‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 69 sur 243 · DU ROLE DES RÉVÉLATEURS · texte numérisé non relu

DU ROLE DES RÉVÉLATEURS

un faux principe dont j'ai parlé ci-dessus en. traitant des rapports de l'amour et de la justice. Tout homme qui regarde le bien comme un objet à réaliser extérieurement, autrement que par la raison et la libre volonté des âmes que ce bien concerne, est conduit à regarder aussi le mensonge comme un moyen d'établir le vrai, de même que la violence lui semble l'instrument naturel de l'œuvre delà justice. Or, ce point de vue a été le plus communément accepté de tout temps. Il a môme régné sur les religions et a dû. porter plus d'une fois ceux qui les représentaient ou qui les propageaient à joindre à la vérité dont ils se croyaient en possession une part plus ou moins grande de mensonges utiles, pour la fortifier et la faire reconnaître. Mais je ne m'arrêterai pas plus longtemps sur ce point. Un traité de casuistique pourrait seul énumérer les degrés de la mauvaise foi, depuis la simple réticence jusqu'à l'imposture, et depuis le mensonge qui trompe le menteur lui-même jusqu'à l'organisation systématique delà duperie (1).

11 me reste à apprécier le rôle des prophètes et des révélateurs dans l'humanité. Je puis le faire aisément avant de procéder à l'examen de l'esprit et des conséquences de leurs œuvres. Il ne s'agit encore que des premiers principes.

D'abord, je n'ai pas à revenirsur la justification du fait de religion. Elle résulte de mes études psychologiques, d'une manière générale. Touchant les aberrations de la foi et les illusions de la passion religieuse, nous devons juger qu'elles furent inévitables, à raison des données de la nature humaine qui ne peut approcher de la réflexion et derafliraiation raisonnée, sur les plus éloignés et les plus difficiles de tous les problèmes, qu'en traversant une longue suite de croyances dues à ses facultés spontanées. L'homme a porté primitivement en lui les éléments essentiels de la moralité; c'est du moins ce que je me suis efforcé ci-dessus de mettre en lumière; mais ni des règles pour le jugement, ni la science la plus élémentaire du monde et de lui-même ne pouvaient résulter du simple exercice de son intelligence

(1) Le phéuomèae religieux de la révélatioû n'est envisagé ici que sous le rapport des miracles supposés qui ont pu s'y mêler, soit par la préteutiou du révélateur, soit surtout au dire des légendes dont les superstitions populaires entourent toujours son histoire. Ma classification des religions en trois genres, d'après leurs époques, eu égard au développement de l'esprit, me donne à considérer le révélateur à un point de vue supérieur, comme apportant dans le monde une pensée et une foi personnelles, destinées à révolutionner plus ou moins profoudéinent les idées religieuses antérieurement reçues. Sous cet aspect, la question se présente encore de savoir si le révélateur a cru aux miracles, et surtout s'il a cru lui-même en faire. Elle est à examiner en chaque cas.

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