‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 60 sur 243 · LES THÈSKS MORALES DE KA>T · texte numérisé non relu

LES THÈSKS MORALES DE KA>T

et des mobiles concrets, n'est propre qu'à le rejeter au delà des phénomènes et à l'anéanlir.

La fascination de l'idéal est moins trompeuse au fond pour l'autre paradoxe, celui qui, imposant à l'homme la perfection absolue des acfes, tous et exclusivement rapportés à une invariable loi générale, ne veut point distinguer de degrés dans la faute, interdit les plus légers manquements à la règle, d'un si grand bien et si manifeste qu'ils doivent être suivis. Ici l'embarras est, au premier abord, plus grand pour tout philosophe aprioriste qui n'admet pas d'exceptions à la morale et ne recule point devant la logique. C'est l'idéal, c'est le seul idéal possible sur ce sujet, que Kant a eu devant les yeux; et il semble bien que tous les devoirs sont égaux comme tels, et que l'obligation du devoir est ou n'est pas, ne saurait par conséquent s'exagérer, la loi étant supposée connue, et quelles que puissent être les difficultés de la pratique. Cependant, quand on parvient à se rendre compte des obstacles, on s'aperçoit qu'il en est d'une nature singulière^ et vraiment différents de ceux que la vertu la plus admirable donne l'exemple de vaincre. Des hommes ont fait au devoir des sacrifices réputés impossibles et remporté sur la passion, en s'aidant de la passion cependant, remarquons-le, des victoires que nul idéal ne surpasse. La constance même, de tous les éléments de la vertu le plus difficile, ne leur a pas manqué. Ce qu'aucun homme n'a fait peut-être, c'est de remplir rigoureusement, avec quelque suite et sans manquer à la sagesse, la multitude des petits devoirs (de sincérité et de véridicité notamment), quand les relations usuelles du monde se fondent sur la convention tacite de les violer (1). C'est aussi de se soumettre formellement à la Loi morale, dans le cas où il paraît certain qu'un très grand dommage en résultera pour soi, pour ses amis, pour le bien et la vérité dans le monde. Il y a plus, il arrive quelquefois que la violation de la règle, en vue d'un bien supérieur et impersonnel, implique sacrifice de la part de celui qui le commet, et alors un témoin désintéressé ne pardonne pas seulement, mais approuve, loue, admire; pourquoi tout cela?

Je suis bien loin de croire l'opinion infaillible dans ces questions ardues, et j'inclinerais souvent au verdict de Kant dans les cas particuliers, parce que la morale du monde est véritablement très relâchée, parceque les hommes sont trop portés à justifier les passions et à préférer le dévouement à la justice, et qu'enfin l'ignorance de la Loi, le mépris de la règle et les sophismes tirés du fait et du succès

(1) Cette impossibilité explique les coutradictioiis du Misanthrope, les je ne dis pas cela, que J.-J. Rousseau n'a pas voulu comprendre, et qui sout au nombre des traits de comédie les plus iutéressaûts, alors même qu'où supposerait (saus raison) que Molière n'y avait pas réfléchi.

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