PREMIERS PROGRÈS DES HOMMES SELON KANT
peine dans quelles erreurs l'imagination et tous les sentiments violemment excités durent se précipiter, lors du premier usage que la liberté de Thomme fit de son pouvoir de créer des hypothèses pour s'expliquer sa destinée.
Ainsi, quand je dis que Thomnie commence dans la raison et dans la liberté, c'est dans leurs puissances que j'entends : pour sortir du pur instinct, qui est l'état de l'animal, il possède la raison à l'état d'instinct pour ainsi dire, et la liberté est en lui d'avance par le pouvoir qu'il a de se représenter ses déterminations comme simplement possibles. C'est ce passage de la puissance à l'acte qui est le fond de l'histoire de l'homme primitif, et nous pouvons en tracer les principaux linéaments, tirés de la seule nature des fonctions en exercice et des phénomènes nécessaires de la vie, par des inductions qui n'ont rien d'arbitraire.
Kant a énuméré avec trop de modestie et de défiance de ses forces un certain nombre de points essentiels de l'initiation de l'homme à la raison. La plupart des idées qu'il a émises sur ce sujet sont trop bien fondées sur la nature des sentiments et des choses pour n'être que de simples conjectures, comme il les nomme (dans son opuscule intitulé : Commencement conjectural de r histoire de r homme). Il a tout droit de dire que, en s'élevant sur les ailes de V imagination, il n'abandonne pas le fil conducteur de la raison et de V expérience. Et même les ailes sont superflues ; il n'en est guère besoin pour rester si près de terre. Enfin, notre philosophe emprunte les récits de la Genèse., en guise de carte pour le guider sur sa route, non sans doute qu'il en reconnaisse Tautorité, comme histoire de faits positifs, mais visiblement parce qu'il ne saurait trouver un livre plus ancien dont l'auteur ait conservé de plus vivants vestiges des anciens souvenirs, ou se soit mieux inspiré des impressions primitives de la vie humaine.
Les caractères du passage de l'instinct à la raison se marquèrent, d'après Kant, dans ces diverses suites de faits, de réflexions qui s'y joignirent, et de modifications qui en furent engendrées :
Le choix des aliments, l'expérience de leurs effets, l'anxiété de l'expérimentateur, les suites morales d'une épreuve continuée à travers l'ignorance et le danger, et propre à révéler à celui qui la subit sa liberté et les fatalités inhérentes à l'emploi de sa puissance ;
La substitution de l'amour à l'appétit sexuel par la liberté réciproque des sexes, l'usage des vêtements, le sentiment de la pudeur et le sentiment de la beauté ;
La préoccupation de l'avenir, la recherche des fins réfléchies et lointaines, et l'inquiétude attachée à cette poursuite, et le travail imposé, et. après tout, la mort, sort commun des animaux, objet