le dieu défini en