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RÉCAPITULATION. CE QUI SUBSISTE DES PLUS ANCIENNES TRADITIONS

centres d'ébranlement appartiennent aux plus anciens temps et à deux races différentes, l'une, qu'on appelle païenne, a été abandonnée quant à la nature de ses applications, lesquelles avaient déjà fléchi de très bonne heure devant les exigences de l'anthropomorphisme; mais elle a fait prévaloir son principe de division de l'essence divine. En effet, la religion de l'occident, en se renouvelant de fond en comble, n'a pas laissé de donner suite à la croyance en des séries d'êtres bienheureux, et de personnaliser d'une manière multiple le seul qu'elle tienne pour éternel. La philosophie, plus fidèle à la méthode mythologique, mais impuissante à la restaurer (ce que pourtant elle a essayé dans l'exégèse stoïcienne), a du moins établi fortement dans les esprits le réalisme métaphysique de l'idéologie platonicienne, c'est-à-dire une mythologie transformée, où la théologie a pris un fondement.

L'autre tradition l'a emporté par la simplicité énergique et franche de son anthropomorphisme, concentré sur un créateur du ciel et de la terre, providence et juge des hommes. Mais l'indivision absolue et la puissance unique et accablante de ce créateur n'ont pu se soutenir qu'auprès des races les moins intelligentes et des sociétés les moins développées, chez des hommes voués à une certaine grossièreté de vie et de conceptions. Ailleurs, l'idée de la révélation a exigé un Dieu plus abordable, plus humain au sens moral du mot, connu par de meilleurs attributs que la force et le destin. L'idée des âmes immortelles et de leurs mérites s'est étendue au point de les appeler non seulement à la vision béatifique, mais même à être des membres de l'humanité de Dieu; et l'idée de la liberté surtout a porté à l'absolu divin une atteinte sérieuse, quoique trop peu radicale encore. Cette forte religion monothéiste que les notions de souveraineté et d'unité ont engendrée, et que maintient toujours le besoin d'assembler les lois et les causes, a donc été forcée de se modifier gravement et de se rapprocher, tant dans les concepts que pour les conséquences morales, de l'esprit et des doctrines des peuples qui ont cultivé la liberté et le droit. Une évolution nouvelle, si de grandes circonstances la rendaient possible, et si les sources de la foi .se ravivaient, aurait lieu sans doute dans le même sens.

Il est vrai que les errements habituels de la philosophie la mettent à l'état de protestation contre le développement naturel de l'idée religieuse. L'anthropomorphisme n'est traité qu'avec mépris par la métaphysique, et la théologie même craint de le défendre ouvertement. C'est alors le panthéisme qui reste la seule exégèse possible du monothéisme, ainsi que l'histoire de la spéculation Ta si bien montré; et cette exégèse est, pour la raison comme pour les croyances, la ruine accomplie du sujet qu'elle entreprend de faire connaître. Au contraire

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